Rencontre avec Jumaï et son « mystic pop rock » efficace et sensible!

Après avoir beaucoup aimé leurs titres et leur live fin Janvier, à Angers , j’avais rendez vous avec deux membres du groupe Jumaï dans leur fief de « L’île d’Amour » , en périphérie d’Angers sur les bords de la Sarthe et au confluent de la Maine et de la Mayenne; « L’île d’Amour », au paysage enchanteur, est un ancien site industriel de traitement des eaux usées, racheté par le père d’un des membres du groupe et devenu un lieu créatif , principalement musical.

 

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L’île d’Amour: au 1er plan, la « cuve » local de répétition de Jumaï.

Je commençais donc par faire la visite des lieux avec mes deux guides, Océane Rémy, la chanteuse et Elliot Aschard, guitariste (baryton) et ingé son de formation. Jumaï a son local de répétition (et parfois d’enregistrement) dans une énorme cuve en béton, aménagée progressivement pour la rendre agréable et fonctionnelle à la fois! Dans un ancien bâtiment de l’usine, on trouve un studio d’enregistrement très complet et la  » salle commune » où les musiciens peuvent se détendre sous un grand panneau dont les nombreuses photos retracent l’aménagement et la nouvelle aventure de « l’ïle d’Amour ».

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Océane Rémy (chant) et Elliot Aschard (guitare baryton) dans « la cuve »/Photo Benoît/

 

Les débuts du groupe

Difficile de ne pas commencer l’entretien par quelques grandes lignes de l’histoire du groupe; Si Océane et Elliot se connaissent depuis le lycée, c’est en préparant leur BTS audiovisuel (à Montaigu) qu’ils ont rencontré Josselin Bellesoeur (batterie) et Jeremy Pichou (guitare), Elliot formant un groupe avec Josselin avant d’aller travailler à Paris pendant 2 ans dans la branche cinéma. C’est au retour d’Elliot et Océane (en Avril 2016) après un voyage enrichissant de plusieurs mois entre Amérique du Sud et Etats Unis que « l’envie de refaire de la musique » était « trop forte ». Jeremy et Elliot ont ainsi passé l’été 2016 « dans la cuve » à construire « des bouts de morceaux » et ont proposé à Josselin « de revenir dans le projet »….. La formation du groupe était ainsi fixée….avec ses 4 membres, tous nés en 1993. (c’était en Septembre 2016). Le nom du groupe était aussi trouvé, Jumaï, « on voulait un mot court, pas anglais et original »dit Océane. Puis « on a achevé quelques morceaux » continue Elliot et « on donné notre premier concert au Joker’s pub » (à Angers) .. »C’était le 13 Novembre …on a joué 6 morceaux » ajoute Océane.. »on voulait vraiment les tester sur scène et on avait aussi très envie de monter sur scène »… » on jouait en 1ère partie de Tiger Lion« …. Occasion de parler de Clémentine Blue , chanteuse angevine de ce trio (qui gagne à être connu, installé maintenant en Angleterre) et qui navigue entre La Houle, groupe de shoegaze et Tiger Lion…. « On est potes depuis le lycée » précise Elliot.

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Jumaï en concert / Angers/ Joker’s pub/ Janvier 2018/ photo benoît-weirdsound/

 

Ecriture, composition , influences musicales….et identité du groupe.

« Les textes, c’est principalement moi » me dit Océane, « même si quelques textes ont été écrits aussi avec Jéremy », mais il y aussi une dimension collective, « on part des propositions de chacun »:  » parfois c’est un bout de phrase qui vient sur un riff » ajoute Elliot et « la musique reste l’affaire de tous »; par exemple pour « Loneliness« , « c’est Josselin (le batteur) qui »bidouillait et a trouvé ce son ». « On part parfois aussi d’un son qu’on a bien aimé sur un titre écouté », précise Océane et « entre nous, on se fait écouter énormément de musique », « on est toujours dans la recherche de nouveaux sons » complète Elliot qui utilise fréquemment un e-bow sur sa guitare baryton.

Là réside un des 2 piliers originaux du groupe Jumaï: une démarche expérimentale. « on a du mal à définir notre musique », « on n’est pas enfermé dans un style » me dira quelques minutes plus tard Elliot; c’est sans doute pourquoi tout le groupe se retrouve aimer les Suuns « un groupe qui cherche, qui fait de l’expérimentation, a quelque chose de frais « . Pour Elliot « ce qui nous donne sans doute notre identité,c’est que l’on a toujours voulu essayer des choses sur nos compositions, batterie électronique, des sons de guitare presque industriels ». Les goûts et influences musicales du groupe sont cependant très variés: Elliot aime beaucoup Nine Inch Nails, « adore le shoegaze et le Krautrock« , est fan de « Rock psyché » partageant, avec Jeremy, son goût pour The Black Angels, mais aussi aime Sonic Youth, Fugazi …Nous évoquons aussi d’autres goûts musicaux (l’album de Protomartyr,  « album de l’année 2017 » pour Elliot, devant celui de Idles). Océane aime beaucoup Fever Ray mais a du renoncer à son ticket pour la seule date française récente, étant dans l’avion qui ramenait le groupe d’Austin.

L’autre pilier qui contribue à l’originalité et donc à l’identité du groupe tient à une démarche contibuant au classement musical qu’ils ont eux mêmes choisi: « Mystic pop rock« . « Mystic », c’est surtout » en lien avec un univers que l’on voulait créer autour de notre musique » précise Océane, le titre « Heaven » (un de mes 3 favoris) étant l’archétype de l’aspect « Mystic »: il n’y a qu’à regarder la video du titre, filmé dans la cuve, « la lumière créée, la façon dont cela a été filmé » ajoute Océane (dont le regard semble aussi hypnotisé dans la video). « Sur scène, on ne parle pas beaucoup » rappelle Elliot , cherchant dans la relation avec le public à lui proposer « une espèce de petit voyage », chacun pouvant créer ses propres images dans un univers plus ou moins cinématographique. Si d’ailleurs le groupe n’a pas encore de clips vidéos, c’est que ses membres ont beaucoup d’idées mais qu’ils tiennent à soigner particulièrement l’image. Le groupe espère tout de même réaliser deux vidéos avant la sortie du prochain E.P (prévu en Septembre 2018)

Des expériences artistiques complémentaires…

C’est l’occasion d’évoquer, avec Océane et Elliot, les autres activités du groupe qui sont aussi nécessaires pour leur assurer quelques revenus supplémentaires mais qui leur permettent de les ouvrir à d’autres univers créatifs:  Jérémy dans l’ouverture d’une école de musique sur Angers, Océane dans l’étalonage (elle a réalisé l’étalonage du dernier clip de Rezinski) et va travailler sur un site touristique régional . Josselin et Elliot ont monté un collectif réalisant des vidéos « La Raffinerie« , auquel on doit le remarquable court métrage de 20 minutes avec 4 titres de Sheraf (fin 2015 et intitulé « Bloody Town« ) dont une partie a été tourné à l’île d’Amour….

 

Souvenirs d’Austin…..Mars 2018.

Je tenais aussi, bien sûr, à recueillir quelques souvenirs et impressions d’Austin, le groupe étant resté du 9 au 19 mars,  dans le cadre du Festival South by South West. Pour Océane ce fut « un grand moment de partage et un super accueil »… »le South by Southwest, c’est un festival particulier, éclaté dans de nombreux lieux, de 13h à 2 h du matin » continue t-elle. Le groupe a joué 9 concerts en 5 jours… »parfois à 13h devant quelques personnes » dit Elliot .. »avec des gens qui parlent mais qui écoutent en même temps » ajoute Océane… La musique du groupe a été bien reçue et Elliot a apprécié « une espèce d’enthousiasme qui fait que les gens n’ont pas peur de dire ce qu’ils pensent », leurs concerts permettant « énormément d’échanges »: « beaucoup de gens avouaient avoir entendu quelque chose de différent et d’original par rapport à ce qu’ils entendaient ailleurs dans le festival » concluait Elliot pour qui « on ne s’est pas bougé le cul jusqu’à Austin pour rien »!…. Le groupe a aussi été surpris par l’absence apparente de limitation du volume sonore (plus de 115db???)…et Jumaï en a profité pour « balancer du son », sans forcément crever les tympans de leur public…..le groupe réalise aussi qu’il a croisé et été impressionné par l’ambiance due à Meute (fanfare allemande qui reprend des titres techno-electro) qui, après Austin venait jouer à Chemillé (les Z’éclectiques de Printemps) le lendemain de notre entretien! (voir photos/report du 31 mars dans un prochain article).

 

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Jumaï à Austin/ Mars 2018/  (merci pour la photo!)

 

Objectifs..projets….

Hormis leurs expériences artistiques précitées, Océane et Elliot ont des ambitions raisonnables correspondant à un état d’esprit qui montre qu’ils ont la tête bien sur les épaules… leurs voyages (et leur éducation) leur ont apporté des « réflexions autour de la vie » et pour Elliot, sur le plan musical « on veut faire des choses avec nos moyens »….   « Que cela fasse ressentir de l’émotion »   pour Océane qui souhaite « tourner un maximum et faire des albums »……Pour le moment, un 2ème E.P sort en Septembre (avec 4 titres superbes qu’ils jouent en concert) et n’ont pas encore de label: « il faut attendre le bon moment » dit Océane « il faut bosser avec des avec des gens avec qui ça passe bien  » ponctue Elliot….qui aime bien aussi le groupe Frustration (chez Born Bad Records) et « leur état d’esprit ».

Après l’entretien, et avant d’aller ensemble voir le concert des Liminanas (voir un prochain article!), Océane et Elliot vont me faire écouter, dans leur studio,  le dernier titre mis en boîte pour leur prochain E.P , « Loneliness » se rappelant que j’affectionne beaucoup ce morceau…son énorme, voix d’Océane plus péchue encore, mixage réussi, on attend la sortie avec impatience!

Merci Océane et Elliot pour votre accueil chaleureux!

Dans l’immédiat, ne manquez pas le premier concert nantais de Jumaî le 11 avril (Scène Michelet) où ils partageront la soirée avec VedeTT, autre groupe angevin que j’ai vu et apprécié plusieurs fois et Amazone, groupe nantais .

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