Alice Cooper sans fard à l’Olympia, A Paranormal Evening

A Paranormal Evening Alice Cooper at the Olympia A Paranormal Evening Alice Cooper at the Olympia

Vincent Furnier, alias Alice Cooper, trimballe sa dégaine de vampire de carton pâte depuis plus de 50 ans sur la scène du rock international. Telle une goule qui se régénère indéfiniment en se repaissant  du sang de jeunes vierges—il a abandonné l’alcool dans les années 80— il arpente les planches du monde entier, là où il excelle, pour délivrer son rock-show horrifique. Entourée de pas moins de trois guitaristes : Nita Strauss qui mène le show,  Tommy Henriksen, et Ryan Roxie et, pour la section rythmique, Glen Sobel aux futs et Chuck Garric à la quatre cordes, le Coop investit le mythique Olympia pour la dernière date de la tournée de l’album Paranormal sorti en 2017. Produit par l’inébranlable Bob Ezrin (qui a produit et co-écrit une quinzaine d’album d’Alice Cooper depuis Love It ToDeath de 1971) qui mixe également ce live.

Ce n’est pas la première fois que le pape du shock-rock se paye l’Olympia puisque déjà la célèbre salle l’accueillait en 1972. Sur la couverture de ce dernier Live sorti fin aout 2018, on voit l’artiste en train de se grimer dans un miroir. (ou de se démaquiller ?) L’image fait appel à tout un imaginaire du théâtre et du mime, alliant dans une même représentation des références aux Enfants du Paradis, aux shows de Broadway, dans un beau noir et blanc contrasté. Est-ce qu’à l’image du chanteur, les morceaux qu’il va nous présenter seront re-maquillés pour montrer un visage neuf?

Le concert—l’enregistrement—commence par une introduction digne d’un trailer de film d’horreur de série B prévenant l’audience qu’elle va entrer dans le cauchemar d’Alice Cooper—surtout ne le regardez pas dans les yeux!— et qu’il est bien trop tard pour faire demi-tour.  Alors entrons dans le cirque électrique. Et c’est  Brutal Planet de l’album éponyme de 2000—peut-être le plus authentiquement sombre du sieur Cooper— qui nous accueille sur le seuil de l’album. Le titre, lourd et malsain met directement dans l’ambiance. L’auditeur est en terrain conquis. Le son est moins rock and roll et plus typé métal que sur les live précédents. Certainement la patte Strauss, qui, il faut le reconnaitre, manie le manche à merveille.

Beaucoup de titres des années 70 y passent : Under My Wheels (1971), Billion Dollars Babies (1973), Cold Ethyl, Department Of Youth, la balade Only Women Bleed, tous trois sur Welcome to My Nightmare de 1975. Malgré le trio de guitares qui rivalisent de dextérité et de solos, le son est loin d’être chaleureux.  Y passe également le No more Mr Nice Guy,  le morceau à la carrure de quasi-hymne de 1973. Pourtant, là aussi, le titre laisse comme un arrière goût de démonstration un peu factice.

Halo of Flies et sa surenchère d’effets grandiloquents quant à lui est le théâtre de l’inévitable solo de batterie, qui, s’il fut une figure obligée du live, n’apporte pas ici de grands frissons comme ont pu le faire en leur temps les soli d’un John Bonham, d’un Ian Paice ou d’un Keith Moon. Heureusement, le morceau enchaine rapidement sur le classique Feed My Frankenstein (sur Hey Stoopid en 1991 qui vit l’apparition d’un Alice Cooper dissertant sur la ville de Milwaukee et interprétant le morceau dans Wayne’s World en 1992)

Woman of mass destruction (2005) semble être le titre évident pour laisser parler la guitare virtuose de Nita Strauss, dame de destruction de masse s’il  en est. Oui, elle est douée, elle joue bien. Mais on écoute ce solo d’une oreille distraite. Peu inspiré, il assure tout de même facilement la transition vers le Poison de l’album Trash de 1989.

On est loin aussi, mais en mieux, de la version originale de Pain parue en 1980 sur Flush the Fashion, album sur lequel Alice Cooper s’essayait à une new-wave façon Lords Of The New Church en manque d’inspiration. Non, le Coop d’aujourd’hui est définitivement revenu dans le giron d’un hard-rock gras et un peu pompeux, mais qu’il maitrise à merveille et qui a fait son succès. Le public est là pour ça : voir du Alice Cooper. Le contrat est bien rempli lors de ce concert. Et, bien que cela ne soit pas le meilleur enregistrement public de la bête, on se prend quand même à écouter ces classiques de son répertoire avec plaisir.

On  y entend aussi une interprétation publique trop rare de la Ballad of Dwight Fry, d’après le célèbre acteur de séries Z Dwight Frye auquel le titre rend hommage sur l’album Love It To Death. S’il faut en croire les discographies officielles, c’est peut-être même la première fois qu’elle apparait sur un live

Le concert ne pouvait bien sur pas se finir comme ça. Il manquait la pièce maitresse, School’s Out, rappel qui s’étale ici sur plus de huit minutes lors desquelles sont brièvement présentés les musiciens après le clin d’œil obligé à Pink Floyd.

Alors, oui, on est heureux encore une fois d’entendre ces morceaux, mais il transparait aussi dans cet enregistrement comme un certain manque d’entrain. Malgré la qualité des interprètes, les enchainements sans réelle surprise sentent quelque peu la routine et semblent chercher sans jamais la trouver l’étincelle qui fera de ce moment un instant magique. Le choix de l’Olympia est certes symbolique, puisque ce lieux représente Paris et ses spectacles, apporte une certaine caution « artistique » à la performance, mais au-delà du symbole, cela aurait pu être enregistré à peu près n’importe où dans le monde sans que cela ne change grand chose. À ce titre, le live de 2015 à l’Alexandra Palace est autrement plus excitant.

Dans cette salle de l’Olympia, bien que le groupe remplisse plus qu’honnêtement son rôle, qu’Alice Cooper joue à être Alice Cooper à la perfection, on cherche tout de même l’intérêt d’un nouveau live qui apparait un peu fade dans la discographie du saigneur. Pour autant, c’est toujours de la dérision et du bon rock and roll que l’on retrouve dans cette soirée paranormale. Et ce « best of » live dans lequel Vincent Furnier ne joue qu’un seul titre de son dernier opus, Paranormal, permet in fine de se rendre compte qu’il y a une vrai cohérence dans ses titres et qu’ils ne prennent pas une ride, un peu comme l’image du chanteur sur la pochette, grâce à un habille maquillage.

Tracklist
CD 1:

Brutal Planet
No More Mr. Nice Guy
Under My Wheels
Department Of Youth
Pain
Billion Dollar Babies
The World Needs Guts
Woman Of Mass Distraction
Poison
Halo Of Flies

CD 2:

Feed My Frankenstein
Cold Ethyl
Only Woman Bleed
Paranoiac Personality
Ballad Of Dwight Fry
Killer / I Love The Dead [Themes]
I’m Eighteen
School’s Out

“A Paranormal Evening At The Olympia Paris” est sorti le 31 août 2018 en versions 2CD digipak, 2LP Gatefold (vinyles blanc et rouge) et en Digital.

Liens :

http://www.alicecooper.com/

https://alicecooper.lnk.to/ParanormalOlympia

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