Les ingrédients pour faire du bon stoner : Lo-Pan, toujours plus loin!

Le vide créateur qui donna naissance à Lo-Pan le fit à Columbus, Ohio, en 2005. Immédiatement après, le groupe s’envola pour surfer sur le souffle du dragon et parcouru des milliers de milles, sillonnant les U.S.A., alternant concerts/boulots/dodo/concerts… Ils ne se reposèrent pas au septième jour, mais en revanche, ils financèrent l’enregistrement de leur premier album. Séduit par le son puissant et la voix de son chanteur, Jeff Martin, Scott Hamilton, du label de Detroit, Small Stone Records (Five Horse Johnson, Greenleaf, Wo Fat, Gozu…), les signa, remixant et re-masterisant du même coup ce premier album qui sortit sous le nom “cryptozoologique” de Sasquanaut. Aujourd’hui composé de Jeff Martin au chant, Skot Thompson à la basse, Jesse Barts à la batterie, et, dernier arrivé, Chris Thompson à la guitare, le groupe est toujours un monstre de tournées et enchaine les dates sur le territoire de l’Oncle Sam. À l’instar des pouvoirs magiques du personnage de  la comédie de John Carpenter (oui, il en a réalisé une!) Big trouble in little china, dont ils ont pris le nom, le groupe est d’une puissance électrisante et délivre une musique qui fait l’effet d’un poids lourd lancé à pleine vitesse. La voix de Jeff Martin apporte une touche plus aérienne aux compositions qui puisent leur inspiration chez Black Sabbath aussi bien que chez Tool.

Savage Henry extrait de Sasquanaut, référence à Henry Lee Lucas, serial killer qui inspira le film Henry, portrait d’un serial killer

Produit avec peu de moyens, ce premier album pêche par un son encore approximatif. Mais on décèle déjà le potentiel mélodique des lignes de chant, ainsi que la volonté de ne pas tomber dans la facilité avec des compositions qui s’étirent jusqu’à dix minutes (Wade Garrett). Le style Lo-Pan est encore balbutiant.

Le plan de scène du groupe pourrait faire penser qu’ils ont cherché à optimiser les ondes et les énergies environnementales (feng-shui) afin de favoriser le bon déroulement de leurs concerts : en effet, le chanteur, Jeff Martin a choisi de se tenir en retrait, derrière le batteur qui partage alors le devant de la scène avec le guitariste et le bassiste. C’est en fait le fruit d’un choix de diffusion sonore et de confort de jeu. Au cours de leurs multiples concerts, ils ont essayé diverses dispositions, mais celle-ci a pour particularité de permettre à chacun d’entendre distinctement tous les autres musiciens, d’éloigner le chanteur des feux de la rampe qu’il n’apprécie que modérément, et de pouvoir laisser à la guitare toute l’ampleur qu’ils ont choisi de lui donner dans leur musique.

 

Lo-Pan en 2017 avec le nouveau guitariste, Chris Thompson, venu remplacer Adrian Lee Zambrano

En 2011, l’album Salvador, mieux produit, permet au groupe de montrer toute la qualité de sa musique et de mettre en valeur la richesse des riffs du guitariste de l’époque, Brian Fristoe. Les compositions s’affinent, se complexifient, preuve de la grande maturité et de la solidité du line-up de cette période. Jeff Martin a progressé, ses qualités de vocaliste se précisent, et les mélodies se font plus incisives, le son plus agressif. Paradoxalement, si on y trouve des morceaux plus courts, le groupe prend de l’assurance et laisse les ambiances s’installer et monter sur des compositions qui gagnent en intensité (Bird of prey, Struck match).

 

Le clip Chichen Itza (le p’tit déjeuner des champions!) montre le chanteur en pleine préparation d’un repas copieux, en fait concocté par le guitariste (le chevelu/barbu à lunettes qui boit du whisky au réveil). Le morceau n’a pourtant que peu à voir avec l’art culinaire, puisque, comme son nom l’indique, il fait référence aux civilisations pré-colombiennes… peut-être avec un sens caché, comme l’aime à faire Jeff Martin.

 

Le meilleurs album, à mon avis, celui au travers duquel va le mieux s’exprimer le talent d’écriture du quartet, est le dernier auquel participera le guitariste  Brian Fristoe, Colossus. C’est aussi, pour l’instant, le dernier sur Small Stone Records.

Dès les premières notes de Regulus, le morceau qui ouvre le L.P., toute la puissance du groupe est là : on rentre dans le vif du sujet, pas de fioritures d’intro, la guitare, la basse et la batterie arrivent toutes trois ensemble. Les riffs sont accrocheurs, le chant déboule sur ce tapis sonore comme un raz-de-marée et les thèmes se développent subtilement sur les cinq minutes du titre.

 

Les dix morceaux de l’album sont jusqu’à aujourd’hui ce que Lo-Pan a produit de plus excitant. On y retrouve tous les ingrédients de la recette du groupe : des riff énergiques et efficaces balancés sur des rythmiques appuyées, lentes, dédoublées sans jamais être vraiment lourdes, des enchainements qui font pencher parfois le style vers le prog-métal à la Mastodon, une voix claire et mélodique servant des textes à l’écriture torturée où, bien souvent, chacun doit y trouver sa propre interprétation. Land of the blind est de ces titres, avec son riff entêtant et une performance vocale du chanteur qui permet à ce morceau court d’en faire un des meilleurs dès les premières minutes de l’album.

En janvier 2017, Lo-Pan sort un E. P. cinq titres édition limitée, cette fois sur Aqualamb Records, premiers enregistrements avec leur nouveau guitariste, Adrian Zambrano. L’objet est beau, et, pour la première fois, un livret de cent pages contenant les paroles de tous les albums, des photos, affiches de concert dans un format de poche sur un très beau papier, est joint au disque. In tensions (attention, jeux de mots : intensions, comme les meilleures… , en tensions) ne sera que l’ébauche de ce qu’aurait pu être le quartet avec ce guitariste. On y trouve un son plus épais, des riffs peut-être moins complexes, plus directs, mais une puissance intacte, et peut-être plus de sensualité (le très Aphrodite child’s Alexis), et encore un chant qui pousse ses limites toujours un peu plus plus loin. Thème par ailleurs abordé dans le morceau qui ouvre l’E.P., Go west, symbolique américaine s’il en est. Le morceau Pathfinder, qui est certainement ce que le groupe a fait de plus abouti jusqu’à présent, laisse deviner le tournant qu’ils auraient pu prendre si le guitariste n’était pas parti. Reste un court moment musical qui, au fur et à mesure des écoutes, s’avère une réussite plus qu’attachante. Il faudra attendre cette année pour pouvoir découvrir ce que Thompson va apporter au groupe. Sang nouveau pour un combo qui tourne déjà depuis plus de dix ans? Ou chant du cygne?

 

 

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Lo-Pan en 2017 avec Skot Thompson, Jeff Martin, Chris Thompson et Jesse Barts. Contrairement aux apparences, un groupe qui n’est pas barbant.

Lo-Pan se pose comme un vrai poids lourd du stoner qui peine pourtant à émerger, le succès semblant toujours à portée de main, pour fuir un peu plus loin l’instant d’après. À mi-chemin vers le soleil, mais encore trop souvent dans l’ombre pour voir la lumière de la reconnaissance (Regulus).

https://lo-pan-rock.bandcamp.com/

https://smallstone.bandcamp.com/

http://aqualamb.org/