Damon Albarn crédit photo Linda Brownlee

Damon Albarn : un nouvel album inspiré par l’Islande

En une : Damon Albarn crédit photo Linda Brownlee

A 53 ans, Damon Albarn n’a plus rien à prouver après une carrière musicale déjà bien remplie. Pourtant, son 2ème album solo, The Nearer The Fountain, More Pure The Stream Flows, s’annonce comme l’un des albums majeurs de 2021. Il sort, ce 12 Novembre, sur le label Transgressive Records. Conçu d’abord pour être une œuvre orchestrale, très inspirée par l’Islande, l’album change de structure pour cause de Covid. Reste une œuvre magnifique, reflétant la beauté sauvage de la rude nature islandaise mais aussi les des thèmes forts dont Damon Albarn se fait le conteur.

Damon Albarn : de Blur à l’Islande

Daft Wader, titre souvenir d’une nuit d’été islandaise un peu folle

On ne va pas détailler 30 ans de carrière musicale en quelques lignes. Damon Albarn a 20 ans, en 1988, quand, avec son copain de la Stanway School, Graham Coxon, il fonde Blur. Héros de la Britt Pop et grand rival d’Oasis, Blur lui fait connaître le succès et les longues tournées. 10 ans plus tard, Damon Albarn co-fonde-avec James Hewlett-Gorillaz. Gorillaz dont le premier album éponyme sort en 2001. Succès international pour un groupe qualifié de virtuel, tant les musiciens participant au projet, depuis 20 ans, sont nombreux.

Les collaborations, projets ou « nouveaux groupes » ne manquent pas depuis 20 ans : collaboration avec des musiciens maliens, composition d’opéras et, bien sûr, les nouveaux groupes. C’est surtout The Good The Bad and The Queen (TGTBTQ) même s’il ne faut pas oublier Rocket Juice and The Moon et l’album de 2012 avec Tony Allen. C’est d’ailleurs influencé par Tony Allen, que TGTBTQ, le « super » groupe a vu le jour en 2006. On y retrouve alors le bassiste de The Clash, Paul Simonon et l’ex guitariste de The Verve, Simon Tong. On croise d’ailleurs aussi ce vieil ami de Damon Albarn dans Gorillaz et dans ses 2 albums solo.

En 2014, sort le premier album « solo » de Damon Albarn, Everyday Robots, même s’il réfute alors le terme « solo ». Un album très personnel, nominé pour le Mercury Prize. Il y « explore la nature contre la technologie » explique t-il alors sur sa page Facebook. La nature islandaise va encore plus le marquer dans ce nouvel opus, 25 ans après y avoir mis les pieds.

Damon Albarn, inspiré par l’Islande, un refuge

Le titre éponyme du deuxième album solo de Damon Albarn

Aujourd’hui, Damon Albarn passe la moitié de l’année en Islande. Son histoire d’amour avec l’Islande a commencé dès 1996. Il rappelle qu’il eût comme une révélation en regardant la T.V, dans un hôtel, alors qu’il est en tournée aux États-Unis. Dans un reportage de National Geographic sur l’Islande, il retrouve son rêve récurrent où il flotte au dessus de « plages de sable noir« . Cela correspond à un moment où la célébrité avec Blur lui pèse. « J’avais besoin de sortir quelque part où personne ne me connaîtrait » confie t-il récemment dans le magazine islandais The Reykjavik Grapevine.

Dès lors, son « guide » devient Einar Örn Benediktsson (ex chanteur de The Sugarcubes) avec qui il enregistre d’ailleurs un album en 2000, 101 Reykjavik. A noter aussi que l’album éponyme Blur, est enregistré en grande partie en Islande en 1996. En Janvier dernier, Damon Albarn « une sorte d’oiseau migrateur »-comme il se dépeint lui même-devient citoyen islandais. Le tabloid anglais The Sun souligne que « Damon est ravi d’être citoyen de l’Islande car le pays a été une source d’inspiration pour lui et c’est un refuge en ce moment« .

Un refuge ? Au Covid…certainement mais aussi un refuge où Damon Albarn peut respirer, en paix, en harmonie avec la nature. Un refuge à l’écart d’une politique anglaise qui le déroute depuis longtemps. Il ne digère toujours pas l’intervention anglaise en Irak, alors que 2 millions de personnes avaient défilé contre. Il ne digère pas non plus le Brexit et les politiques de droite qui ont apeuré les gens.

Un album contemplatif

La nature islandaise, inspiratrice de Damon Albarn

L’Islande a donc profondément inspiré le nouvel album. Dans l’ITV pour The Rekjavik Grapevine (réalisé par une américaine, Andie Sophia Fontaine), Albarn précise : « Quelqu’un est venu me voir et m’a dit-qu’aimeriez vous faire? J’ai répondu- j’adorerais faire un album en regardant par ma fenêtre en Islande, avec un groupe de musiciens d’orchestre« .

La maison de Damon Albarn à Reykjavik est bien le décor idéal, planté pour inspirer l’album. Une immense baie, dans son salon, lui offre une vue sur le port, les plages de sable noir et le mont Esja. Ce massif volcanique, dominant Reykjavik de ses 914 m, est sa muse et sa confidente. Le piano côtoie la baie vitrée. C’est là, que la plupart des mélodies, les idées de The Nearer The Fountain, More Pure The Stream Flows ont pris naissance. « J’ai passé des années à rester assis au piano et à regarder » raconte encore Damon A, alors qu’il est soudainement distrait par un arc en ciel et va prendre une photo. Jamais blasé : « c’est volatile et l’ambiance juste dingue » ajoute t-il.

Le titre de l’album vient d’un poème de John Clare, Love & Memory. Dans une ITV aux Inrocks (n° de Novembre), il évoque ce poème et le recueil offert par sa mère alors qu’il était adolescent. « Le poème traite de la mémoire, de la joie et de la tristesse qu’elle procure. Cette fontaine en question, c’est pour moi la cascade magique de Barnafoss, un lieu à la fois enchanté et maudit. Des enfants y auraient disparu« . Barnafoss signifie d’ailleurs « la chute des enfants »: ceux ci se seraient noyés en enjambant une arche de pierre sur la rivière Hvita, pendant que leurs parents étaient à la messe de Noël!

Un album pas forcément sombre

L’album, s’il est contemplatif, n’est pas forcément sombre, même si Damon Albarn avoue avoir pris conscience, avec l’âge, de certaines évidences. « Les gens meurent, tombent malades…vous êtes sur le radar de tout cela ; C’est juste une prise de conscience que cela a une fin » confesse t-il dans The R.G. Il reconnait aussi, dans l’ITV aux Inrocks précitée, qu’il fait « définitivement partie de cette école britannique de la mélancolie« ; En cause, les « comptines et chansons folkloriques » de l’enfance, qui « se complaisent dans les accords mineurs« . Une certaine mélancolie se dégage de certains titres cependant: il chante la nostalgie du cinéma et des fêtes (Tower of Montevideo) ou la musique qui lui manque (Polaris).

Le salon sur la mer a donné naissance à des titres comme Royal Morning Blue, qu’on imaginerait bien chanté par Bowie (dont Albarn est fan) ou Scott Walker. D’autres sont liés à d’autres expériences de vie. Ainsi le titre Cormorant : un cormoran que voyait Damon Albarn, sur la plage alors qu’après avoir nagé, il passait des journées « en contemplation« . Le titre Daft Wader est né, une nuit d’été en Islande, lors d’une soirée bien arrosée avec Einar Snorri. L’ombre de Mark Hollis, autre influence de Albarn, n’est pas loin non plus.

Le titre Particles, superbe ballade qui ponctue l’album, est né entre Islande et Amérique du Nord. Damon Albarn était placé, dans l’avion, à côté d’une vieille femme semblant très bavarde, raconte t-il dans The R. Grapevine. Il craint le pire et, à l’arrivée, l’expérience s’est révélée très riche et enthousiasmante ! « Elle était fantastique, s’avérant être un rabbin de Winnipeg vivant à Montreal ; Nous avons commencé à parler de la vie à l’échelle atomique et du fait qu’il y a certaines particules dans l’univers qui vous trouveront, et que vous ne pourrez les éviter. C’était quelque chose que je voulais vraiment exprimer« . A noter que, dans ce titre, on retrouve des mots empruntés à John Clare.La boucle est bouclée.

Epilogue: Un album chamboulé par la pandémie

Particles très beau titre né d’un vol entre Islande et Amérique

L’album devait être beaucoup plus symphonique et enregistré en Islande avec cuivres, cordes et même aussi des marimbas en pierre de lave islandaise. Le rêve de pièce orchestrale, commence avec 15 musiciens en janvier 2020, à Reykjavik . Il doit cependant être abandonné et doit être retravaillé pour cause de Covid. Faute à la pandémie de Covid, Damon Albarn se retrouve dans sa maison du Devon. Il va devoir s’adapter à ces nouvelles contraintes ; pas de version orchestrale symphonique mais un ensemble plus épuré. Dalmon Albarn devait concilier une version sans fioritures, avec Simon Tong et Mike Smith, et sans batteur. Comble de coïncidence malheureuse, Tony Allen, son mentor, est mort de la Covid en Avril 2020, à Paris.

Quelques cordes et cuivres ont été rajoutés par la suite, joués par des musiciens islandais comme Sigrun Jonsdottir au trombone. Des versions orchestrales symphoniques feront le bonheur du public au Printemps prochain. Des concerts sont déjà annoncés pour Paris (Philarmonie) les 4 et 5 mars et à Lyon le 6 Mars. Ils seront accompagnés d’images tournées en Islande. Pour le moment, savourez l’album et le concert parisien du 5 Novembre offert par Arte!

http://www.transgressiverecords.com/

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