Laura Cox : classic rock, lutherie fine et pedalboard !

Photo Eric Martin

Chers lecteurs, voici venir une entrevue qui aurait tout a fait eu sa place dans les colonnes de Guitar Part ou Guitarist Pedago. En marge du Download festival, j’ai rencontré Laura Cox, prolifique guitariste française.

Quand on parle de classic rock, (comprendre hard rock, blues rock, southern rock, et autres musiques sous haute tension) on entend souvent dire que c’est un milieu strictement masculin, un tantinet macho, chasse gardée d’australopithèques au torse velu hurlant des chansons vulgaires avec des voix de harpie en furie. Eh bien la jeune guitariste nous prouve que c’est faux. Elle distille avec talent une musique inspirée de ses modèles, ou se rencontrent gros riffs de guitare gonflés de distorsion et soli virtuoses, appuyés par une robuste section rythmique.

Depuis 2008, elle s’est d’abord illustrée sur la toile par des reprises de valeurs sûres telles que Lynrd Skynrd, AC/DC, Guns‘n’ Roses. Elle s’est ensuite lancée sur scène en 2016 avec son groupe le Laura Cox Band. Elle y rencontre un succès croissant, avec de plus en plus de dates et de fans.

Entre temps, l’interprète n’a pas chômé, car elle a su collaborer avec différents partenaires dans l’industrie de la musique, comme un des magazines de guitare cités plus haut ainsi que des fabricants de six cordes et équipement de musique.

Nous nous sommes retrouvés dans la zone VIP du festival (#jefrimeunpeuquandmême), elle arrive accompagnée de Mathieu, son efficace guitariste avec lequel vous pouvez l’entendre se lancer dans d’homériques duels de guitare. Nous nous installons à proximité du stand Jack Daniels (rock’n’ roll oblige) et après de concises présentations, rentrons dans le vif du sujet.

W : Laura Cox c’est un pseudo ou c’est ton vrai nom ?

Laura Cox : C’est mon vrai nom, mon père est anglais et c’est super repandu là-bas. Je ne me serais pas vu prendre un pseudo.

W : Avez-vous des groupes à recommander qui sont passés ou qui vont passer, approuvés par le Laura Cox Band ?

LC : Alors oui, déjà ce matin. Il n’y avait pas énormément de monde parce que malheureusement c’était au camping, Jared James Nichols, sur la Firefly Stage. J’aime beaucoup ce qu’il fait, c’est un gros guitariste de blues rock qui envoie vraiment du lourd. Et il mérite d’être plus connu en France. Donc déjà Jared James….

(Matthieu intervient en mentionnant les Whisky Myers, ce qui me fait plaisir, ils sont ma plus belle découverte sur le festival.)

LC : Oui ! mais on ne les a pas vus là. Je les ai vus aux étoiles, quand ils sont passés il y a quelques mois. Là on les a ratés, mais pareil, génial ! À découvrir. Après je ne vais pas conseiller les Guns, parce que tout le monde les connait. Mais Jared James et Whisky Myers, c’est nos préférés.

Matthieu : Et Turbonégro !

Laura Cox Band 2
Photo Patrick Guérin

W : Tu as différents parrainages avec des marques de guitare. J’ai même vu que tu avais fait des articles dans des magazines (une leçon dans Guitar Part). Comment ça s’est passé ? Et pourrais-tu m’en citer quelques-uns ?

LC : Alors pour la presse déjà. Guitar Part, ils m’ont contacté il y a quatre/ cinq ans, parce qu’ils connaissaient mes vidéos sur YouTube. Ils cherchaient une prof pour les leçons en vidéo. Sur le DVD, qui est fourni avec le magazine.

Ils m’ont contactée sur YouTube directement en disant : « on aimerait que tu sois professeure, testeuse pour nous ». J’ai été chez eux pendant deux /trois ans, là j’ai arrêté, mais la porte n’est pas fermée.

En ce qui concerne les marques, c’est très différent selon les entreprises. Certaines je les ai démarchées directement, car j’aimais vraiment ce qu’elles faisaient, par exemple Bachuss. Cz sont des Japonais qui font ces guitares, souvent conçues entièrement à la main. Avec un prix hyper intéressant pour la qualité.

Je leur ai dit que j’avais acheté une de leur guitare d’occasion sur Le Bon Coin qui me plaisait beaucoup, en leur demandant si un « endorsement » serait possible. Ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas de distributeur français à ce moment-là, mais qu’ils me recontacteraient. Et c’est ce qu’ils ont fait un an plus tard en me disant : « On a le distributeur on peut te faire un modèle signature ».

Après, c’est pas une très grosse marque hein, mais j’aimerais la développer en France et les aider là-dessus.

Ensuite, il y a les amplis Orange (sur lesquels je joue), je les ai trouvés grâce aux médiators que j’utilise, qui partagent le même distributeur. Dava Picks. J’ai contacté le fabricant en Amérique qui m’a dit : « est-ce que tu connais HTD en France, c’est eux qui distribuent Dava ». Du coup je me suis rapproché des distributeurs français qui s’occupent aussi des cordes Ernie Ball et des amplis Orange. Donc j’ai tout pris d’un coup (rire). Et là on est en partenariat, parfois je leur fais quelques démos pour Orange. Je joue sur leurs amplis principalement.

W : Petite question au débotté, t’es plus une fille Les Paul ou Strat (ou Tele) ? (NDLR : Ce sont des modèles de guitares très connus)

LC : Hum si ce n’était pas Les Paul ce serait Tele. Mais pour le style de musique que l’on fait, c’est vrai que Les Paul, je me sens plus à l’aise. Elle envoie plus du lourd qu’une Tele. Mais après pour certains morceaux, Tele oui.

     (Ci-dessous, une interprétation live de la chanson titre du premier album)

W : Est-ce que le groupe s’est formé autour de toi, ou est-ce que ça a fonctionné par une suite de rencontres ?

LC : Alors ça s’est fait en plusieurs phases. D’abord j’ai rencontré Mathieu (en 2010) qui a été un ami avant d’être guitariste avec moi. Et en 2011 c’est lui qui m’a parlé de monter le groupe. Parce qu’en fait moi à la base je ne faisais que des vidéos sur YouTube, je n’avais pas l’habitude de sortir de chez moi et de jouer avec les gens (rires).

Donc il m’a proposé de monter le groupe, on s’est mis à composer ensemble. On n’avait pas vraiment de contact dans ce milieu donc on a posté des annonces sur internet. On a trouvé un premier line-up (bassiste et batteur) qui a fonctionné pendant un temps et là ça fait deux ans qu’on a changé pour le line-up final dont on est très content. Avec François à la basse et Antonin à la batterie. Antonin, on l’a trouvé par Zikinf (un site de rencontre de musicien) et François par un ami guitariste.

W : Une question pour vous deux. Vous avez fondé le groupe ensemble, partagez-vous les mêmes goûts musicaux ?

Matthieu : Globalement ouais (ils échangent un regard et rient).

W : Qu’est-ce qui fait la différence ?

Mathieu : On a la même base classic rock avec Laura, mais elle tendait un peu plus vers le côté sudiste, country, bluegrass et tout ça (assez récent pour le bluegrass).  Et moi j’étais plus attiré par le côté australien, Rose Tatoo, AC/DC, Airbourne. Et même si j’adore ZZ Top, Lynrd Skynrd, moi c’est plus un mélange rock australien, rock sudiste. Et donc on a mis tout ça en commun.

Par contre, question matos, c’est amusant, parce que comme Laura était fan de country et moi pas du tout. C’est elle qui m’a fait commencer à apprécier les Telecaster. C’est une forme de guitare que je n’aimais pas du tout et il y a eu un déclic en composant nos premières chansons avec Laura. C’étaient des morceaux plus typés sudistes et ça se mariait parfaitement avec la Tele.

Laura Cox Band 3
Photo Thierry Loustauneau

W : J’aime beaucoup votre duo de guitare, comment se passe la composition ?

LC : Globalement c’est 50/50, en fonction des compos. On ne se dit pas : « tiens ! tu vas faire ça et moi ça ». On part d’un riff, d’une idée et ensuite on tisse autour. Même au niveau des paroles, parfois c’est Mathieu qui les trouve. Et ensuite on arrange la structure, la mise en place, les breaks, à quatre.

W : Vraiment 50/50 du coup ?

Mathieu : Ça dépend vraiment des titres.

LC : Oui, parfois je propose un truc complet et lui ne fait rien, parfois c’est l’inverse.

Mathieu : Parfois Laura propose un instrumental complet et moi je m’occupe des paroles et du chant.

W : Avec quels artistes français vous aimeriez collaborer ?

LC : Je n’écoute pas beaucoup de musique francophone. J’aurais probablement des réponses à te donner en creusant, mais là je ne vois pas.

Mathieu : Si on creuse très profond, on peut déterrer Johnny (rire).

LC : Et encore, moi je ne t’aurais pas donné cette réponse.

Laura Cox Band 4
Photo Thierry Loustauneau

W : Maintenant question de guitariste ? Qu’est-ce qu’on peut voir sur votre pedalboard ?

LC : Nous on n’utilise pas trois millions d’effets. C’est plus « plug and play », même si tu verras qu’on a un pedalboard bien fourni. Au final, c’est le sans-fil pour la guitare, l’accordeur, moi j’ai deux trois pédales d’overdrive et boost pour rendre le son un peu plus gras. J’ai la Anasounds savage, (une marque de Nice qui fait des pédales à la main), une J-Rockett Archer, et une SoloDallas.

Ensuite, j’ai un boost de volume pour les solos, pour sortir un peu du mix (une MXR) et enfin une petite wha de la marque Mooer, qui est très pratique, car elle n’a pas de switch. Tu poses juste ton pied dessus et elle se déclenche. Quand je suis en talon et que je ne sens pas le switch, c’est très bien.

Et enfin une petite MXR Univibe.

W : Et toi Mathieu ?

Mathieu : C’est comme Laura. J’ai le récepteur du sans-fil, l’accordeur, une AB box pour jouer sur plusieurs amplis en même temps. Sauf que la seule pédale que j’utilise vraiment parmi tout ça, c’est une SoloDallas. Une pédale qui fait boost, légère compression, pour grossir un peu le son. Mais en fait quatre-vingts pour cent du temps c’est le son de l’ampli en direct. Le gros crunch Marshall et voilà.

W : Il y avait de belles choses sur Hard-blues shot, ton premier album qui est arrivé en 2017. Pour quand est prévu le deuxième ?

LC : On est en train de bosser dessus, on devrait l’enregistrer à la fin de l’année et il sortirait début 2019. Pile deux ans après, donc plutôt vers mars.

Laura Cox Band 1
Photo José Gallois

W : Tu tournes beaucoup en ce moment, mais j’ai vu que tu continuais à faire des vidéos YouTube, c’est par envie ?

LC : En fait depuis que l’album est sorti on tourne de plus en plus. Je ne pensais pas qu’on arriverait aussi vite à ce nombre de dates. Maintenant j’ai assez de dates pour être intermittente. Jusqu’en octobre dernier, je bossais dans un magasin de musique à mi-temps. Et comme j’ai arrêté ce job, je peux consacrer tout mon temps à la musique. J’avais laissé un peu tomber la chaîne YouTube ces dernières années, comme j’avais pas mal de trucs à faire à côté.

Donc voilà, comme j’ai plus de temps je me suis dit que c’était bien de poster un max, car c’est un aspect important. Même si ma priorité c’est le groupe et c’est ce que je veux mettre en avant. Je n’ai pas envie de laisser tomber YouTube parce que c’est là d’où je viens. Puis c’est un plaisir de continuer à poster régulièrement quoi. Et ça ne peut faire qu’accroitre un peu les réseaux sociaux.

W : Souvent, la guitare électrique est très à l’honneur dans ce que tu fais. Mais sur YouTube ces derniers temps, tu as utilisé du dobro et du banjo. Te verrais-tu faire un album plus acoustique et orienté sur la voix d’ici quelques années ?

LC : Ce n’est pas impossible, j’aime beaucoup la musique bluegrass et je me suis acheté beaucoup d’instruments acoustiques récemment. Même une lap steel dont je n’ai pas encore appris à jouer.

Le problème c’est que ce projet-là, le Laura Cox Band, prend énormément de temps et c’est ça qu’on doit bosser en priorité. Pour le moment, on n’est pas axé sur une ambiance acoustique/bluegrass. Mais par la suite pourquoi pas faire un truc solo plus soft, ce n’est pas impossible (même si ce n’est pas prévu pour l’instant).

(Ci-dessous une solide reprise de Foxy Lady)

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1er album Hard Blues Shot : Spotify : spotify:artist:7fbEyJh4r3fxYZZqRQoYbh