Eyehategod : Petit homme, tu redeviendras boue!

Le Hellfest arrive bientôt les petits amis ! Et vu que chez weirdsound.net, nous sommes de vraies feignasses, on a pris un peu de retard dans le traitement de la légion de bons groupes qui vont se produire à Clisson en juin prochain.

Il est grand temps de corriger cette erreur, en s’attaquant à un groupe que j’apprécie beaucoup, j’ai nommé Eyehategod ! L’excellent article de Mr Moonlight concernant Corrosion of Conformity m’a fait me précipiter vers mes bacs à vinyles, pour réécouter ce monument du sludge qu’est Eyehategod. Vous avez cinq minutes devant vous ? Allez ! En avant pour une belle histoire !

Il était une fois à la Nouvelle-Orléans…

En 1988 à la Nouvelle-Orléans en Louisiane, une bande de mauvais garçons décident de faire de la musique. Mauvais garçons au sens propre, quand on prend en considération les casiers judiciaires des membres du groupe. Eyehategod, c’est le sud (vraiment très sud) des USA : des rednecks vivant dans un marais, grattant du banjo en fumant de la marijuana et en réglant les problèmes à coup de fusils ou de couteau. Primaire, authentique, sans concession, malsain, dangereux…je pourrais continuer la liste longtemps.

Le groupe est initialement composé de quatre membres : Michael Williams (chant), Jimmy Bower (guitare), Joe LaCaze (batterie) et Steven Dale (basse). Dans la joyeuse bande citée, certains connaissent peut-être Michael Williams qui a aussi été le chanteur du groupe Down (un autre super groupe sur lequel on devrait écrire : Mr Moonlight si tu me lis !). Pour sa part Joe LaCaze est malheureusement décédé en 2013 d’une insuffisance respiratoire.

eyehategod 1988

Le groupe dans sa formation initiale – tout à droite le regretté Joe LaCaze

Musicalement, les maniaques de la catégorie classeront Eyehategod dans la rubrique sludge. Silence gênant devant votre écran…Il n’y a pas de honte ! Très rapidement, sludge veut littéralement dire « boue » en français. Ça annonce le programme ! on peut s’autoriser un parallèle entre le terme et le son typique des guitares du genre, abusant du fuzz et des distorsions en tout genre.

C’est de la boue du Bayou, mais aussi la boue dans la fosse devant la scène…un « doux » mélange entre punk hardcore, grunge et le doom metal. On pourrait rapprocher le genre, de manière assez évidente, du stoner mais l’état d’esprit des deux familles est aux exacts opposés ! Le stoner, et il suffit d’écouter les Desert Sessions pour s’en convaincre, est une musique de camés, mais relativement optimiste, là où les sbires du sludge ont tendance à sombrer dans le nihilisme le plus basique…A la croisée des chemins, le sludge prend les rythmes lents et lourds hérités du rock psyché puis de Black Sabbath, qu’il mélange avec les thèmes fétiches des groupes de grunge, pour en faire des hymnes célébrant l’absurdité des choses et la vacuité de l’existence. J’arrête là, vous aurez compris que le sludge n’a rien à voir avec la Compagnie Créole.

Musique sudiste pour punk déprimé ?

Les inspirations souvent citées par les groupes de Sludge, Eyehategod compris, sont souvent des formations comme Black Sabbath, Black Flag ou encore Saint Vitus, qui viennent frayer avec des groupes typiquement sudistes comme Mississippi John Hurt, et des purs grunge comme les Melvins.

Les sujets de prédilection de Eyehategod ? La drogue, la souffrance, la misère, la défiance vis-à-vis du pouvoir…C’est très « white trash » notre affaire ! Pourtant, les garçons ne jouent pas en sourdine bien loin de là. Vocalement, c’est plutôt dans le registre des hurlements que se situe Michael Williams, rajoutez à ça des guitares qui abusent parfois des larsens et qui vont vous faire crisser des dents et je peux vous garantir que vous allez sentir passer la frustration et le dépit de nos rockeurs un tantinet pessimistes ! On va d’ailleurs s’intéresser d’un peu plus près à leur premier album, que je considère comme un des plus réussis, de la discographie de Eyehategod : In The Name of Suffering.

In The Name Of Suffering : je te garantis que tu vas souffrir !

 1992 : Le Glam Rock occupe encore le terrain, et le grunge s’est emparé de Seattle…au milieu d’un marais, un groupe de jeunes gens décident de faire autre chose…Voilà pour l’introduction digne de Star Wars !

Fait amusant, In The Name Of Suffering est le premier album du groupe, et il est produit par un label français, Intellectual Convulsion (disparu depuis). L’album est produit avec 1000 dollars à la Nouvelle-Orléans, il n’en coûtera que 800, les 200 autres servant à payer l’herbe et l’alcool pour le groupe. 2000 copies seront pressées via Intellectual Convulsion, avec une pochette du meilleur goût, je vous laisse en juger ci-dessous :

Les deux cotés de In The Name Of Suffering : ambiance garantie en ouverture de bal de mariage!

Sur cet album, Steven Dale fera l’enregistrement, et quittera le groupe peu après. La basse a toujours été un sujet sensible chez Eyehategod, le groupe ayant connu 4 bassistes différents depuis sa création ! On notera aussi la participation de Mark Schultz en tant que guitariste, en renfort de Jimmy Bower. In The Name Of Suffering compte dix titres, dont plusieurs sont déjà présents sur des démos existantes (Hit A Girl, Depress, Children Of God…). Cet album va devenir la référence pour définir le son sludge, aux côtés des premières productions de Crowbar ou bien Sollent Green, deux groupes musicalement proches (et amis) de Eyehategod.

Left To Starve – morceau présent sur In The Name Of Suffering

C’est lent, très lent… ça sonne lourd comme du doom, mais ça n’est pas du doom ! La voix de Williams et ses hurlements nous rappelle sur chaque morceau les origines punk et garage du groupe made in USA. C’est à 10 000 lieux du seigneur des ténèbres et des thèmes propres au metal scandinave, avec Eyehategod, on est les deux pieds sur terre, ou devrai je dire dans la boue ! Ça pue, c’est sale, on s’en fout partout et c’est une expérience bien crade dont on ne sort pas indemne !

Shinobi : mon morceau préféré de In The Name Of Suffering!

On ne va pas se mentir, pour le commun des mortels, In The Name Of Suffering est difficilement audible sans perdre définitivement un tympan. Mais ! C’est une véritable page d’Histoire, qu’il faut remettre dans son contexte ! Des sous prolo américains vivant dans la cambrousse au milieu du Bayou, qui écoutent du punk, du stoner, du grunge et du heavy, pour en faire une tambouille bien à eux ! Les diablotins et autre Apocalypse en carton-pâte, très peu pour eux. Avec Eyehategod, l’apocalypse tu te la prends dans la gueule sans détour, et elle a un sacré goût de réel ! Bref, vous l’aurez compris, si vous voulez découvrir la mouvance sludge, In The Name Of Suffering peut être une bonne porte d’entrée. Depuis ce premier opus Eyehategod a fait son chemin avec pas moins de 8 albums, le dernier étant sobrement intitulé Eyehategod, paru en en 2014. Petit extrait ci-dessous :

 

Eyehategod sera donc au Hellfest en juin prochain, et franchement, profitez-en pour découvrir ce groupe mythique qui se fait rare en France ! Pour les autres, weirdsound y sera, et nous ne manquerons pas de vous faire un compte rendu de l’événement !

eyehategod 2018

Les yeux de bichon amoureux de Michael Williams nous ferait presque oublier qu’il sait aussi hurler très fort!

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