Une soirée avec Depeche Mode

Il est deux heures du matin, et je n’ai pas envie de dormir. Je suis à Bordeaux, j’ai fait 400 kilomètres dans la journée, et il pleut. En train d’écrire ces lignes dans la chambre d’un hôtel « low cost » situé en bord de 4 voies, gêné par le bruit des camions et par celui de mes voisins que j’entends à travers la cloison en carton, je devrai avoir toutes les raisons du monde pour déprimer sous ma couette !

Et pourtant, j’ai le sentiment d’être le roi du monde, que dis-je, un empereur ! Ce soir, pour la deuxième fois en 6 mois, j’ai croisé le chemin de Depeche Mode. Et malgré l’heure tardive, j’aimerai vraiment vous en parler ! Je sais bien qu’il n’y a plus rien à dire, plus rien à commenter sur ce groupe, ni sur la machine de guerre qu’il est devenu, brassant des sommes d’argent phénoménales. Je pourrai être totalement désabusé et cynique, comme beaucoup de gens à notre époque. Je pourrai critiquer le monde de « l’entertainment » qui nous vend des bières dégueulasses à des prix prohibitifs, et des places de parking à 20 euros pièces (vous avez bien lu..). Je pourrai vous dire que je suis une victime consentante, et donc un coupable, juste bon à acheter des tee shirt de groupes, fabriqués en Chine, et à claquer sa thune dans tous les Zéniths de France, sorte de nouveaux cirques romains où la populace vient se divertir.

Et bien NON! Je ne ferai rien de tout ça ! Non n’insistez pas ! Pendant 2H15, j’ai mis mon train train quotidien en pause, et je suis redevenu un grand gamin, retrouvant le plaisir d’entendre un de ses groupes favoris : Depeche Mode. Un P-U-T-A-I-N de plaisir ! Je ne suis que plénitude et contentement et je compte bien vous en faire profiter : ne refusez pas ce présent !

DSC_0342.JPGAu milieu de mes emplettes, la sainte setlist du concert! – Photo weirdsound

Tout a commencé il y a plusieurs mois de cela, quand une certaine Elodie, contactée par votre serviteur, me fait parvenir deux places, plutôt bien placées, pour le concert du 24 janvier 2018 de Depeche Mode au Bordeaux Metropole Arena, salle flambante neuve qui a donc eu le privilège d’être inaugurée par Dave Gahan et Martin Gore. Ziggy se porte volontaire pour m’accompagner en Gironde, histoire de revoir un groupe qu’il n’a pas vu depuis…bientôt trente ans ! Les semaines passent, je tente, sans succès, d’avoir une accréditation pour la photo, voir pour rencontrer le groupe (je suis du genre optimiste). Arrive le 24 janvier au matin !

A bord du bolide de Ziggy, nous avalons les 3 heures de route qui nous sépare de Bordeaux, manquant d’arrêter notre belle épopée à un bête péage autoroutier, faute de moyens de paiement approprié…Mais Dave et Martin veillaient sur nous, nous rejoignons Bordeaux sans encombre !  Nous découvrons la nouvelle salle de concert, la fameuse Bordeaux Metropole Arena : rien à redire c’est une belle salle ! Le parking est funky : 900 places pour 11 000 spectateurs, à 20 euros le ticket. Autant dire que nous avons choisis l’option « chemin en terre en bord de fossé ». L’intérieur de la salle est top, j’espère que les autochtones en feront bon usage ! Ou peut-être qu’eux aussi vont découvrir l’enfer des tournées Stars 80 et Shakira : Bonne chance ami(e)s bordelais !

bordeaux arena.JPGLa Bordeaux Metropole Arena vu de l’extérieur – Photo weirdsound

L’attente commence…La première partie est assurée par une jeune personne, à la voix agréable et à la prestation solide bien qu’assez conventionnelle. Ziggy et moi-même apprécions son phrasé à la Patti Smith, mais la comparaison s’arrête là ! Musicalement c’est plutôt un ersatz de Blondie ou autre « band » des années 80. Elle quitte la scène, mon petit cœur sensible se met à battre plus rapidement, je sais ce qui va se passer dans quelques instants…Comme lors de leur passage à Paris au mois de juillet, une vidéo de présentation de l’association caritative que sponsorise la tournée Spirit est projetée, histoire de nous rappeler que notre présence contribue à une bonne action ! S’en suit un rapide passage musical des Beatles, « Revolution » oblige, prélude à l’arrivée sur scène de Depeche Mode.

DM fosse pleine.JPG11 000 places vendues en 15 minutes ça donne ça! – photo weirdsound

La lumière coupée, dans la pénombre, nous distinguons le groupe arrivé, salué comme il se doit par une acclamation générale, mes voisines de derrière me percent les tympans pour l’occasion. Je n’ai jamais fait ce genre d’effets aux femmes : je vous jure que c’est flippant à entendre ! Depeche Mode ouvre le concert sur le morceau Going Backwards, l’un de mes préférés de l’album Spirit.

Going Backwards.JPGLe début de Going Backwards – photo weirdsound

A ma grande surprise, et pour ma plus grande joie, le morceau suivant est le fantastique It’s No Good ! Il est interprété de manière magistrale par un Dave Gahan visiblement en grande forme. L’incontournable Barrel Of A Gun va suivre, toujours aussi bien dans sa version live.

Useless.JPGUseless – Photo weirdsound

On continue avec A Pain That I’m Used To (morceau de l’album Playing The Angel), le talentueux guitariste et compositeur de la plupart des chansons de Depeche Mode, Martin Gore, prête sa voix pour les choeurs. Vient ensuite Useless (présente sur l’album Ultra), l’image sur l’écran géant se fige et Dave plaisante avec l’incident avant de nous interpréter cette belle chanson, riche de sens !

Arrive Precious, avec des arrangements atypiques, très rock, qui lui vont très bien. Dave et Martin lisant dans mon esprit, ils lui font suivre un classique de Depeche Mode : World In My Eyes : elle est juste sublime ! Sans doute l’un des plus beaux moments du concert !

Mais attendez la suite ! Voilà Cover Me, excellent titre présent sur Spirit, très bien accompagnée par le clip vidéo où l’on voit Dave endossé le rôle d’un drôle de cosmonaute, elle révèle tout son potentiel émotionnel : c’est assurément une grande chanson.

Insight.JPGInsight, interprété par Martin Gore – Photo weirdsound

Je passe assez rapidement sur Insight pour arriver à Home, où Martin Gore nous offre une belle interprétation de ce classique de la discographie de Depeche Mode.  J’apprécie beaucoup la voix de Martin sur cette dernière. Dave rejoint son acolyte pour In Your Room, toujours aussi efficace.

where the revolution.JPGla scénographie toujours aussi cool de Where’s The Revolution? – Photo weirdsound

Le tube de Spirit, Where’s The Revolution?, fait enfin son apparition, le refrain étant repris en chœur par des milliers de fans aux anges ! A ce stade, je me dois de prévenir le lecteur, ce qui va suivre va être d’une partialité totale ! Après une heure de musique j’étais déjà sur une autre planète, mais Dave, Martin et Andrew avaient décidé de nous servir royalement…

dave everything counts.JPGDave Gahan au milieu de ses fidèles sur Everything Counts – Photo weirdsound

Avec une introduction très techno, Everything Counts arrive sans crier gare ! La ferveur du public monte encore d’un cran, et la chaleur dans la salle aussi ! Mais entendez le reste du programme : Stripped, ce morceau magnifique que j’écoute tous les jours, se révèle à nous : Bon dieu que c’est bon…je ferme les yeux et me laisse emporter par la musique, puis je m’en souvenir jusqu’à ma mort ! Comme d’habitude, j’en pleure !

Vous serez d’accord avec moi pour dire que nous avons déjà atteint un orgasme musical. Mais la fête n’est pas terminée ! Un morceau immortel, le chef d’œuvre de Depeche Mode : Enjoy The Silence ! Dans une version rallongée splendide. Je sens que je vais faire un infarctus, mais vous savez quoi ? je m’en tape !

Alors que Ziggy et moi-même sommes déjà KO, Dave et Martin achèvent le travail en nous envoyant Never Let Me Down Again…Qui peut rester insensible à cette chanson ? On sent pourtant la fin du concert arriver…Deux heures se sont écoulées sans que nous nous en rendions compte. Le groupe quitte la scène, mais vu que nous sommes des petits malins, nous attendons les rappels.

Martin Gore fini par revenir, accompagné par un seul musicien au piano, pour chanter Strangelove. C’est beau et même les nanas derrière moi arrêtent de crier. Le reste du groupe revient à son tour, et voilà Walking In My Shoes qui résonne…Je suis au septième ciel.

Depeche Mode achève le concert sur deux titres, et non des moindre, Question Of Time et Personnal Jesus ! Que demandez de plus ? C’était un concert dantesque !

Nous quittons la salle, entourés de spectateurs comblés, Ziggy en profite pour nous récupérer la setlist auprès des ingénieurs sons, qui ont fait un sacré bon boulot ! Merci à vous messieurs. Je suis triste à l’idée de me dire que c’est déjà fini, mais nous aurons la chance de recroiser Depeche Mode en juillet prochain au festival Beauregard en normandie.

Simplement heureux, nous partons vers notre hôtel. Depeche Mode, c’est bien plus qu’un simple groupe, en une soirée ils m’ont fait oublier tous mes petits ennuis du quotidien. Encore une fois, cette communion avec eux m’a rappelé oh combien ils m’étaient précieux. On était cependant 11 000 dans cette salle à Bordeaux, et je pense pouvoir affirmer que 11 000 personnes se sont couchées avec le sourire aux lèvres ce soir !

J’en profite pour vous signaler que cet article sera aussi présent sur le site anglais Almost Predictable Almost, les curieux peuvent le consulter en cliquant ici. Almost Predictable Almost propose un article par dates de la tournée mondiale Spirit, autant dire que les fans de Depeche Mode y trouveront leur bonheur.  Je remercie au passage Enguerrand Lavaux  (aka bigbaron sur weirdsound) pour sa traduction express! Voilà en tout cas un beau signe d’amitié franco-britannique, David on refait la même chose quand tu veux !

0