Windhand « Eternal Return »: rien ne meurt jamais

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Un son de guitare gavé de fuzz à faire frémir le Neil Young de Rust Never Sleep lui même, une voix à la fois sensuelle, chaude et aérienne qui suinte l’émotion, Windhand délivre un doom-psyché qui laisse une trace profonde à l’âme après chaque écoute. Les guitares sous-accordées sont gluantes à souhait, les rythmes assénés comme des coups de marteau sur une enclume—par un forgeron un peu apathique, quand même— et on sentirait presque les vapeurs de cannabis s’échapper des hauts parleurs pour venir guider l’auditeur dans des rêves aux couleurs envoutantes et hypnotisantes.

Originaire de Virginie (Richmond), le quatuor évolue dans la nébuleuse Stoner-Doom, quelque part entre Sleep, Wo Fat et Electric Wizard (avec qui le guitariste de Windhand a officié comme ingé son sur Wizard bloody wizard). La musique du groupe s’épanouit  autour de l’écriture du guitariste Garret Morris et de la voix de la chanteuse Dorthia Cottrell.

Eternal Return est produit par Jack Endino (Nirvana, Mudhoney, Soundgarden ainsi que le précédent Windhand, Grief’s Infernal Flower), a qui le groupe a fait appel pour tenter de retrouver le son et l’esprit des albums de la scène nord américaine des années 90. De fait, on perçoit bien le son brut caractéristique du travail d’Endino que les musiciens ont cherché à retranscrire sur cet Eternal Return en faisant appel à ce pionnier du son grunge. Et particulièrement dans les accords plaqués en guitare claire qui ne sont pas sans rappeler le grain des premiers Mudhoney. Enregistré comme il se doit à Seattle, l’album convoque aussi bien le souvenir des passages fuzz les plus intenses d’un Mudhoney des débuts donc, que l’esprit Doom contemporain. Et ce n’est pas peu dire que nous sommes face à une œuvre qui porte bizarrement bien son nom, puisque les sonorités passées y sont remises au gout du jour, comme pour montrer que tout n’est finalement que cycles qui se répètent sans cesse. Pour mémoire, si le premier utilisateur forcené de la pédale fuzz, fût Jimi Hendrix, elle a été popularisée à la fin des années 50 et était utilisée pour des musiques d’ambiance, suaves, aux tonalités graves et doucereuses. Éclipsée—mais utilisée par nombre de groupes underground—par les sons synthétiques et aseptisés dans les années 80, l’émergence du grunge  dans la dernière décennie du siècle a sonné le retour de la fameuse Big Muff et de ces sons sur-saturés et compressés si caractéristiques. Depuis, elle est sous les pieds de nombreux guitaristes du genre, de Fu Manchu à Wo Fat. Eternal return donc.

Si le morceau est une vrai réussite, on ne peut malheureusement pas en dire autant du clip… si on veut rester honnête.

Cette vision nietzschéenne de la musique est aussi au centre du concept de cet album. Il est inspiré par le décès à 26 ans du chanteur/guitariste de Pilgrim, Jon Rossi—Jonathan Michael Rossi à qui l’album est dédicacé— en octobre 2017 et dont l’ombre plane sur l’ensemble des titres du disque.

D’entrée de jeu, le morceau Halcyon (bienheureux, béni, merveilleux en anglais) érige un mur sonore compact et répétitif, où le texte évoque les jours heureux d’un paradis perdu, ce qui a été et ce qui aurait pu advenir. L’atmosphère pesante se développe tout au long de ces huit minutes et quelques d’introduction lors desquelles le tempo va lentement s’alourdir et la musique se dépouiller jusqu’à ne laisser qu’une ligne de basse minimaliste relancer la machine, jouant sur une montée dramatique où les instruments semblent appuyer les coups du destin, enfoncer le clou du drame qui se joue.

À l’autre extrémité sonore du disque, on trouve une marche funèbre de 13:32mn qui clôt ce cycle. Feather s’étire sur presque un quart d’heure et semble résumer à lui seul l’entièreté de l’album. D’abord balade dépouillée, le titre évolue ensuite vers une ambiance plus psyché où deux accords de guitare au-dessus desquels des nappes de bruitages gavés d’échos sonnent comme des cris de corbeaux. Ils viennent introduire le maelstrom sonore qui va louvoyer entre passages instru et chantés jusqu’à un final en fade de plus d’une minute. On pourra peut-être regretter des recettes un peu répétitives tout au long du disque, mais une chose et certaine : le chant de Dorthia Cottrell a gagné en maturité et en complexité. Et cela apporte une fraicheur aux nouvelles compositions qui sans cette progression n’auraient en définitive été qu’une sorte d’éternel retour des mêmes rengaines. Il faut certainement accorder à la chanteuse une mention spéciale « émotion », car ici aussi, son chant apporte un petit quelque chose qui semblait moins prégnant sur les opus précédents.

Durant ce voyage, les titres s’enchainent entre balade—Pilgrim’s Rest— et instrumental court—Light Into Dark—titres qui s’étirent en forme de long chant funèbre, comme l’ultra-lourd Eyeshine—11 :04 au compteur. Et au cours de ce périple musical, le groupe se livre à des réflexions sur la vie, son déroulement, du début à la fin, ses joies, peines…

Au final, cet album apparaît comme un hommage posthume qui évoquerait à la fois l’espoir d’un univers parallèle—le multivers qui validerait le concept d’éternel retour, peut-être ?— où les morts sont toujours vivants, et marque une volonté de perpétuer à l’infini cette forme de voyage astral que constitue le doom de Windhand.

Le 5 octobre chez Relapse

Tracklist :

1. Halcyon
2. Grey Garden
3. Pilgrim’s Rest
4. First To Die
5. Light lnto Dark
6. Red Cloud
7. Eyeshine
8. Diablerie
9. Feather

Liens :

https://www.windhand.band/

https://eu.relapse.com/b/windhand

https://windhand.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/WindhandVA