EELS : Déconstruire pour mieux reconstruire!

Mark Oliver Everett - aka EELS!

Le dernier EELS est sorti il y a maintenant un mois, et à mon habitude, je me suis laissé un peu de temps pour digérer ce nouvel album, intitulé The Deconstruction. Avec un artiste comme Mark Oliver Everett, il faut mieux se laisser un peu de temps de toute façon. Sa musique n’a rien de pompeux ou de sophistiqué, c’est même tout l’inverse, et c’est bien pour ça qu’elle vous touche. Enfin, en tout cas, moi c’est mon cas ! Mais côtoyer Mark Oliver Everett, c’est accepté de rentrer, un tout petit peu, dans la tête d’un homme qui est allé nager dans les abysses les plus noires, pour en revenir irrémédiablement marqué.

C’est la première bonne nouvelle de cet article ! EELS est de retour, et il a visiblement remonté la pente. Pour un homme qui a failli totalement arrêter la musique, et quatre ans après sa dernière sortie, voilà ce qu’il déclare concernant la sortie de The Deconstruction :

« Voici 15 nouveaux morceaux de EELS qui vont peut-être vous inspirer et vous faire bouger. Ou pas. Le monde est devenu fou. Mais si on la cherche bien, il y a toujours de la beauté à y trouver. Parfois on n’a même pas besoin de la chercher. Sinon, il faut essayer de la créer soi-même. Et puis il y a des fois où il faut détruire quelque chose pour trouver de la beauté à l’intérieur. »

En quatre lignes, vous avez un bon résumé de ce que vous allez trouver sur The Deconstruction. Une recherche de la beauté et de la sérénité, construite autour d’une introspection typiquement « eelienne ». C’est une certitude Mark Oliver Everett va mieux, et ça lui réussit plutôt bien ! Il en reste, sur la forme, une construction assez étonnante pour cette déconstruction annoncée (pardon pour ce jeu de mots pathétique). Installez-vous confortablement, mettez l’album en fond sonore, et partons en promenade dans l’univers de EELS !

L’album commence sur le morceau éponyme The Deconstruction. Fatigué par l’état de notre planète, l’homme qui ne s’est pas effondré malgré les tourmentes qu’il a rencontrées, nous annonce qu’il va s’autoriser à tomber. La déconstruction de notre monde a commencé, Mark Oliver Everett nous laisse cependant présager d’une reconstruction qui suivra : tout n’est pas noir. L’Eternel Retour en quelque sorte, pour les plus philosophes d’entre vous…

Après cette ouverture toute en douceur, le morceau Bone Dry vous surprendra sans doute avec sa rythmique un peu plus pêchue. Le cœur de EELS a été asséché, il n’y a plus de sang, plus rien à boire. Porté par un refrain « shalala » et une rythmique de basse très groovy, on en oublierait les paroles d’un pauvre hère agonisant…le clip est vraiment top (ci-dessous) :

The Quandary est une petite transition de moins d’une minute, qui nous emmène vers The Premonition. Sans doute un des plus beaux moments de The Deconstruction. Une chanson touchante par sa simplicité, son refrain faisant office de profession de foi, le monde est pourri, mais l’amour y pousse encore :

I had a premonition

That we’re gonna get by

You and I have a love

That never can die

On sort de cet agréable moment pour arriver à The Rusty Pipes. C’est une sorte de protest song assez frontale mais néanmoins pas dénuée d’une pointe d’humour noire, Mark nous souhaitant de ne pas finir dans un corbillard, pour nous rendre à la fête à laquelle on n’a pas envie d’être invités…une chanson étonnante par rapport à celle qui a précédé, mais vraiment sympa.

The Epiphany va suivre, un morceau qui est en somme une belle introspection sur le temps qui passe et les souvenirs heureux d’une époque désormais révolue…et là BOUM ! On arrive là-dessus :

La chanson Today Is The Day! Une réelle coupure dans cet album. Que dis-je ? C’est le Grand Canyon qui vient de s’ouvrir. C’est étonnamment joyeux, et, quand on parle de EELS, ça sonne tout de suite un peu hors propos. Et pourtant ! Today Is The Day est la confession d’un homme qui a vécu dans l’erreur, et qui en ouvrant sa porte se rend compte de sa méprise : La vie est courte, étrange, et c’est comme ça, il n’y a rien à y faire, alors pourquoi s’en soucier ?

Sweet Scorched Earth commence sur quelques notes dignes d’un film d’horreur de série B, avant de repartir vers les sonorités mélodieuses et apaisées présentes sur les premiers morceaux de l’album. Pourtant un sentiment de malaise vient s’immiscer dans cette ritournelle amoureuse, qui nous semblait a priori innocente…La Terre est blessée, le ciel et les océans sont pollués, nous allons tranquillement, et langoureusement, vers notre fin…une ode à l’inconscience de l’être humain, englué dans sa vie contemplative face à la dégradation quotidienne de notre environnement.

Un nouvel interlude d’une minute, Coming Back, et nous voilà arrivés à Be Hurt. Derrière le tutoiement, on peut y voir une mise en accusation de l’humanité dans son ensemble. La prise de conscience de nos crimes ne nous empêchera pas d’en payer le prix : la messe est dite !

La fin de l’album s’annonce avec You Are The Shining Light, le morceau ouvre sur une rythmique assez entraînante et rapide, pour une déclaration d’amour, un brin voyou, en règle ! c’est décalé, avec des arrangements très rockabilly par certains aspects : j’aime beaucoup.

Le piano prend la place principale, sur There I Said It, très beau morceau, que je rapprochais de The Premonition. Ceci étant, There I Said It le surpasse, ce titre est somptueux, par son dépouillement et surtout par la voix de Mark Oliver Everett. Difficile de rester insensible.

Nouvel et dernier interlude, Archie Goodnight, une petite balade pour endormir l‘enfant Archie. À tester sur vos enfants ! The Unanswerable est une belle instrumentale planante de plus de deux minutes, on se prend à rêver et c’est loin d’être désagréable…

Our Cathedral est le dernier morceau de l’album. Ce coquin de Mark y a ajouté pas mal de reverb et des chœurs : une vraie cathédrale ! Aha. Un endroit reposant en tout cas, où les couples et les cœurs se reposent des turpitudes extérieures. Un beau final pour The Deconstruction !

Alors ? Quel est le verdict ? Je vais vous donner le mien, et je vous laisserai faire votre propre découverte de The Deconstruction. C’est un album curieux, un assemblage de morceaux assez hétéroclites construit autour d’une thématique commune : la chute puis le renouveau. Le cycle de la vie en quelque sorte. C’est particulièrement savoureux de trouver cela chez EELS, dont on connaît l’histoire brisée et l’image d’artiste maudit. Convalescence, rémission ? Je n’irai pas jusque-là, le fond de l’album reste caustique et désabusé, mais on y trouve des passages lumineux où s’abritent des espoirs et des envies, preuve s’il en est que EELS est définitivement en vie ! The Deconstruction est logiquement un très bon album, imaginé par un artiste hors du commun, qui à travers son odyssée personnelle, nous livre une prise de risque artistique qui sonne juste, véritable : incontournable ! Un des premiers « Must Have » de 2018 !

EELS sera en concert le 09 juillet prochain à l’Olympia à Paris.

Liens :

Site officiel : http://eelstheband.com/

En écoute sur Deezer : https://www.deezer.com/fr/album/60726692

Et trouvable chez tous les bons disquaires ! Je vous conseille la version vinyle deluxe, très très sympa !

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