Holeg Spies ou la genèse d’un Nouveau Monde

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Expérimentateur, touche à tout, explorateur musical : comment définir l’oeuvre de Holeg Spies? Le plus simple c’est peut être de ne pas lui coller d’étiquette, de toute façon je crois qu’il n’aimerait pas ça! Producteur et compositeur français de musique électronique depuis près de 25 ans, Holeg Spies est un éternel curieux, sa discographie étant le plus brillant témoignage de cet éclectisme artistique. Reconnu comme étant un des précurseurs de la musique électro en France, en passant par les nombreuses collaborations pour le cinéma et le jeu vidéo, Holeg Spies sortait son sixième album, Axis Mundi, en mai 2019.

Holeg Spies : chef de file méconnu de l’électro française

Holeg Spies fait partie de cette première génération que la techno a emportée au début des années 90, alors qu’il suivait des études de droit à la Sorbonne. Après avoir découvert la techno au Boy, le club où à Paris tout débuta à la fin des années 80, Holeg ne manque aucune des premières raves qui se multiplient chaque week-end dès 1991. Comme tant d’autres à l’époque il apprend à mixer dans sa chambre et devient officiellement DJ grâce à Patrick Rognant qui l’invite à « Rave Up », l’émission qu’il anime sur Radio FG qui est à l’époque le canal officiel des amateurs de cette culture électronique naissante.

Devenu l’un des DJ en vue des soirées qui se multiplient, souvent dans une joyeuse illégalité, Holeg se découvre un attrait particulier pour un des courants les plus immersifs de la techno, la trance psychédélique. Un style qui renoue avec les dimensions rituelles ou tribales de la musique tout en restant futuriste. En 1995, il intègre au côté de Jeff Mills l’agence Outsoon, pionnière du booking de DJ en France, et s’envole pour la première tournée de musique électronique en Inde. Il y aura beaucoup d’autres destinations par la suite, qui mèneront Holeg Spies aux quatre coins de la planète, notamment au Japon où sa côte de popularité atteint des sommets!

La production comme passion

La production a toujours été au coeur du travail de Holeg Spies, d’abord en dirigeant la division trance du label techno précurseur Omnisonus (BMG/Polygram), puis surtout en composant lui-même à partir de la fin des années 90. Ses productions et disques sortiront sous différents pseudonymes : Holeg & The Spies, The Star Shrink Shooters ou encore Spies Under Von Magnet.

Dès lors, le DJ va s’éloigner du dancefloor et initier un processus d’hybridation des genres musicaux qu’il poursuit encore. Œuvre échappant à toute classification pour se perdre aux confins de l’électronique, du rock industriel, du symphonique et du psychédélisme.

Holeg Spies connaîtra différentes déclinaisons tout au long des années 2000 et mutera même en création multimédia, avec un film, un site internet crypté et une installation d’art contemporain exposée à Paris au Centre Pompidou, mais aussi à Tokyo, New York et en Suisse. Un premier flirt avec cet univers de l’audiovisuel qui va se concrétiser par de nombreuses collaborations dans le domaine du cinéma.

Le trailer de la version remasterisée de Ichi The Killer – le chef d’oeuvre de Takashi Miike sorti en 2001

C’est au Japon en 2001 que Holeg croise la route d’un premier réalisateur, le sulfureux Takashi Miike, pour lequel il réalise un remix audiovisuel d’un de ces films les plus célèbres, Ichi The Killer. Suite à la rencontre avec Patrick Savage (premier violon à l’orchestre philharmonique de Londres), ils montent ensemble le duo Savage & Spies, dédié à la composition de BO, une amitié et une collaboration qui dure toujours.

Fait d’armes notable pour nos deux complices, en 2009 un mystérieux réalisateur hollandais, Tom Six, les contacte. Il a une musique à composer pour un film : Il s’agit de The Human Centipede! Le concept horrifique de The Human Centipede est si malsain et grotesque qu’il deviendra instantanément un phénomène de société. En plus de ces deux films cultes (au moins à mes yeux), Savage & Spies ont travaillé sur une bonne dizaine de BO et musiques de films, et ils ne sont pas en voie de s’arrêter!

Axis Mundi : un sixième album nomade et débridé!

Voici donc venu son sixième album, Axis Mundi (l’axe du Monde en latin), une véritable invitation onirique au voyage. L’intention de son géniteur est on ne peut plus claire : “Casser les repères, brouiller les pistes, et créer un univers sonore dans lequel l’auditeur va s’immerger, puis sans doute se perdre, mais avant tout voyager.” La création de cet album est Intimement lié à l’Arizona et aux steppes mongoles, où Holeg Spies a pu séjourner et aller à la rencontre de deux cultures ancestrales.

Un retour aux sources essentiel pour l’artiste lorsque il évoque la Mongolie : “Après 7h de chevauchée, c’est sous la tente par -5°C que j’enregistre le monde de la nuit : horde de loups au loin, battements d’ailes de rapaces… Bref, un retour aux préoccupations primaires dans une nature vierge. Ici, elle nous tolère et nous impose adaptabilité, humilité, prudence et lâcher prise.”

Oublier les repères et les automatismes, voilà le fil conducteur de Axis Mundi, il en résulte un album débridé et imprévisible où les enregistrements nomades s’invitent au milieu des rythmes électroniques.

A propos de ce mariage, on peut bien entendu y voir un message concernant les enjeux écologiques de notre époque! Axis Mundi est une tentative de réconciliation entre notre société campée dans l’hyper modernité et l’environnement. Une comparaison intéressante, et sans doute pertinente, peut être faite avec le travail d’un certain Molecule, dont nous vous parlons régulièrement sur weirdsound.

« J’ai ressenti le besoin de m’affranchir des codes pour composer une musique purement sensorielle. Créer un monde. Ne pas être ambient, expérimental, néo-classique ou je ne sais quelle autre étiquette réductrice encore, mais proposer une expérience à l’auditeur, un voyage où il se reconnecterait à des sensations très primaires ».

Holeg Spies sur Axis Mundi (2019)

Axis Mundi c’est aussi une nouvelle occasion d’inviter des amis de talent. Patrick Savage bien évidemment, mais aussi le guitariste français, Thierry Gotti et l’émérite percussionniste japonais, Yasushi Yamazaki.

L’écoute de Axis Mundi est forcément déroutante! Une première écoute désarçonne, puis on se plait à rechercher l’origine des sonorités présentes sur les différents morceaux. L’oeuvre est immersive, un moment d’apaisement hors du temps s’offre à l’auditeur. Un instant bienvenu pour les ultras urbains de mon espèce, qui courent sous terre d’un métro à l’autre, les yeux rivés sur leurs téléphones! On se reconnecte avec des sensations primaires et surtout primordiales : l’espace, le silence, la liberté. Pour avoir moi même profité des paysages de la steppe (#jemelaraconte), Holeg Spies a parfaitement capté l’ambiance de ces espaces immenses.

Holeg Spies - Axis Mundi (2019)
Axis Mundi est disponible dès à présent sur les différentes plateformes de streaming

En définitive, je ne peux que conseiller l’écoute de ce sixième album, véritable porte ouverte sur un monde que nous avons oublié et qui est pourtant le notre! Axis Mundi est un objet musical insolite non identifié (OMINI) et une véritable réussite pour qui a envie de prendre le temps de rêver et de se rappeler d’où il vient.

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Fatherubu

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