Johnson Concorde : un rock-show entre théâtre et glam-rock

Johnson Concorde himself Johnson Concorde himself

Lorsque j’entrais dans le bar, un subtil changement de luminosité s’opéra. La lumière froide et plate de cet après-midi d’hiver sembla se noyer dans l’obscurité chaude de l’établissement. Les bruits mats et parfois clinquants, les moteurs diesels qui ronronnaient à l’extérieur s’étaient tus, et seul le tintement des tasses qui s’entrechoquaient sur la machine à café troublait la douce mélodie qui s’échappait des haut-parleurs au-dessus (très bonne chronique de votre serviteur : https://weirdsound.net/2018/01/11/la-jeune-fille-et-la-mort-end-of-chapter-au-dessus/) du comptoir.

Au fond, penchée devant un verre, une silhouette solitaire attendait. Le temps semblait comme suspendu dans ce lieu de passages vide à cette heure. L’atmosphère confinée ainsi que le brusque changement d’ambiance m’avaient quelque peu fait perdre mes repères et altéré les sens, et, alors que je m’approchais, j’eus comme une triple vision : était-ce bien LE Johnson Concorde de la grande époque, de ses succès du milieu des années 70 jusqu’à l’orée du XXIè siècle qui se tenait là ? Celui qui a vendu plus de 28 millions d’albums, joué dans les plus grands stades devant des foules innombrables ? Ce visage étrangement jeune et angélique, malgré les excès et turpitudes inhérents à la vie de rock-star, se tourne vers moi. Est-ce vraiment Lui ? Ou bien est-ce Jonathan Purdey-Presbois, l’homme qui se cache derrière ce pseudonyme choisi, selon la légende, en hommage à ses parents ? Un peu des deux ? Peut-être ni l’un ni l’autre. À se demander si finalement ce n’était tout simplement pas son avatar dans notre morne réalité, David Baez, musicien-acteur-compositeur tourangeau de son état ?

Je m’approchais :

Bonjour monsieur Concorde, Mr. Moonlight pour Weirdsound.net. Puis-je m’asseoir ?

-Je vous en prie, faites donc.

Le ton de l’homme est affable, l’accent anglais qui le caractérise habituellement, étrangement, est plutôt absent de son phrasé aujourd’hui.

Pour les plus jeunes qui vous connaissent peut-être moins bien que leurs parents, pouvez-vous nous résumer votre fulgurant parcours ?

-Je suis né en 1954, j’ai été le chanteur et leader des Eazzy Rozzes, qui ont été très célèbre au milieu des années 70, avec leurs deux albums. Les excès de drogues et d’alcool n’ont pas tardé à miner le groupe, et nous nous sommes séparés. J’ai commencé ma carrière solo en 77, sortant en moyenne un album tous les ans. Mais à partir du début des années 80, les disques se sont espacés. J’avoue sans honte aujourd’hui avoir voulu m’accrocher aux wagons de la pop de ces années là, plus vulgairement, faire du pognon. Oh, je n’en tire aucune gloire vous savez. Mais la qualité des chansons avait baissé, et il fallait que je relance ma carrière.

-Oui, on le sent dans votre musique, lorsqu’on écoute votre Best-of « Las Vegas/Paris », que vous avez toujours été à l’écoute des musiques de votre époque. Quitte à vous compromettre?

-J’avais sorti un paquet de disques, il fallait que j’aille chercher de nouvelles sources d’inspirations. Mais mon essence, c’est le milieu du spectacle : mon père était magicien, Jonathan, il m’a appelé comme lui, Jonathan Purdey donc, et ma mère Paulette Présbois, son assistante sur scène. Mes parents se sont mariés très vite, puis ça a été les USA, Las Vegas, notamment, le show, les paillettes, et tout ce qui va avec. La découverte de la guitare électrique a été un choc pour moi, j’ai tout de suite su que là était mon destin. Et donc, ce renouvellement au milieu des années 80 a été le fruit de la collaboration avec un autre guitariste et de la production de T. Bone Jackson qui m’a bien aidé à faire démarrer ma carrière solo. Les rencontres des années 80, n’ont pas été les meilleures. Ma relation avec Kyla Delight, ma femme, était au plus bas : elle tournait avec Johnny Depp sur « 21 jump street », et… vous savez, hein, ce que les journaux people disaient à leur propos dans ces années là. Bref, jusqu’en 1989 c’était un peu la … quel est le mot ? La « patauge » ?

-Puisque nous sommes dans la transmission générationnelle, la légende veut que vous ayez choisi ce nom de scène en hommage à vos parents. Est-ce vrai ?

-Oui, Johnson a été choisi car cela commence comme Jonathan, mais c’est plus simple à prononcer, et ma mère, Paulette, Concorde parce qu’elle était française et que cet avion était ce qui représentait le mieux la France a ce moment là.

-Pourquoi avoir choisi la Touraine pour ce fracassant come-back en 2011?

-J’ai choisi la Touraine au milieu des années 90 pour me refaire une santé et me ressourcer. Nous avons pu retrouver une vie de couple équilibrée et donner naissance à nos enfants. J’y ai aussi retrouvé un peu du climat anglais.

Parlez-moi du nouvel album, son concept, le show…

-C’est encore top-secret ! Mais c’est un album concept, le premier de ma carrière ! On est dans un univers de science-fiction. J’avais depuis longtemps envie d’explorer cette thématique très spectaculaire qui ouvre la porte à une grande palette créative.

Le clip en avant-première extrait de l’album à venir :

-Vous avez toujours su vous entourer de musiciens talentueux, pouvez-vous nous présenter ceux qui seront sur scène pour cette tournée intergalactique ?

-Alors, comme pour l’album précédent, « Antalanocryptovicious », je suis entouré de deux chanteuses : Kyla Delight, donc, égérie de la pop des années 80, qui est aussi ma femme, et Priscilla Loveboat, sa demi-sœur (c’est un scoop weirsound.net !) qui vient plus de Broadway, du music-hall. A la basse, Yough Motors, passionné de voiture, et, comme vous le savez, alors qu’il visitait Pompeï, adolescent, avec sa cousine, il tombe sur Pink Floyd qui enregistrait son célèbre album. Et c’est là que tout à commencé : d’abord roadie, puis photographe et enfin, producteur et musicien … Grishka Nocheiev à la batterie, ancien sous-marinier soviétique, surnommé « Octopus » parce qu’il jouait avec tout ce qui l’approchait, un homme aux capacités tactiles tentaculaires, en somme, et remis sur les rails par Steven Seagal (re-scoop weirdsound.net), et enfin, aux claviers, Jonas Gilbert, le demi-frère de la célèbre actrice qui jouait Laura Ingals, Melissa Gilbert. Grand producteur des années 80, malvoyant, qui a miraculeusement retrouvé la vue lors d’un récent show…

-Et la foi, aussi ?

-Ah non, il l’a un peu perdu… même si on l’appelait « preacher » dans les années 80.

-Vous voulez dire qu’il l’a perdu quand il a retrouvé la vue ?

-Oui, voilà : il ne voyait plus trop la nécessité d’avoir une intervention divine.

-N’avez-vous pas, excusez l’impertinence de ma question, peur d’être devenu une caricature de vous même ? Que votre musique ne soit plus qu’une mise en scène de votre propre vie ?

-C’est une bonne question (merci). J’ai passé l’âge d’être ma caricature. Je suis beaucoup plus apaisé et je peux explorer des territoires musicaux dans lesquels je ne suis jamais allé. Mais je reste qui je suis, et je vois bien que le public prend plaisir à retrouver un rock un peu malicieux un peu souriant… Donc une caricature ? Disons que je reste extravagant, un peu énervé.

-Merci Johnson Concorde. Pouvez-vous maintenant nous parler, de David Baez, un de vos créateur?

-Mais avec plaisir ! Je suis tourangeau, j’ai commencé la guitare à 15 ans, avec le heavy-metal, Iron Maiden, Metallica… et les copains qui faisaient pareil. Alors pour ne pas être en reste et aussi, il faut le dire, pour séduire plus facilement la gente féminine, je me suis mis à la guitare. Et puis j’ai fait toutes sortes de groupes, heavy metal, pop, chanson, reprises acoustiques… comme L’usine à boulons, pour la chanson, ou After the Silence. Des formations confidentielles. Mais il n’y avait pas le même retentissement pour les formations locales qu’aujourd’hui. Je le vois avec Johnson Concorde ou Monsieur Dame, mon duo de chansons swing avec ma femme, Fabienne (aka Kyla Delight), on peut faire de la musique plus facilement.

J’ai aussi fait de la musique pour le théâtre. J’aime la narration, j’aime quand ça raconte quelque chose. La littérature? Oui, la science-fiction actuellement pour le projet avec Johnson Concorde (Dan Simmons avec le cycle « Hyperion » ou « H2G2 : le petit guide du voyageur galactique »). Je suis un gros lecteur de bio d’artiste, Bowie et les Beatles. Mes derniers coups de cœur musicaux, c’est « Villains » de Queens of the Stone Age, ou encore Ecca Vandal, une artiste australienne entre hip-hop, rock et punk. J’écoute beaucoup Radio Béton (93.6, Tours et environs) et je fais beaucoup de découvertes comme ça. Mais je reste toujours attaché aux Beatles, Maiden

-Une présentation de Monsieur Dame ?

-C’est de la chanson swinguante et névrosée. C’est plus le projet de ma femme, Fabienne. Le répertoire puise plus dans la chanson française un peu impertinente, douce et mélancolique, entre Barbara et … je ne sais pas, San Severino peut-être, ainsi que dans le jazz des années 30.

-Les projets ?

-On joue tous les mois avec les deux formations. Année plutôt Johnson Concorde avec un concert de release party dans une grande salle encore tenue secrète, l’album. Et l’année prochaine un album de Monsieur Dame pour 2019.

-Merci à toi David.

-Merci.

Pour ceux qui veulent voir Johnson Concorde, en chair et en os c’est en concert, sinon, fermez les yeux et rappelez-vous votre chambre d’ado, ses posters, ses magazines, mélangez tout ça, et vous aurez une petite idée du personnage créé par ce collectif d’artistes musiciens. Il prend vie sur scène pour notre plus grand plaisir, et ses albums, entre rock, glam-rock et power-pop (il aime à parler de power-glam) sont tous d’excellente facture, quoi qu’il en dise.

http://johnsonconcorde.wixsite.com/officiel

Quatre albums dont un acoustique, le cinquième attendu courant 2018

http://monsieurdame.wixsite.com/officiel

Deux albums, un troisième à enregistrer pour 2019

 

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