Abaji et ses deux compères anglais

Abaji: Blue Shaman, une rencontre musicale shamanique

Abaji, multi-instrumentiste libanais, nous propose son nouvel album, Blue Shaman, ce Vendredi 12 Mars, sur le label Absilone. Après un long exil et son retour au Liban, il délaisse partiellement la musique orientale pour un nouveau défi. Ce nouvel album, Blue Shaman, permet, en effet, à Abaji, d’explorer la musique celte, entre Ecosse et Irlande. Nous vous emmenons dans ce voyage où la qualité de l’enregistrement est aussi, un réel bonus!

Abaji: de l’exil libanais au musicien globe trotter

Armenian Prayer sur l’album Route & Roots en 2016. Abaji joue du kamençe à 4 cordes.

Né à Beyrouth, Abaji est contraint à l’exil par la guerre qui frappe durement le pays à partir de la 2ème moitié des années 70. Abaji a déjà eu le temps de découvrir et de s’imprégner de la musique grecque et orientale de par ses riches origines. Son père est, en effet, grec et sa mère arméno-syrienne. Musicalement, son adolescence est bercée par le folk de Dylan et de Cat Stevens. Il aime la chanteuse libanaise Fairuz, Ravi Shankar et le blues. Abaji est fasciné aussi par Jimmy Page et son expérimentation à la fois électrique et acoustique.

A Paris, son mentor musical devient Gabriel Yared. Celui ci, d’origine libanaise, est un compositeur célèbre de musiques de films. Il a été récompensé pour L’Amant ou le Patient Anglais. La passion musicale d’Abaji, ses origines et influences vont lui permettre de créer des ponts entre Orient et Occident. Pendant ces 20 dernières années, il va parcourir le monde, de L’Afrique à l’Amérique latine en passant par le Pakistan ou le Vanuatu.

Abaji: un multi-instrumentiste qui sait (bien) s’entourer.

Abaji a appris la guitare dès l’âge de 11 ans. Il s’est vite intéressé à d’autres instruments faisant preuve d’un don réel pour les maîtriser. Il a ainsi été capable d’apprendre à jouer d’un nouvel instrument une à 2 fois par an! Passionné de lutherie, Abaji a ressucité des instruments anciens que l’on va d’ailleurs retrouver dans ses albums. Il joue ainsi, par exemple, d’une guitare-harpe à double manche du XIXème siècle, d’une clarinette sud américaine en bambou. Il a aussi inventé une guitare-sitar à 5 cordes dont il joue avec un archet. Regarder la petite video documentaire ci dessous. Dans le « petit paradis » musical d’Abaji, vous ferez connaissance de quelques uns de ses 300 instruments!Kemenche, joué avec un archet ou çura(petit saz)et plein d’autres!

Visitez le petit paradis musical instrumental d’Abaji!

Dès son premier album, Paris-Beyrouth, en 1996, Abaji montre aussi son goût pour l’accordéon, s’entourant de Francis Varis. Nous allons d’ailleurs retrouver l’accordéon dans le dernier album! Sur l’album Nomad Spirit, en 2005, on note plusieurs musiciens talentueux d’horizons divers! Le percussionniste indien Ramesh Shotham et son thavil côtoie le marocain oudiste Majid Bekkas et le maître arménien Djivan Gasparyan au doudouk. Dans Oriental Voyage, Abaji avait précédemment rendu hommage à ses ancêtres arméniens mais sans doudouk! Les 2 derniers albums vont refléter, à nouveau, ce bel entourage de musiciens.

Blue Shaman, un nouveau défi et une rencontre shamanique pour Abaji.

Celtic Blues, deuxième titre de l’album Blue Shaman d’Abaji

Blue Shaman est le 8ème album d’Abaji, hors discographie de musiques de films ou documentaires. Il sort 5 ans après Route & Roots, un album où Abaji est accompagné de l’arménien Vardan Grigoryan (doudouk) et du kurde Mahmut Demir(au saz). Dans Blue Shaman, Abaji s’entoure de l’écossais Donal Shaw(accordéon) et du mancunien Michael McGoldrick(flute, cornemuse irlandaise et bodhran). Certains ont pu croiser ce dernier avec Mark Knopfler.

Abaji s’est un peu, apparemment, éloigné de l’Orient pour explorer la musique celte et écossaise. Un nouveau défi? « J’ai enregistré le disque à Glasgow. Une rencontre shamanique entre mon âme méditerranéenne et leur tradition celte » nous dit-il. Il ne va pas, pour autant, abandonner ses instruments fétiches. Heureusement pour nous! Une nouvelle fois, Abaji mêle les textes en arabe, en anglais et en français.

A noter aussi, et c’est important de le souligner, la qualité de l’enregistrement. J’ai lu qu’Abaji était, comme d’autres artistes exigeants-je pense à Peter Gabriel- un perfectionniste du son. Je ne sais si les enregistrements ont été réalisés, comme il l’affectionne, en prise unique, mais le résultat est brillant. On peut rêver d’une version vinyle!

Blue Shaman, plus d’une heure d’enchantement musical.

Blue Shaman, le morceau titre de l’album.

L’album Shaman nous offre plus d’une heure de musiique et aucun des 16 titres ne nous laisse indifférent. Le titre d’ouverture, Nâtir, nous plonge d’abord dans un bain plus oriental que celtique avec vocalises originales, kemenche et guitare double manche. Celtic Blues, qui suit, est l’un des 4 morceaux composés à trois. Le pont entre Orient et monde celtique se construit grâce à la flute. La tonalité bluesy rappelle les goûts et influences d’Abaji. Blue Shaman poursuit dans la veine blues avec, cette fois, un harmonica sautillant.

Ararat nous ramène en Orient avec doudouk et Daf. Le mont Ararat reste au coeur du déchirement entre turcs et arméniens; Il est maintenant en territoire turc mais il reste le symbole de l’ancienne Arménie, narguant la capitale Erevan. Très beau titre mélancolique pas si éloigné du monde celte. Pour ceux qui s’intéressent à la toponymie, Ar-Men signifie la pierre en Breton! Balkanik Tango nous rappelle le côté cosmopolite du globe trotter musicien et sa virtuosité à la guitare. Nuit Turquoise est un autre titre composé à 3. Accordéon et clarinette en bambou nous envoûtent avant que la flute nous fasse revenir dans le monde celte.

Dance for me est un nouveau titre à la tonalité blues. La guitare et l’accordéon se mêlent dans une délicieuse harmonie. Share to Share, juste au milieu de l’album est encore un pont entre ces mondes musicaux si différents et si proches en même temps. Dans Northbound Caravan, composé aussi à 3, l’accordéon semble tourbillonner autour des percus et des vocalises d’Abaji. Arabe, anglais et français se mêlent à nouveau dans Hilm, belle ballade folk bluesy. Bowing in the wind nous replonge en Orient. Ce titre me rappelle Feeling begins de Peter Gabriel, lui même adapté d’un titre arménien, Hovern’engan. Certains connaissent sans doute la superbe version de Levon Minassian au doudouk. Encore un moment de magie musicale.

Un voyage musical intemporel

pochette de l'album Blue Shaman
pochette de l’album Blue Shaman

Ustad prolonge le cheminement oriental, le jeu de guitare pouvant rappeler, par contre, Leo Kottke. For A Clound débute avec la clarinette avant d’être rejointe par les percussions et les vocalises. Après Sehher où l’on retrouve l’harmonica, c’est Hot Desert to Cold Sea, dernier titre composé à 3. L’Orient est vite rattrapé par l’Occident celtique avec l’arrivée de la cornemuse irlandaise et de l’accordéon. Un de mes titres préférés avec, après plus de 6 minutes de musique, un final étourdissant.

Le vent semble nous emporter dans le dernier titre, Valley Of Sand. Un dernier voyage musical, intemporel et sans frontières. Seule la flute et une percussion légère pouvant rappeler un battement de coeur essouflé nous accompagnent. On se laisse facilement emmener, loin, très loin.

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Ziggy

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