Kanye West : un diamant noir

My Beautiful Dark Twisted cinquième album de Kanye West My Beautiful Dark Twisted cinquième album de Kanye West

« Mec pourquoi tu écoutes ce type ? Il est pote avec Trump ! » Ce à quoi mon cerveau a réagi : « Tiens, et si je faisais un article sur cet (immense) artiste ».

Ouuuuh, je vois déjà les foudres de la bien pensante me tomber dessus…Nonobstant, je vais vous prouver à vous autres (à la mémoire de moineau) et vous chers lecteurs, que ce n’est pas juste un mec « chelou » (et puis, j’aime bien la polémique Mehehehe) mais un putain d’artiste !

My Beautiful Dark Twisted Fantasy le 5ème album de Monsieur West est l’un des plus puissants de sa génération. Sorti en 2010, l’artiste nous donne un aperçu de son monde… Non. Je veux dire plutôt de l’univers tordu et fantasmagorique dans lequel il règne en empereur indétrônable !

Dès la première écoute, Dark Fantasy vous invite à oublier les alentours et vous annonce la couleur opaque de l’album. Ici, tout est décuplé et bouillonnant. Le rythme est prenant, le « beat » est accompagné d’un piano aux notations des plus pures mais tellement douces (d’ailleurs présentes tout au long de l’album). La voix du rappeur, un peu brute certes, contraste avec la magie de la symbiose des instruments de ce morceau.

Gorgeous (sublime) le titre suivant à l’air brouillon amène une certaine douceur urbaine nostalgique de notre enfance : les gens apaisés et joyeux, le béton grisâtre des immeubles agressé par les lumières fluorescentes des enseignes des magasins, les baskets « Air Jordan » et le Nokia 3310… des années de douceur où le monde paraissait plus calme… Accompagné de deux « copains » Kid Cudi et Raekwon, Gorgeous nous propulse décidément dans nos années les plus insouciantes.

le monde vous regarde et vous envie.

Mais mon pote, t’as pas le temps de contempler ton passé que POWER te propulse sur la terre de tes ancêtres : pieds nus sur le sol ocre. Vous êtes en osmose totale avec la nature. Danse bestiale et rythme effréné en vue : le monde vous appartient. Le clip de cette chanson, un medley de mythologie, témoigne de la « puissance » de cette chanson : T’as un entretien à passer et tu stresses ? Une négociation de salaire en vue ? Un examen à passer et tu sues du coccyx ? Ecoute ça mon pote ; tu vas être dopé !

Putain ! je suis dopé ! j’ai envie de sortir, marcher dans la rue avec mon air le plus hautain et mépriser tout le genre humain. Regardez-moi, bande de ploucs. All of the lights : le monde vous regarde et vous envie. Vous êtes le centre de cette terre ronde (…ou bien plate ???), que dis-je ! Vous êtes le soleil. Aaaah ça fait du bien, n’est-ce pas ? Vous êtes le personnage principal et le narrateur : à vous de jouer.

Mais dans toute lumière sommeille une ombre profonde qui s’approfondit avec l’intensité de l’autre. Et à cet instant « je me sentis frôlé par un Être mystérieux que j’avais toujours désiré connaître, et que je reconnu tout de suite, quoique je ne l’eusse jamais vu. » (Spleen de Paris – Le Joueur généreux de Charles Baudelaire) vous vous abandonnez sans aucune résistance : Monster. Ce titre me donne envie d’être sale, bestial, infâme et salaud en même temps. Il fait partie de ces morceaux que je découvre et redécouvre inlassablement… l’orchestre basique et la puissance vocale de Kanye West, Jay-Z, Rick Ross et Nicki Minaj (sans doute une de ses performances les plus impressionnantes qui justifie entièrement le talent de cette dame plastifiée) est monstrueuse ! Et ce n’est que la voix de Bon Iver en épilogue qui apporte une sérénité pour calmer notre état aliéné. Merde, j’ai du sang partout…

ce titre est une ode aux péripatéticiennes, au cul, et soirée bien éméchée

So appalled et Devil in a new dress les 2 titres suivants, apporteront un beat plus entraînant et « boîte-de-nuit-esque », de quoi calmer les ardeurs dantesques… ou pas.

Des gouttes de son, une fluidité auditive : le piano quel noble instrument. Soudain, un « beat » qui s’impose dans la danse sans fioriture : Runaway – un des plus beaux morceaux de Kanye West. Un pur chef d’œuvre au centre de ce royaume bouillonnant. Je vous avoue que j’ai mis du temps à imaginer l’intro de ce paragraphe et les mots que j’allais choisir. Quelles émotions vous retranscrire. Quels souvenirs vous décrire. Impossible, ou bien je n’ai peut-être pas envie de vous dévoiler mes pensées les plus intimes ! A défaut de vous faire fantasmer (je sais les filles : tching tching !), je laisse cette page vierge, c’est à vous – en plus en version longue :

Perdu dans les méandres de mes sentiments et dans les rues de mes souvenirs, c’est uniquement Hell of a Life qui me ramènera sur terre. BAM ! tu te manges le sol. Pourquoi ? Parce qu’ici, Kanye West revient aux bases : une bonne basse (électro), un « beat » rustique et un rap rude. En prime, ce titre est une ode aux péripatéticiennes, au cul, et soirées bien éméchées : « pussy and religion is all I need ». Putain ouais ! vivons de manière gargantuesque !

Toutefois, le 11ème titre de l’album arrive avec une certaine pudeur. A la première écoute, c’est assez déroutant, assez freinant. Il y a 30 secondes, tu étais en mode hoodie, grosses chaînes et « je me tiens les couilles parce que je suis viril » et là, ambiance noir et blanc, pluie et mélancolie. Ce sentiment s’installe à chaque écoute mais finalement, on s’y habitue et on s’y plaît ; c’est une émotion réconfortante. On s’imagine avec Claire, cette nana que tu as tant désirée à la fac, à tes genoux en train de dévorer ta sublimité de ses yeux, de son corps, de son être : elle est à toi ! La fin de ce morceau féerique est portée par un monologue assez drôle de Chris Rock qui résume parfaitement l’intention de l’auteur de Blame Game.

Et sans nous rendre compte, on arrive à la fin du voyage (vous savez au début, on se lançait dans le royaume fantasmagorique de Kanye West). Ça y est, on voit la sortie, sans pouvoir s’arrêter ou bien s’y installer. Lost in the World, c’est exactement ça : on est perdu. Est-ce que je suis triste ou bien heureux d’avoir vécu cette aventure ? la sortie s’approche ; et la musique, les chœurs, les instruments s’intensifient, bordel je suis paumé !

Nonobstant !! à cet instant même, une main réconfortante se pose sur votre épaule. Sérénité et plaisance absolue : Il s’agit du demi dieu Gil Scott-Heron ! Putain, il est fort ce Kanye ; comment conclure cette histoire, cette aventure, ce voyage ? Who will survive in America! Voilà la fin ultime : la voix grave de ce grand génie Gil Scott-Heron récitant un poème accompagné d’un simple beat « …rapist known as freedom … Free Doom » (je ne suis absolument pas objectif ici !). La fin de cet album est guidée par la simple voix de cet écorché vif. Jouissance auditive parfaite.

Kanye West. Diamant noir. A vous de le tailler.