Scott Walker: un modèle pour Bowie. 50 ans de carrière solo!

Même s’il est peu connu des français aujourd’hui, de nombreux artistes citent Scott Walker comme influence majeure, voire comme modèle ou s’inclinent devant les facettes multiples du talent musical de Scott Walker! C’est le cas surtout de Thomas Cohen (ex Scum), de Neil Hannon (Divine Comedy), de Jarvis Cocker (Scott Walker a d’ailleurs produit l’album de Pulp ‘We love life » en 2001), de Damon Albarn ou du groupe The last Shadow Puppets; on peut citer aussi Leonard Cohen, Thom Yorke (Radiohead), Sting, Brian Eno, Marc Almond…..etc….Bowie, quant à lui, l’a considéré comme SON modèle et a d’ailleurs produit, en 2006, l’excellent film documentaire  » 30 century man » (titre d’une chanson de Scott Walker de l’album Scott 3/ 1969)  consacré à Scott Walker.

Le message de Scott Walker à Bowie pour ses 50 ans le 8 janvier 1997.. et la réaction émue de Bowie…document étonnant!

Noel Scott Engel (aka Scott Walker à partir de 1967) est né en 1943 dans l’Ohio…le 9 Janvier exactement (Bowie est né un 8 et mort un 10 janvier); En lien avec la mobilité professionnelle de son père , la famille se déplace entre l’Ohio, le Colorado, New-york puis los Angeles à la fin des années 50. Scott s’intéresse à la musique, chante et est repéré par le présentateur vedette Eddie Fisher qui l’invite dans une émission pour ados..A 15 ans, avec « Blue bell », sa voix fait chavirer les coeurs.

Pas du tout séduit, voire hostile, à l’ambiance surf californienne, Scott est, par contre, fan de cinéma européen (Pasolini, Bergman surtout mais aussi Robert Bresson) , influences qui marqueront ses compositions musicales plus tard, et de littérature/poésie de la « Beat generation » (Ginsberg/Kerouac/W.S Burroughs). En 1961, après avoir été bassiste avec « The Routers », il rencontre le guitariste/chanteur John Maus (aka John Walker sur scène… et donc aucun rapport avec John Maus le brillant auteur de l’album « Screen Memories » !) avec lequel il part en tournée avec « The Surfaris ».. Début 1964, ils commencant à travailler sous le nom de « Walker Brothers » puis intègrent le batteur Gary Leeds dont le père va leur financer leur 1er voyage en Angleterre.

L’aventure européenne débute surtout pour le trio, début 1965, avec leur retour à Londres, Gary Leeds ayant persuadé ses deux compagnons d’aller tenter leur chance sur la scène pop britannique. The Walker Brothers enregistrent alors leurs deux premiers singles avec John Maus comme chanteur (Scott assurant les harmonies vocales)…succès modeste qui décide Philips, leur label européen à changer de stratégie...Scott sera le chanteur principal!

Leur nouveau single, « Make it easy on yourself » se hissse à la 1ère place des charts anglais en Août 1965…..Le succès est là et le trio récidive avec « My ship is coming in » puis « The sun ain’t gonna shine » début 1966. La voix de Scott s’est affirmée brillamment!  Le son des Walker Brothers est alors un mélange des techniques de Phil Spector ( inventeur du fameux « Mur de son« ) et d’orchestrations symphoniques, avec violons qui accentuent l’attachement du public aux romances du trio et à la voix de Scott! Cependant, en 1966, la pression et des tensions croissantes laissent présager d’un éclatement possible du groupe. En 1967, Sott Walker décide d’entamer une carrière solo.

Magnifique version du tube de 1965…avec David Bowie!

 

50 Ans de carrière solo!….ou presque…

2 extraits du 1er album de Scott Walker en 1967 dont « Mathilde » (cover/Brel)

Scott Walker (nom qu’il s’est désormais choisi pour sa nouvelle carrière) sort, en 1967, son 1er album solo, sobrement intitulé « Scott » dans lequel on trouve ses propres compositions , très belles, comme  » Montague terrace »(in blue), (on peut déjà penser, avec ce titre, à l’influence sur Bowie!), « Always coming back to you » ou « Such a small love (such a little tear) » à la froide beauté éthérée. Il emprunte aussi « The lady came from baltimore  » à Tim Hardin et ose interpréter 3 titres de Brel qu’il a découverts avec passion un soir (sur la platine d’une starlette de Play Boy?) et que Mort Schuman a traduits en anglais… »Mathilde » , qui ouvre d’ailleurs l’album, « My death » (la mort) et surtout « Amsterdam » , ces deux derniers titres étant repris par Bowie quand Scott Walker va lui faire découvrir Brel.

Bowie reprend un single de Scott Walker « Joanna » hit de 1968.

L’année suivante, en 1968, (tout en assurant une ultime tournée (japonaise) avec les Walker Brothers, il reprend encore, avec son album « Scott 2 », deux titres de Brel: « Jackie » et « The Next » (« Au suivant »)… (En 1981, un album intitulé « Scott Walker sings Brel » reprît 10 titres de Brel) . En 1968, année décidemment très dense et agitée, pas seulement pour Scott Walker, il commence sa carrière de producteur mais vit mal sa célébrité, sombre dans l’alcool et se réfugie dans un monastère de l’ïle de Wight (lieu du 1er grand festival pop en 1970!) où il étudie le chant grégorien! En 1969 sortent 3 albums de Scott Walker: Scott 3 et Scott 4 ..très bel album écrit entièrement par Scott …. Impossible de ne pas écouter le magnifique 1er titre  » The seventh seal » sans penser , là aussi, à Bowie…Cet album est brillant mais son échec commercial reste inexpliqué!..De longues années plus tard, dans quelques propos retrouvés dans un article de « Libération » de 2012, Scott Walker revenait sur cet échec… »Après ça, j’étais un lépreux. Plus personne ne voulait travailler avec moi..alors j’ai juste décidé d’exister en attendant que mon tour revienne ». Cette année 69, entre les deux albums précités, était paru aussi « Scott Walker sings songs from his TV series » dans lequel on percevait le malaise entre Scott  Walker, qui tenait à sa propre créativité, et l’industrie du disque et son manager qui voulaient en faire une sorte de nouveau Frank Sinatra (ou Andy Williams..)

The Seventh Seal de Scott Walker..sur des images signées Bergman

Après un album encore intéressant en 1970, « Till the band comes in », avec 2 faces radicalement différentes ( sur la face A des compositions avec des parfums jazzy et bluesy surprenantes et sur la face B presque que des reprises), Scott Walker connait un déclin de créativité mais sort 4 albums entre 1972 et 1974, des années qu’l considère comme « perdues » dans le documentaire « 30 century man« .

Un retour brillant…

Le retour temporaire des Walker Brothers entre 1975 et 1978 va surtout permettre de retrouver Scott Walker et son inspiration..il signe , dans l’album « Nite Flights » des Walker Brothers, en 1978, les 4ers titres…les premiers écrits depuis 1970…..les titres « Nite Flights » et « Electrician » sont brillants et on pressent un nouveau tournant musical…Les Walker Brothers se séparent et Scott disparaît pendant 3 ans…..

Nite Flights/ Scott Walker…..en 1978….vous ne pensez pas à Bowie?

Le retour d’un Scott Walker plus expérimental s’effectue vraiment avec l’album « Tilt » en 1995, après 11 ans de silence discographique, l’album « Climate of hunter », en 1984, pouvant toutefois annoncer le nouveau Scott Walker… J’aime particulièrement le titre « Farmer in the city« …collision entre le rock et la musique classique et moderne expérimentale/avant gardiste…Dans l’écriture, on trouve la vie et le meurtre de Pasolini mais aussi la 1ère guerre du golfe, Adolf Eichman ou un homme s’adressant au cadavre de Che Guevara.

 

J’ai renoué avec Scott Walker avec l’album « The Drift » en 2006, bien accueilli par la critique. Opus tendant à nouveau vers l’abstraction et fait d’atmosphères très contrastées et d’effets sonores surprenants (on entend un âne braire et un percussionniste sur un morceau de viande de porc..). L’écriture, surréaliste encore une fois, évoque la torture, la relation entre Mussolini et sa maîtresse « Clara« , les attentats du 11 septembre et un cauchemar d’Elvis Presley mais aussi la mort de son frère jumeau « Jesse« . En 2015, le très sérieux « Monde diplo » consacrait un article à Scott Walker et mentionnait « The Drift » comme son chef d’oeuvre.

Depuis, 3 albums ont vu le jour, dont « Soused« , en 2014, fruit d’une intéressante collaboration avec le groupe de drone metal Sun O))), « fusion incandescente où les guitares saturées jouent des basses continues, sculptant l’espace en prenant leur temps » écrivait « le monde diplo ».

L’invention du « Drone -canto »… pour Scott walker à plus de 70 ans!

 

Ces derniers albums reflétaient les métamorphoses du talentueux Scott Walker, qui, à plus de 70 ans, suscitait toujours l’admiration de Bowie et de musiciens plus jeunes en montrant que Scott Walker était aussi un homme du XX1ème siècle!

Pour conclure, une version d’Amsterdam par Bowie en 1971….

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