Depeche Mode – Ou comment j’ai rencontré Dieu (de loin)

Samedi dernier, nous étions au stade de France à Paris pour voir Depeche Mode en concert. Nous avions pris les billets dès leur mise en vente en octobre dernier, et j’étais impatient de rencontrer ce groupe mythique qui rythme mon quotidien depuis bientôt 20 ans.

Depeche Mode ! J’ai beau chercher la formule adéquate, je n’arrive pas à traduire par écrit le niveau de vénération que je leur porte. Il y a les groupes qu’on aime bien, puis ceux qui nous interpelle, et enfin ceux qui bouleversent votre monde et qui vous changent de manière irrémédiable. Pour ma part, Depeche Mode appartient à cette dernière catégorie.

Depuis 1977, ils ont écoulé 100 millions d’exemplaires de leurs 14 d’albums, remplis les plus grands stades sur les 5 continents, ils ont inspiré et été repris par une pléthore d’artistes : Johnny Cash, Marilyn Manson, The Cure, The Smashing Pumpkins, Nada Surf et même In Flames ! Tous ont posé genoux à terre devant les rois incontestés de la New Wave et de la synthpop !

Une influence majeure donc, qui est sans doute liée à l’alliance quasi parfaite entre la mélodie, la machine et les paroles. Depeche Mode vous fait danser, vous fait chanter et parle aux tréfonds de votre âme pour qui sait écouter. L’écriture de Martin Gore est béton, les thèmes phares du groupe y sont magnifiés : drogue, amour, sexe, déviance, la religion, la quête d’immortalité ou bien simplement les rapports humains…C’est du haut niveau !

Et pourtant, notre première rencontre fut le fruit d’un parfait hasard ! Sortant à peine de l’adolescence, et en pleine période « Rammstein », je découvre la reprise de Stripped par nos amis teutons. J’adore la reprise et le clip (que dans ma grande générosité je vous propose ci dessous) :

Poussé par ma curiosité insatiable, je découvre que Depeche Mode a sorti ce morceau à la fin des années 1980, je reconstitue alors le puzzle, en y ajoutant Enjoy The Silence, autre tube interplanétaire de Depeche Mode (DM pour les intimes), cette dernière chanson squattant en permanence la bande FM.

Je télécharge sur Emule (paix à son âme), l’album Violator, puis Music For The Masses…Ma vie venait de basculer et je ne le savais pas encore ! Grâce à ces fichiers encodés en mauvaise qualité MP3, je suis tombé dans l’univers de Dave (Gahan) et Martin (Gore) et je n’en suis jamais revenu…

Je me suis procuré Spirit (le dernier album) dès sa sortie. Sound of the Universe (2009) et Delta Machine (2013) m’ayant un peu laissé sur ma faim, j’étais impatient de découvrir ce nouvel opus.

Que dire de Spirit ? C’est un album frondeur et résolument engagé ! Une colère explicite (sur scum par exemple) et parfois un brin manichéenne (Where’s the revolution ? très cul cul…) mais ce n’est pas là que je les attendais…

Sur le terrain des émotions, Dave et Martin, qui assurent conjointement l’écriture, sont encore capable de nous faire faire un tour d’ascenseur émotionnel : Cover Me tout simplement magnifique, Going Backward, efficace et prenante…

L’album est un bon petit frère à Music for the Masses, même s’il n’atteint pas le niveau exceptionnel de son ainé ! Arrive le 01 juillet 2017, nous partons en direction du Stade de France, le trajet me laissera le souvenir d’un départ en pèlerinage vers la Mecque où le Saint Sépulcre (pas de jaloux !).

Signe du destin, arrivant à Paris, la pluie s’arrête et un grand soleil nous réchauffe tandis que nous pénétrons dans l’enceinte du stade. Je vous passerai rapidement l’épisode digne des marchands du temple devant l’entrée : 35 euros le tee-shirt officiel, 20 euros les deux bières…Ca se passe de commentaires !

IMG_0184.jpgIl m’a couté cher celui là! Photo Weirdsound / B.GUILLET

Bref, vous l’aurez compris à mon vocabulaire biblique, je n’étais pas là pour faire du shopping (je n’ai cependant pas résisté…) mais pour rencontrer des demi dieux vivants en chairs et en os ! Visiblement je n’étais pas le seul, le stade de France affichait complet.

IMG_0188.jpgLe stade de France commence à se remplir… – Photo Weirdsound / B.GUILLET

Assis dans les gradins, nous prêtons une oreille distraite à la première partie, Algiers, qui, malgré une belle énergie, ne nous laissera pas un souvenir impérissable…L’heure tourne, la pression monte !

Je réalise qu’on est quand même loin de la scène, mais il y a plus malheureux…Le carré d’or devant la scène est loin d’être plein, et pourtant le péquin qui a pris la place normale se retrouve parqué 100 mètres derrière, une barrière séparant les deux zones. Ca m’aurait fait mal aux fesses (et dieu sait que je m’y connais) de me trouver sur la pelouse à 100 mètres de la scène, derrière une baraque à frites…

IMG_0210.jpgLe début du show – Photo Weirdsound / B.GUILLET

Et arrive….Et arrive….DEPECHE MODE !!!! Ils sont là, j’ai peine à croire qu’enfin nous communions ensemble ! Car c’est une bien d’une communion qu’il s’agit ! Le groupe joue en premier quelques morceaux de Spirit, dont Where’s the Revolution qui passe beaucoup mieux en live qu’à la radio, mais l’ambiance n’est pas encore vraiment là…

Ma foi en eux étant indiscutable, je patiente jusqu’à ce que les portes du Nirvana s’ouvrent, et nous sommes récompensés ! Pendant 1H30 Depeche Mode va piocher dans sa discographie et enchaine la plupart de leurs beaux cartons : Barrel of a Gun, World in My Eyes, Everything Count (juste génial), Stripped (qui me fera pleurer mais j’assume), Enjoy The Silence (là aussi j’étais sur une autre planète), Never Let Me Down Again (ma préférée de toute leur discographie), Thank You (avec Martin Gore au chant, très beau moment…)

Sur scène, Dave Gahan se déhanche comme un beau diable, enchainant les poses (très) suggestives…Il a la pèche pour un mec qui enchaine les dates ! Martin Gore s’en sort bien, même si il  a un don pour péter l’ambiance (visiblement Dave lui a refourgué toutes les chansons où on termine la larme à l’œil où avec un briquet à la main).

Les rappels arrivent bien de trop vite à mon goût…Martin nous interprétera Somebody (moment émotion), puis on aura droit à Walking in My Shoes, I Feel You et l’incontournable Personal Jesus. Impossible de passer sous silence la reprise de Heroes de David Bowie ! Quel moment ! Depeche Mode interprétant Bowie, là devant moi…Mes enfants vont en entendre parler jusqu’à ma mort !

La musique stoppe, il faut retourner vers la voiture et rentrer à la maison. Loin d’être déprimé, je réalise que j’ai accompli l’un de mes rêves, voir Depeche Mode sur scène, chanter leurs chansons ailleurs que dans ma douche…ressentir puissance 10 000 l’émotion qui est mienne quand j’écoute Violator dans mon salon !

Je suis un homme heureux ! Certes, c’était loin d’être parfait, et le mercantilisme ambiant m’a profondément gavé, mais bordel d’une bite en bois : J’AI VU DIEU, J’AI VU DEPECHE MODE !