Txarango : bienvenue en clownia!

Txarango I - 2017 Txarango I - 2017

Txarango, c’est un peu la Mano Negra de nos amis Barcelonais : un rock alternatif qui mélange allègrement rythmes latino, ska, rock et engagements politiques et citoyens forts. S’ils sont disques d’or de l’autre côté des Pyrénées, par chez nous, ils demeurent relativement méconnus. Pourtant, leur musique festive délivre une ambiance des plus débridées et leurs concerts devant des milliers de personnes sont de véritables feria. Ils revendiquent un activisme joyeux et se réclament de la tradition des clowns. Avec ça, on ne risque pas de s’ennuyer.

Si les prémices de la bande remontent à 2006, Txarango est véritablement né il y a huit ans au cœur de la capitale de Catalogne. Le projet a germé dans la rue. Alors qu’ils sont encore étudiants, Alguer Miguel (chant), Marcel « Tito » Làzara (chant/guitare) et Sergi « Hipi » Carbonell (claviers) décident d’animer leur quartier. De fil en aiguille, ils vont rassembler autour d’eux toute une bande de musiciens et concrétiser leur entente en formant Txarango, « Discuter », en catalan. Le groupe se compose aujourd’hui d’une dizaine de musiciens (parfois plus comme ici avec le cubain Chucho Valdes) qui se sont réunis autour des trois membres fondateurs.

Nos joyeux lurons ont alors derrière eux, en 2010, une bonne expérience de la musique de rue, ils ont joué avec des musiciens du monde entier, dont Manu Chao, animés pendant des jours la place George Orwell dites « Tripi square » à coup de concerts impromptus et ont la furieuse envie d’aller plus loin. Ils imaginent alors un univers joyeux et foutraque dans un pays rigolo nommé Clownia. Cette référence n’est pas innocente, car le clown est à la fois une figure qui dédramatise le pire en ramenant du sourire, mais aussi un instrument de lutte et de résistance, comme le montre de nombreuses initiatives lancées par des mouvements alternatifs, ou des ONG. Cette contrée de Clownia est aussi un havre, un refuge virtuel, un espace d’expression pour tous les musiciens avec qui ils ont pu jouer et dans lequel ils emmènent leur public.

Músic de carrer (Musicien des rues), extrait de Som Riu

Chantant en Catalan et en Espagnol, leurs textes demeurent abscons pour ceux d’entre nous qui ne parlent pas la seconde langue de Manuel valls, mais on y trouve beaucoup de références à leur expérience personnelle d’arpenteur du monde. Que ce soit Music de carrer ou encore Governant, c’est une invitation au spectacle, un peu comme s’ils chantaient  « vient voir les musiciens, vient voir les comédiens de rue ». Mais il y a aussi des cris de révolte, des prises de position politique en faveur de l’autodétermination—sujet chaud s’il en est en ce moment chez eux— des plus faibles ou pour la lutte environnementale (l’un n’allant pas sans l’autre), comme sur ce titre avec Manu Chao.

Mais, à l’image de l’ex chanteur de la Mano, Txarango va bien plus loin que la simple exécution d’une musique qui réjouit les cœurs et ponctue les soirées autour d’une bière dans une des métropoles les plus visitée d’Europe. Leur engagement altermondialiste et humaniste se traduit par un combat pour l’accès à la culture des plus défavorisés, une attention au nivellement et à la montée des inégalités. Conscient qu’un monde plus juste ne pourra se construire qu’avec une plus grande diffusion du savoir et de la culture, ils ont ainsi participé à l’établissement d’une maison de la culture au Sénégal, tourné en Palestine, au Liban ou dans les Balkans, joué pour la banque alimentaire espagnole… Ils ont également créé leur propre festival, Clownia, en collaboration avec des ONG comme Clowns Sans Frontière, Stop Mare Mortum ou encore Pallasos En Rebeldia (Clowns en Révolte) avec qui ils vont jouer dans les territoires occupés ou dans les pays meurtris par les guerres intra-européennes de la fin du XXe siècle qui sont aujourd’hui les États-tampons où viennent se masser ceux qui ont emprunté la Ruta Dels  Balcans (la  route des balcans).  Multipliant les projets, ils militent pour l’accueil des réfugiés, luttent contre l’islamophobie, bref, marchent la tête haute, portant des valeurs de fraternité, de tolérance et de partage dans une période où elles tendent à faire de plus en plus défaut.

Liens :

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https://www.txarango.com/