GAUME : cœur de rocker

Dans mon dernier papier, je vous parlais des fiertés locales. Aujourd’hui on continue sur ce thème avec une interview de GAUME, ou plutôt de Roman, le chanteur-guitariste et leader du projet GAUME.

Roman, c’est un peu le « p’tit gars du pays », comme disent affectueusement les ainées qui jouent à la pétanque sur la place du village tout l’été, en sirotant des Ricards à l’ombre des platanes. Né à Nantes, il a bourlingué comme il se doit et trainé ses guêtres aux quatre coins de l’hexagone. Sur scène comme à l’école.

Pour les « perfusionnés » du petit écran, vous apprendrez par exemple qu’il a fait un passage remarqué par The Voice. Mais il a surtout gagné ses galons de rocker sur toutes les scènes d’Europe, de Liverpool à Dortmund, en passant par Amsterdam (je ne sais pas s’il est allé sur le port jammer avec Jacque Brel par contre, je lui demanderai à notre prochaine rencontre).

Par un après-midi ensoleillé, je retrouve Roman au Café Pop, lieu idéal pour interviewer un musicien pop-rock vous en conviendrez. Si vous n’en convenez pas, aller y prendre un demi. Le kit de batterie complet transformé en lampe et vissé au plafond vous convaincra. En retard, je m’excuse platement, et après quelques minutes à échanger, je déclenche l’enregistreur.

 W : d’où es-tu originaire ?

GAUME : je suis né à Nantes, j’ai grandi dans le sud (je te fais le parcours en résumé). Ensuite j’ai fait une école de musique à Nancy, le MAI. Après je suis parti à Paris, j’y ai vécu deux ans. Vers Gambetta. En 2010 je suis revenu à Nantes, parce que j’avais de la famille dans Elmer Food Beat. Avec le bassiste on a formé un groupe et fait un album. Puis finalement je suis resté à Nantes, parce que je m’y sentais bien, et comme j’y suis née, je me sentais un peu chez moi aussi. Puis c’est une super ville et j’en ai aussi eu marre de Paris.

W : sympa le jeu de guitare acoustique, quels sont tes inspirations de ce côté-là ? Je pense à la chanson Changing Manners en particulier.

GAUME : Celle-ci est très Elliott Smith, je suis un immense fan ce cet artiste. Mon premier album sorti en 2011 s’appelle Elliott Candle, en hommage à l’album Roman Candle. Qui est le premier album d’Elliott Smith. Un des meilleurs singer-songwriter pour moi. Après, les influences (il prend une pause pour réfléchir) j’aime bien dire qu’il y a deux styles de musique, la bonne et la mauvaise, c’est-à-dire que dans tous les styles il y a des choses biens, qui m’inspirent, des idées à prendre. Cela dit, je viens de la pop, folk, rock, j’aime ça, c’est vraiment ma came.

« Je me rappelle un bar à Dortmund, assez mythique, où Nirvana avait joué. On devait jouer à 20h, on arrive, on fait les balances un peu en speed, à moins le quart personne ! je me dis merde ça va être vide. Je monte me changer, je redescends à 20h, c’était plein. Super accueil. »

W : d’autres artistes en particulier qui t’inspirent ?

GAUME : Oui, en ce moment je suis dans le dernier Arctic Monkeys, j’adore les Last Shadow Puppets ! (Je l’interromps car je suis un fan des deux groupes aussi.)

 W : à ce propos, qu’as-tu pensé du dernier album des Monkeys ?

GAUME : Hum, dur à la première écoute. Tu ne t’attends pas à ça. Je pense que ce n’est pas un album que tu peux aimer tout de suite. C’est un album qu’il faut laisser mûrir …après c’est quand même super bien composé. Je regrette un peu le côté linéaire de l’album. Ça manque d’une ou deux chansons up-tempo objectivement quand même, où ça envoie plus. C’est un peu sombre, mais je trouve ça courageux de prendre un virage. Ils ont déjà fait des riffs de stade et du Rock FM, j’admire ceux qui prennent des risques quitte à se prendre des scuds (et ils en prennent).

D’ailleurs, je vais les voir demain à Paris. Je pense que ça va être génial. Puis Alex Turner quoi ! quelle classe, c’est une grosse influence. Dans le texte, dans l’attitude, dans la manière de chanter. Il ne crie jamais, il pose sa voix, il est charismatique à souhait aussi.

 W : The Voice en 2014. En 2015 tu disais que ça n’avait pas révolutionné ta vie. Où en es-tu de ce côté-là ? Avec le temps est-ce que ça t’a apporté de nouvelles choses ?

GAUME : non. Mais sur le court terme oui, des dates, des likes, … mais comme j’ai refusé tout ce qu’on me proposait (rire), car ça ne m’intéressait pas de faire les folies bergères, pour faire une comédie musicale sur Julien Clerc. Parce que ça ne m’intéressait pas non plus de faire la tournée des SMAC pour faire trois morceaux par soir. J’ai voulu faire mes compos, avec mes potes, développer mon projet.

The Voice, j’y suis allé plus par curiosité que par démarche professionnelle. Et j’aurais peut-être du mieux calculer le coup, avoir un single de prêt à sortir, un attaché de presse au taquet. Je le ferais peut-être différemment si j’avais à le refaire, pour mieux surfer sur l’expérience.

W : le vendredi soir à la Nuits de l’Erdre, première fois ?

GAUME : Oui, c’est la première fois pour moi.

W : C’est une grosse scène pour toi ?

GAUME : ah oui, bien sûr ! je fais de tous moi, mais des scènes comme ça, j’en fais 10-15 par an. Je fais 80% de bars, de petits clubs et puis des SMAC parfois. Donc oui, belle scène.

W : comment tu le sens ? T’es Nantais, c’est les 20 ans du festival, il y a un peu d’enjeux.

GAUME : pour l’instant c’est dans un mois donc ça va. On verra une heure avant (rire). Je ne sais même pas ce qu’on va jouer encore, on n’a pas fait la setlist.

Gaume Live par Jean-Marie Jagu 2
Crédits photo Jean-Marie Jagu pour tous les clichés.

W : Dans GAUME tu as des musiciens du Roman Electric Band ? et reprends-tu des chansons de ton ancien groupe avec le nouveau ?

GAUME : juste la bassiste, pour les chansons rarement. Quand on doit jouer longtemps oui, puis ça reste mes morceaux, je n’ai qu’a demander l’avis à moi-même, donc j’essaie de me mettre d’accord (rire). Quand on a joué 4 heures à l’île d’Yeu, par exemple.

Le problème de Roman Electric Band c’était le nom, je ne l’assumais pas. Puis quand tu veux faire un truc acoustique solo, ça ne fonctionne pas. Donc GAUME, ça reste mon projet et je peux faire des trucs acoustiques comme je le sens. Tout en restant rock’n roll si je le veux. J’ai essayé de proposer un truc un peu plus moderne. Mais ça reste moi le compositeur, donc ce n’est pas dénaturé.

W : Dirais-tu que GAUME c’est une évolution de ton groupe précédent ou un nouveau projet ?

GAUME : officiellement un nouveau projet, officieusement c’est moi qui voulais changer de nom de scène aussi. C’est le chanteur de Matmatah qui m’a conseillé de changer. Il faisait la réalisation sur mon troisième album et il m’a dit : « c’est compliqué Roman Electric Band, pourquoi tu ne t’appelles pas GAUME ? ». C’est court c’est efficace, mais ton nom de famille c’est un peu particulier à utiliser. Mais maintenant, je me suis complètement habitué et je me dis qu’il avait raison. Le groupe est vraiment une entité détachée de moi.

W : tu as enregistré à Nantes ?

GAUME : dans la région. Guitare, basse, batterie on a fait ça au studio Bonison d’Albert Milauchian. Et là je fais les voix à la maison, j’ai un petit home studio aménagé, que j’ai bien isolé. On m’a prêté une carte son, un bon micro. C’est vraiment cool, tu n’as personne qui te presse et tu stress pas à propos du coût du studio. Puis le chant c’est hyper intime. Donc je fais ça chez moi et quand je suis content, j’envoie mes pistes.

 W : je retrouve un côté un peu Simon & Garfunkel dans certains de tes morceaux, sont-ils une influence ?

GAUME :  oui, j’ai moins écouté que Crosby, Still, Nash & Young par exemple. Mais oui j’aime le travail des voix.

                            Le dernier clip de GAUME

W : ton dernier EP avec GAUME est de 2016, quelles sont les actus pour toi ? Album, concerts ?

GAUME : Le nouvel album sort en janvier et on a un single qui arrive à la fin du mois. Ce sera folk et rock, mais avec des choses plus modernes. Mais ça restera de la pop.

 W : je trouve que tu écris très bien en Anglais. Tes textes sont très imagés et travaillés, un peu à la Alex Turner justement (Arctic Monkeys) ? T’a-t-il inspiré de ce côté-là ?

GAUME : oui beaucoup, mais il est dur à cerner dans ses textes parfois, car il met beaucoup de mots compliqués. Tout l’album AM, les textes je les ai dévorés, ils sont sublimes ! Arabella c’est mortelle, Knee socks, Why d’you always call me when you’r high. Là il décrit la situation, mais il le fait d’une manière subtile. Il y a beaucoup de ses textes que j’aime beaucoup. C’est un super songwriter vraiment ! Puis la manière qu’il a de poser sa voix … tu penses que la phrase va se finir et en fait elle continue.

(Il s’exclame) Belle & Sebastian ! c’est un groupe avec lequel j’ai pris une claque de ce côté-là. Il arrive à une fin de phrase et logiquement ton oreille veut que ça se termine, mais ils te la rallongent un peu. Très surprenant. Je les ai vus à Stéréolux il n’y a pas longtemps. Neufs sur scène, c’est magnifique, l’album Dear Catastrophy Waitress, est génial, je le connais par cœur. Grosse influence pour moi, avec aussi Jack White et Alex Turner.

 W : comment as-tu acquis cette maîtrise de l’Anglais ?

GAUME : quand j’étais gamin j’avais une nourrice qui était américaine elle me parlait en anglais. Et après quand j’ai quitté l’école en 1er je suis allé au French-American Center qui donnait des cours généraux, mais uniquement en anglais. J’avais quatre heures le lundi et quatre heures le vendredi, mais dès que tu rentrais dans l’école tout était en anglais.

Gaume Live par Jean Marie Jagu 3

W : étant quelqu’un qui a le goût du texte, as-tu déjà eu envie d’écrire en français ?

GAUME : oui, j’aimerais beaucoup, mais j’ai du mal, je ne suis pas inspiré. J’aimerais que ça vienne quand ça doit venir et pas parce que je me sens obligé vu que c’est ma langue. Mais cette démarche artistique d’écrire des chansons, je me dis que c’est aussi se permettre d’être qui on a envie d’être, de tendre vers un idéal. Et mon idéal est vraiment anglophone.

Mes chansons préférées sont en anglais la plupart. Même s’il y a plein d’artistes français que j’adore dans la voix et les textes. Donc l’écriture en français m’intéresse, mais ce n’est pas encore le moment, et je n’ai pas envie de forcer le truc. Parce que je veux le faire bien aussi.

 W : quels sont les thèmes qui t’inspirent le plus ?

GAUME : tout peut m’inspirer, tu décris un climat, une humeur, puis tu peux le décrire de tellement de manières. Je parlais avec un parolier un jour qui m’as dit « on écrit principalement avec le cerveau, mais quand le cerveau ne marche pas, il faut écrire avec le cœur, et quand le cœur ne marche pas, il faut écrire avec les couilles. » Donc il faut écrire avec les trois.

Après les thèmes, je n’en ai pas en particulier. J’écris sur ce qui m’inspire quand ça m’inspire.

 W: I am the powerless witness of changing manners? Que voulais-tu dire par là ?

GAUME : en fait c’est une chanson qui veut dire je ne t’aime plus. Ça parle de toutes les petites habitudes dans un couple, comme d’envoyer un petit texto le soir, des choses comme ça.  Ça parle de ces habitudes qui disparaissent. « Je suis un témoin impuissant de ces habitudes qui disparaissent ». C’est une manière, un peu poétique j’espère, de dire que c’est la fin d’une relation.

W : penses-tu qu’un parolier dans le rock-pop-folk se doit d’être impliqué politiquement dans ses textes ? Et pourquoi ?

GAUME : non, il ne se doit pas, il peut. Personne n’a l’obligation de donner son avis. Tout le monde peut avoir un avis et l’exprimer de manière artistique, et si ça fait une bonne chanson il n’y a pas de limite. Mais si c’est une bonne chanson, sur un sujet niais, mais qui parle à tout le monde, ça reste une bonne chanson.

Le but final, ça reste de faire des bonnes chansons, pas de s’impliquer politiquement. Il m’arrive de faire des allusions politiques dans des chansons, mais pas de faire une chanson entière sur ce thème.

W : avec des textes bien ficelés comme ça, tu tournes en Angleterre ou ailleurs à l’étranger ?

GAUME : pas assez pour l’Angleterre, j’ai fait l’Allemagne, la Norvège, la Hollande beaucoup. J’ai joué en Angleterre à Liverpool. Mais je ne tourne pas assez à l’étranger, il faudrait que je développe plus mon projet à l’international.

 « Je m’intéresse de plus en plus à la réalisation des albums. Comment c’est enregistré, mixé, la place de chaque instrument. Je prends goût à faire de la réalisation dans mon home studio. Et le faire pour d’autres …pourquoi pas. »

W : quel est le pays où tu as le meilleur rapport avec ton public ?

GAUME : l’Allemagne, ils sont hyper disciplinés là-bas. Je me rappelle un bar à Dortmund, assez mythique, où Nirvana avait joué. On devait jouer à 20h, on arrive, on fait les balances un peu en speed, à moins le quart personne ! je me dis merde ça va être vide. Je monte me changer, je redescends à 20h, c’était plein. Super accueil.

Après la Hollande, c’est plus rock’n roll, c’est plus des jeunes qui boivent et qui font les cons, ce qui est cool quand tu joues, ça fait de l’ambiance. Mais tu ne vends pas de CD par contre. Alors qu’en Allemagne, ils écoutent vachement, et ils passent au stand de merch’ ensuite.

 W : si tu pouvais décrire le son de Gaume en 5 artistes ou groupes ?

GAUME : Arctic Monkeys, Last Shadow Puppets, Elliott Smith, Cage the Elephant, et le cinquième est difficile … je dirais un truc rock un peu plus 70’s, Black Crows.

W : j’aime beaucoup ton utilisation des harmonies vocales, comment cet aspect des chansons fonctionne avec ton groupe ?

GAUME : Je maquette mes chansons chez moi en général. Et je fais beaucoup d’harmonies en effet. Quand on arrive en répèt’ les gars mettent un peu leur pâte aussi. Dans la façon de jouer dans les idées parfois aussi. Si quelqu’un a une bonne idée, je prends avec plaisir !

On fait vachement d’unissons en ce moment (une voix grave et une octave supérieure) c’est ce que fait beaucoup le batteur des Arctic  Monkeys (NDLR : Matt Helders), ça fait très R&B et ça modernise. Quand tu chantes une tierce, une quinte, ça a tendance à vieillir et à sonner justement à la CSN&Y. Tout en étant très beau, mais ça dépend de l’effet que tu veux obtenir.

Mais j’adore les voix, on fait de la pop, ça passe par les voix, les chœurs c’est génial. C’est une vraie plus-value. Mon rêve ce serait d’avoir des choristes. Deux voix féminines par exemple.

Regarde 20 Feet from Stardom, un documentaire qui parle des choristes qui ont été la marque de fabrique de certaines chansons comme Gimme Shelter, Hit the Road Jack etc.

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Garçon ! un whisky et l’addition SVP.

W : quels sont tes objectifs sur le long terme dans la musique ?

GAUME : je m’intéresse de plus en plus à la réalisation des albums. Comment c’est enregistré, mixé, la place de chaque instrument. Je prends goût à faire de la réalisation dans mon home studio. Et le faire pour d’autres …pourquoi pas.

On à monté notre propre asso/label, qui s’appelle Free your Art, et je n’exclus pas de prendre des artistes dessus à un moment. Mais je n’ai pas de plan. Pour le moment mon but c’est d’essayer de faire des bons disques et de faire vivre le projet GAUME.

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Roman et ses musiciens seront à la Nuit de L’Erdre ce vendredi (17h scène MAKI) et à Stéréolux le lendemain (19h30). Alors Nantaise, Nantais, tu n’as pas d’excuse pour ne pas aller écouter sa pop-rock finement ciselée. Si à l’heure ou tu lis ces lignes, affalé dans ton canapé à la mi-temps, tu n’es toujours pas convaincu, je te propose de cliquer paresseusement sur un de ces liens, alors que tu finis ta dernière part de Domino’s pizza en l’arrosant d’une lampée de Kro tiède.

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