H-Burns ou la mélancolie des étés passés

Lorsque les jours raccourcissaient et que les feuilles commençaient à jaunir, qu’il fallait préparer le cartable pour retourner à l’école, nous regardions en arrière ces deux longs mois de vacances, et une pointe de ce que nous ne nommions pas encore nostalgie se faisait sentir car, inconsciemment, nous avions quitté un territoire uniquement réservé au plaisir et aux jeux, un temps où l’enfance est éternelle. Nous étions jeunes et l’été nous appartenait. La photo de la pochette, œuvre du collectif Brest, Brest, Brest qui est également à l’origine de travaux pour Bertrand Belin, a ces couleurs des soirs d’automne.

Le septième album du français Renaud Brustlein aka H-Burns distille cette douce mélancolie qui prélude au retour de l’hiver, une fois les amours d’été éteintes, lorsque nait cette irrésistible envie d’écouter des chansons mélancoliques. Sorti le 3 février 2017, il a été enregistré en France, au Wooden D studio de Denis Clavaizolle, clavier pour Bashung ou Murat. Le musicien et ami Bertrand Belin a également posé les arrangements de cordes sur les morceaux. Il a été mixé à Los Angeles par Rob Schnapf  qui a entre autre officié pour Elliott Smith, Kurt Vile, Beck…  ce qui se ressent dans la couleur générale de l’album, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Sea change de ce dernier.

Extrait de l’album, le clip Naked a cette saveur des rêves passés et peut-être manqués, la sensation des regrets de ne pas avoir réussi à être la personne que l’on rêvait de devenir étant adolescent

À l’écoute, l’album laisse une fausse impression de dépouillement. Bien au contraire, très riches, les arrangements subtils amplifient les émotions qui parsèment les titres. Moins pop-rock et plus électro-folk que Off the map, moins brute que sur  Night moves, l’instrumentation électro-folk-pop laisse la part belle aux mélodies vocales. Le chant de Renaud Brustlein se fait parfois chuchotement, et nous raconte ses histoires sans jamais élever la voix. Des guitares électriques cristallines viennent ponctuer les moments forts (I sail in trouble water), les beats parfois joués, parfois assurés par une boite à rythmes, souvent sous mixés, ne sont pas là pour nous faire danser. Discrets et simples, ils arrivent souvent au cours du morceau et amènent le climax jusqu’à la conclusion finale du titre.  Sur l’intro de This kind of fire », au gimmick « curien », la grosse caisse en sourdine en arrière plan, donne un élan qui vient en contre-point des arpèges de guitare plus aériens, et propulse le titre vers d’autres ambiances au fur et à mesure de son déroulement.

Il y a une évidente continuité entre cet opus et le précédent, mais on sent confusément qu’un cap a été franchi et  que le compositeur est passé à autre chose. On retrouve certes encore ses attaques mélodiques caractéristiques, Six years, Silent wars pour les précédents, ou White tornado pour cet album, qui donne parfois l’impression que l’artiste se répète. Mais plus que cela, c’est un style qui s’affirme. Song-writer de talent, H-Burns sait aussi conter des histoires. C’est peut-être à cela que nous sommes convié ici, à assister à ce balai de l’amour qui, comme les étés de l’enfance, recommence sans cesse. Les émotions y sont violentes, combien même le ton se fait plus doux, plus apaisé qu’auparavant.

L’ambiance mélancolique ne plombe pourtant pas l’atmosphère et l’impression générale à l’écoute des dix titres (version vinyle) est plutôt celle d’une certaine légèreté, d’une insouciance qui démontre à la fois la gravité de l’instant vécu et la capacité que nous avons à rapidement l’oublier.  L’album se conclut par Linger on dont le final tout en arpèges mineurs joués par une boucle de synthé, en cohérence avec l’atmosphère générale du disque, laisse lorsque le silence s’installe, comme un picotement dans le coin des yeux et une petite lourdeur du côté du cœur. Les deux titres bonus du CD, Out of the blue et Young bird, ne sont intéressants que parce qu’ils ajoutent du temps à cette parenthèse que représente l’écoute d’un album. Mais, malgré leur qualité, ils rompent, à mon avis, l’équilibre fragile et la continuité qui s’est installée tout le long des dix précédents.

Minor days, titre le plus électro-pop de l’album, certainement mon préféré, qui raconte le lent remplacement des espoirs par l’habitude : « I got lost for a little while, Then the little while turned into years« 

Ce disque est un espace-temps où se réfugier lorsque la vie devient trop difficile, un endroit poli par la vie, caché sous les pierres, où nous vivons sous l’eau (Kid we own the summer). Ce sont des séparations qui n’en sont pas, des amours qui n’en finissent pas. Étés éternels, adolescence qui ne veut pas se finir, mais qui, l’un et l’autre, à regret, prennent quand même fin. Désenchantement du temps qui passe et grignote inexorablement les rêves d’enfance, errances nomades qui se transforment imperceptiblement en habitudes sédentaires. Kid we own the summer est tout ça à la fois. C’est l’histoire d’une fin que l’on a pas vu arriver.

Kid_We_Own_The_Summer

Disponible depuis le 3 février 2017, en CD et vinyle. L’intérêt de ce dernier, en dehors de l’objet, est qu’il est accompagné du CD, ainsi que des démos de l’album. On pourra comparer l’apport des arrangements et peut-être préférer des versions plus acoustiques, plus brutes de certains titres.

http://www.h-burns.com/kwots/

 

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