David Bowie : l’étoile en quête d’identité éternelle.

1966-2016…50 ans de carrière musicale et 25 albums studio pour un artiste qui révolutionna la musique et la scène à une vitesse supersonique.
J’avais 16 ans quand j’eus un vrai coup de foudre pour « space oddity »(avec Rick Wakeman aux claviers qui rejoint ensuite Strawbs puis YES) sur les radios anglaises.

C’était une révolution dans les sons des sixties finissantes ; les premiers pas de l’homme sur la lune (la BBC avait choisi space Oddity comme générique de l’alunissage d’Armstrong) et 2001 l’odyssée de l’espace de Kubrick accompagnaient un Bowie déjà cosmique et toujours dans l’air du temps qu’il allait souvent aussi précéder voire insuffler.
Bowie croit déjà en son avenir, conscient d’être un grand artiste en devenir, comme son ami de jeunesse Marc Bolan (T Rex) même si son 1er album sorti le 1er juin 1967 eut la mauvaise idée de paraître le même jour que le fameux « sgt Pepper’s lonely hearts club band »des Beatles et fut descendu par les critiques.
Le Major Tom de Space oddity devint Ziggy stardust en 1972. La prestation de Bowie le 5 juillet 1972 (avec Mick Ronson guitariste à la blonde chevelure) dans l’émission « Top of the pops » où il chante « Starman » bouleverse l’Angleterre et bientôt le monde.

Ziggy Stardust ne devait , au départ, qu’exister que sur scène et c’est sur scène que Bowie en annonça la fin lors d’un concert londonien mémorable à l’odéon d’Hammersmith le 3 juillet 1973.
Mais Aladin Sane était déjà né (album sorti en avril 1973), « a lad insane »(le mec fou) traduisant les troubles identitaires d’un David Bowie qui poursuivait sa révolution scénique (maquillage avec éclair, photo célèbre réalisée par Brian Duffy).

 

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Aladin Sane/1973/photo Brian Duffy/hors série inrocks 2015

Bowie, dès l’âge de 20 ans, s’était initié au mime en s’inscrivant au cours de Kemp, danseur et chorégraphe (Bowie fut mime en 67/68 dans la pièce « Pierrot in Turquoise ») où il fit la connaissance de la styliste Natasha Korniloff qui lui fit notamment les costumes de la tournée Ziggy Stardust. C’est encore elle qui lui créa le costume de pierrot pour le clip « Ashes to ashes » en 1980.(morceau de l’album scary monsters)

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La plongée dans la cocaïne fut longue et douloureuse (Bowie avait rejoint New York) : Bowie dit avoir touché le fond en 1976, même s’il disait que la drogue lui faisait oublier sa schizophrénie, à l’époque où sortait « Station to station », son 10ème album et où apparaissait un nouveau personnage, le Thin White Duke aux cheveux oranges. L’actrice et chanteuse Dana Gillepsie, proche de Bowie au début des années 70, avait bien cerné et résumé Bowie « David a toujours été plus heureux en jouant un rôle qu’en étant lui-même » Le temps de son 3ème album, « the man who sold the world », en 1970, Bowie était aussi apparu avec cheveux longs, robe et bottes de femme, brouillant déjà les pistes identitaires.

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une des 3 pochettes de l’album « the man who sold the world »

Après la trilogie dite berlinoise( Low fut enregistré à Hérouville avec le génial Brian Eno qui a fait appel à Robert Fripp que l’on retrouve ensuite aussi dans « Heroes », tube magnifique chanté partiellement aussi en français), Bowie connait une période pop qui peut paraître moins riche d’un point de vue créatif.

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Bowie à Munich en 1976: retour en Europe et nouveau look (photo Dalle:les inrocks 2)

« Scary Monsters », en 1980, sort du lot même si l’album « let’s dance » et son tube (1983), sous l’influence de Nile Rogers, reste l’album le plus vendu. Bowie dit de l’album  « tonight « (1986) que ce fut le pire de sa carrière…..
Le vrai retour de Bowie coincide avec celui de Toni Visconti comme producteur : avec  « heathen « (2002), Bowie est à nouveau ambitieux, créatif et non blasé. Il s’entoure d’anciens comme pete Townsend (WHO) et de nouveaux comme Dave Grohl (Foo Fighters)
Après « Reality »(2003), accompagné de la dernière grande tournée de Bowie, il faut attendre 10 ans pour « the next day » (2013) : Bowie poste, le jour de ses 66 ans, un nouveau morceau au titre énigmatique « where are we know ». Un pont semblait jeté entre le passé et un nouvel avenir prometteur imprégné d’un peu de jazz comme en témoignait le morceau « Sue » paru en E.P en 2014.

Fin 2015 tout le monde attendait Black Star, les 2 premiers titres (Black star et Lazarus) et leurs vidéos suscitant encore un peu plus d’impatience mêlée de mystère : que nous réservait Bowie ?
Bowie nous préparait une sortie d’artiste comme seul lui pouvait la concevoir : « je suis une étoile noire, pas une pop star » chante-t-il dans le très long morceau qui ouvre et donne son titre à cet ultime et 25ème album studio légué tel un testament. Un album dans lequel on trouve moins de guitares mais plus de cordes et de claviers et la présence d’un trio de jazz exceptionnel.
« Combien de fois tombe un ange » se demande Bowie dans « Black star ». Un ange, qu’il soit « poussière d’étoile » ou « étoile noire » peut tomber mais ne meurt jamais.
Les paroles et la vidéo de « Lazarus » étaient son véritable legs testamentaire.



« look up here i’m in heaven »(regarde là haut je suis au paradis)
« I’ve got scars that can’t be seen » (j’ai des cicatrices que l’on ne voit pas)
« oh I’ll be free, just like blue bird »(je serai libre comme cet oiseau bleu)
Pas de funérailles publiques pour la « non pop star »qui a laissé tomber son téléphone portable(cf Lazarus) mais l’étoile reste à jamais au cœur de ses admirateurs.

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