Dhafer Youssef: un nouvel album aux reflets magnifiques!

Dhafer Youssef - Sounds of Mirrors Dhafer Youssef - Sounds of Mirrors

Le 5 Octobre sort « Sounds of Mirrors » (chez Anteprima) le nouvel album de Dhafer Youssef, le célèbre oudiste et vocaliste tunisien….qui n’est pas né à Vienne comme on le lit parfois mais qui y a vécu de 1989 à 1999 avant de s’installer à Paris. Si son 1er disque date de 1996, je ne l’ai découvert qu’il y aune dizaine d’années avec l’album « Divine Shadows » (paru en 2006). L’enchantement et l’addiction devinrent réels avec l’album « Birds Requiem » (2013) dédié à sa mère décédée alors que Dhafer Youssef le terminait. Un album superbe, qui vous fait naviguer en apesanteur entre Nord et Sud de l’Europe et où l’on retrouve Nils Petter Molvaer, le trompettiste norvégien que j’avais tant apprécié à Nantes/Stereolux en 2003 et le clarinettiste turc Hüsnü Senlendirici. Dhafer Youssef a joué très vite avec d’autres talentueux musiciens comme le pianite arménien Tigran Hamasyan qui faisait partie de son quartet en  concert après avoir joué sur l’album « Abu Nawas Rhapsody » de 2010.

 Dhafer Youssef accompagné notamment par Tigran Hamasyan!

 

Le nouvel album se veut d’abord un hommage à Zakir Hussain, joueur virtuose de tablas né à Bombay/Mumbai (en concert à Nantes au L.U le 29 Septembre) et à la musique indienne que Dhafer Youssef a découvert à 18/19 ans quand il était à Vienne (Autriche) alors qu’il étudiait la musique classique: »J’étais à la fois émerveillé et convaincu qu’un jour je jouerai avec des légendes de la musique indienne » rappelle, 30 ans plus tard, Dhafer Youssef qui a déjà été un pionnier en introduisant l’oud dans le jazz. Dhafer Youssef avait été conforté aussi dans cet émerveillement par le concert, à Vienne, d’Ali Akban Khan, grand maître du sarod indien, décédé en 2009.

Dhafer Youssef assouvit aujourd’hui son rêve d’alchimie entre jazz et influences orientales en réunissant autour de lui 3 brillants musiciens. …Zakir Hussain aux tablas (que j’avais déjà croisé sur un album superbe « Making Music » du label alemand E.C.M, en 1987, aux côtés de John Mc Laughlin et du saxophoniste norvégien que j’affectionne depuis toujours, Jan Garbarek). Le clarinettiste Hüsün Senlendirici a rejoint Dhafer Youssef et Zakir Hussain pour roder en concert la colonne vertébrale de l’album « Sounds of Mirrors ». Le guitariste norvégien Eivind Aarset complète le quartet: il avait déjà travaillé avec Dhafer Youssef et Nils Petter Molvaer avec qui il est un adepte du nu jazz qui mêle jazz, musique electronique avec une part d’improvisation mais aussi parfois une touche de funk qui donne cette touche groovy dynamisant un peu plus encore certains titres.

Le guitariste Eivind Aaarset en Mai 2014 à Budapest…un son et un jeu rappelant aussi parfois un autre guitariste norvégien, Terje Rypdal.

L’enregistrement de l’album a débuté à Mumbai puis s’est poursuivi à Istanbul avant d’être mixé à…Göteborg! Dhafer Youssef prend alors davantage encore conscience de la dimension et de la direction de ce nouvel opus: « J’ai senti que, partant d’un socle culturel indien, nous pouvions aller vers un propos plus universel…Cet enregistrement m’a fait l’effet d’une ode à l’amitié et à la fraternité. Quand nous jouions ensemble, j’avais la nette sensation que des âmes soeurs se reflétaient« ..d’où le titre « sounds of mirrors« .

L’album, que j’ai eu la chance de recevoir dans ma boite aux lettres la semaine dernière, est tout simplement …magnifique, magique….les superlatifs pouvant s’avérer dérisoires! Un enchantement, un envoutement dès le 1er titre « Humankind » à l’atmosphère méditative. Quelques nappes electroniques d’Eivind Aarset puis des notes d’oud me rappelant un titre arménien ( « Yeraz » interprèté notamment par le groupe Delayaman et par le grand maître du Doudouk, Levon Minassian) et  la voix magique de Dhafer Youssef prolongée par la clarinette de Hüsnü Senlendirici qui va bientôt s’envoler en me rappelant cette fois les atmosphères nordiques de Jan Garbarek. La séduction est totale et le reste de l’album ne peut qe vous convaincre de vous y plonger, pour mieux vous en imprégner. Climat méditatif voire contemplatif sur plusieurs titres bien sûr, les 1er, 3ème, 4ème « Ruby like wine », superbe, (où les vocalises de Dhafer Youssef et ses envolées semblent faire écho au 1er titre) et 10 ème titre mais pas seulement!! Il y a aussi du rythme, du groove sur de nombreux titres, de « Dance Layan Dance », clin d’oeil à sa fille, qui semble aussi prolonger le 1er titre par quelques notes partiellement identiques, au 9ème titre « Chakkaradaar », qui rappelle que Dhafer Youssef joue bien du jazz, en passant par « Journey in Bergama » et « Nasikabhushani ». L’album s’achève sur un autre très beau titre dédié à nouveau à Zakir Hussain et justement intitulé « Good morning Mumbai »!

Dhafer Youssef donnera quelques concerts entre cet automne et le printemps prochain…Guettez le, il passera notamment dans la banlieue nantaise , à Bouguenais, le 27 mars 2019 au piano’cktail!

 

Un extrait , en Live, de l’album « Birds requiem » de 2013.

 

Pour les amateurs, le concert donné par Dhafer Youssef au festival de Vienne le 13 Juillet 2018, concert reprenant le titre de son avant dernier album « Diwan of beauty and odd ».