Download festival 2018 jour 4 : Farewell to the jungle

la programmation du Download 2018 la programmation du Download 2018

Dernière journée de festival au Download, désormais amputé de la Main Stage 2 et de la Spitfire Stage. Histoire de se remettre des trois jours précédents, les organisateurs ont également décidé d’ouvrir les portes légèrement plus tard, à 15h, et donc de dégraisser le line-up. Les groupes qui vont se succéder auront la lourde tache de faire patienter un public principalement venu pour l’événement du jour : le concert des Guns n’ Roses, d’une durée généreuse de 3h30.

Les atours de la baronne

Première surprise du jour, la Main Stage 1 dispose maintenant d’une avancée centrale, qu’on devine destinée à Axl Rose, lui qui aime tant arpenter les scènes de long en large au pas de course. Un ajout quelque peu problématique pour les photographes officiels, qui, placés en contre-plongée de la scène, ont bien du mal à saisir une vue panoramique de l’ensemble. Cette disposition n’est pas non plus idéale pour apprécier John Dyer Baizley, chanteur du groupe Baroness, au jeu de scène bien plus statique que celui du leader des Guns.

Premiers à se frotter à la grande scène en ce lundi, ces Américains issus de la scène sludge metal livrent une prestation convaincante, mais un peu trop sobre pour réveiller des festivaliers peut-être encore sous le coup des excès du week-end passé. Baroness ne manque pourtant pas d’atouts : leur heavy metal mélodieux transite à travers les genres, du stoner au prog rock (une influence avouée, à en juger par l’artwork psychédélique déployé en arrière-plan), porté par les envolées de la lead guitariste Gina Gleason qui sait également donner de la voix, accompagnant de ses belles harmonies le chant puissant de Baizley.

The Pink Slips : Wassup Rockers

Nous traversons au pas de course la distance qui nous sépare de la Warbird Stage pour aller découvrir les Pink Slips, le groupe mené par Grave, alias Grace McKagan, alias la fille aînée de Duff, le bassiste des Guns n’ Roses. Sortis d’un rêve de Larry Clark, les très jeunes membres des Pink Slips (une petite vingtaine d’années) gagnent haut la main le concours des « coolest kids in highschool ». Toute de rose vêtue, la peroxydée Grace constitue un amalgame de Blondie et de Nina Hagen (ce sourire terrifiant!) ; le guitariste Desi Scaglione s’avère très crédible en sosie de Jimmy Page ; le bassiste Charlie Anastasis porte crinière et tenue de prisonnier américain et le claviériste Trent Peltz ressemble à un Mod sortant tout droit du Marquee. Une mosaïque de références qui se retrouve dans leur musique, qu’ils définissent comme un mélange de punk, de rock ‘n’ roll, de synthpop et de new wave.

Le lien familial qui unit les Pink Slips et la tête d’affiche de la soirée pourrait légitiment susciter des soupçons de népotisme. En ce qui nous concerne, on a vite évacué la question, séduits par la qualité de chansons réconciliant amateurs de hard rock et de rock indé US (le groupe cite d’ailleurs parmi ses influences aussi bien The Kills qu’Alice Cooper). Grave livre une performance des plus lascives, ponctuée de poses directement inspirées d’Iggy Pop – l’appui sur le pied de micro, le pont du gymnaste – tandis que le bassiste s’amuse à cracher sur le public, qui lui jette en retour de la bière. Donnant-donnant. Les singles I’m Ready et Trigger sont de véritables bombes, mais on craque complètement sur la reprise d’In Heaven de David Lynch, jouée dans une version proche de celle des Pixies. On repart fourbu, content (le cœur un peu vague pourtant…), se promettant de distiller la bonne parole des Pink Slips auprès de chaque personne munie d’oreilles, et jurant de revenir les voir la prochaine fois qu’ils feront le trajet Los Angeles-Paris.

Nous reviendrons peu après sur la Warbird afin de jeter un œil au phénomène Greta Van Fleet, le groupe des trois frères Kiszka originaires du Michigan. Beaucoup d’articles ont déjà été écrits sur eux (ici, avec brio, par le collègue Mr. Moonlight) et nous ferons court. Le rapprochement avec Led Zeppelin saute évidemment aux yeux, tant dans le jeu de guitare que par la voix de Josh Kiszka, véritable bébé Robert Plant. Big Baron, présent avec nous devant la scène, n’est pas certain du charisme du Josh, et nous nous accordons ensemble pour dire que son chant semble parfois un peu trop forcé, en live tout du moins. « The next big thing » reste néanmoins une belle machine de guerre, prête à faire vivre un retour dans les seventies à toute personne n’ayant pas les moyens de se payer une DeLorean pour remonter le temps.

Volbeat : Marcel, tatouages et rock’n roll*

Voici venir Volbeat, porté par la voix robuste de Michael Poulsen. Les guitares évoquent AC/DC ou Metallica et le chant Elvis Presley et Johnny Cash. Le frontman porte autour du cou ses influences rockabilly. Passé les premiers titres, administrés avec la force d’un haltérophile sous stéroïdes, le crooner danois fait installer devant lui un petit support ou il enchâsse une guitare acoustique. Il se met à gratter une rythmique rock 50’s qui rappelle les meilleurs titres du Million Dollar Quartet, des Studios Sun de Memphis.

Puis il interroge l’audience : « Voulez-vous un peu de Elvis Presley,… Voulez -vous un peu de Johnny Cash ? ». Avant de se lancer dans une chanson hommage à ses idoles, qui partant d’un « country shuffle », devient vite un hard-rock dégoulinant.

Le gars Poulsen porte au pinacle une vision du rock virile. Un rock qui fait du développé couché en buvant de grandes rasades de mauvais bourbon juste pour sentir le frisson de la brûlure du spiritueux. Et pour mieux asseoir cette vision, l’homme a choisi un trio convaincant : bouc noir corbeau et banane rockabilly, Gibson SG traversée d’une bande blanche à la façon d’une Ford mustang modèle 1973 (ou toute autre année de ton choix). Et, cerise sur le Mac do, un petit marcel noir à l’effigie de ni plus ni moins que Genady Golovkin, alias Triple G, boxeur Kazakhe poids moyen qui fait frémir les plus courageux pugilistes du 21ème siècle (on le surnomme le Tyson des poids moyens, c’est vous dire).

Ses hommes de main ont suivi le leader en se vêtant eu aussi tout de noir. Le guitariste à même choisir d’orné son crâne d’une casquette rétro façon Peaky Blinders qui, avouons-le, ajoute au côté gangster. Pour finir, au cas où un doute subsisterait sur les intentions bellicistes de leur musique, le quatuor de Copenhague a décoré le fond de la scène d’une gigantesque tenture affichant un boxeur à mains nues en position de garde.

À plusieurs reprises le groupe conquiert l’avancée de scène et déclenche dans la foule de grandes ovations approbatrices. Ici aussi, très belle découverte. Volbeat est un groupe à l’identité forte et la discographie et l’esthétique jalonnées de ces références au rock américain originel, qui évoquent : les grands espaces, les grosses cylindrées et la petite contrebande.

*Chronique et photos par Big Baron

En attendant…

Nous assisterons vingt bonnes minutes au concert de Seether, groupe de Sud-Africains annoncés un peu partout comme les représentants de la scène « post-grunge ». Nous n’avons personnellement pas trouvé le lien de parenté si évident que cela et on les rangerait plus volontiers dans la case nu metal des années 2000. Reste qu’il leur faut du courage pour tenter de mobiliser les troupes à moins d’une heure de l’entrée en scène de GNR. Car pour la majorité des festivaliers, le moment est venu de manger un bout, faire provision de bières et se réunir devant la Main Stage pour suivre le récital longue durée du line-up quasi-original de ceux qui furent un temps surnommés par le magazine Kerrang ! « le groupe le plus dangereux du monde ».

210 minutes de nostalgie Nineties

Les Guns n’ Roses ont ravivé la flamme en 2016, lorsque deux grandes figures du groupe, Duff McKagan et le mythique Slash, ont décidé de reprendre l’aventure au côté d’Axl Rose. Leur venue au Download, programmée dans le cadre de leur tournée « Not in this Lifetime… 2018 » coïncide par ailleurs avec la réédition en divers coffrets collector d’Appetite for Destruction, 31 ans après sa sortie.

On compte plusieurs sosies d’Axl et de Slash dans la fosse, patientant nerveusement pendant vingt minutes avant que les écrans géants ne diffusent une vidéo d’introduction qui rappelle les cinématiques aléatoires des premiers jeux de Playstation. Enfin, le gang californien fait son entrée et ouvre sur It’s So Easy. C’est parti pour plus de trois heures d’un concert qui comble toutes les attentes. On a tout lu sur les excès passés d’Axl Rose et de sa bande sur scène, mais ce soir nous avons en face de nous un groupe appliqué, dont le professionnalisme s’interprète comme une marque de respect rendue aux fans.

Le show est savamment pensé. Les grands succès sont distillés au compte-gouttes, maintenant ainsi habilement la pression sur un public qu’il s’agit de garder alerte durant toute la durée du concert. Le riche répertoire du groupe fait qu’on a rarement l’impression qu’ils cherchent à meubler. Les sensations de déjà-vu se succèdent, et l’on se revoit enfant devant nos VHS mal enregistrées lorsque Slash se lance dans le solo homérique du thème du Parrain. Chacun a ses chansons préférées, bien sûr, et l’auteur de ces lignes frissonnera plus particulièrement au moment de l’intro de Civil War, lorsqu’une voix préenregistrée crache : « What we got here is failure to communicate ». Ou encore sur November Rain, jouée sur le devant de la scène par Axl Rose, assis devant son piano à queue.

Lundi soir oblige, nous devons partir peu avant la fin (on sera resté un peu plus de trois heures) pour espérer pouvoir attraper notre propre Night Train. Pour nous accompagner dans notre marche nocturne, les Guns nous gratifient d’un Don’t Cry qui fait regretter à certains leur départ précipité. Comptant parmi les derniers représentants d’une époque de grandiloquence révolue, gouvernée par la Sainte Trinité du « Sex, Drugs, and Rock ‘n’ Roll », les Guns n’ Roses ont offert un spectacle nostalgique qui permettra aux plus jeunes de dire, eux aussi, « j’y étais ».

Ainsi s’achève l’aventure de Weird Sound au Download 2018. Un grand merci à Big Baron pour le baptême du feu et à l’organisation qui nous a accueillis de belle manière, nous, humbles plumitifs de webzine. À très vite au comptoir du bar VIP de l’édition 2019 (on prend des habitudes, vous comprenez…).

Le site du festival : http://www.downloadfestival.fr/fr

Chronique jour 1 : https://weirdsound.net/download-festival-2018-jour-1-dans-la-fournaise/

Chronique jour 2 : https://weirdsound.net/download-festival-2018-jour-2-teen-spirit-occultisme-et-metaux-lourds/

Chronique jour 3 : https://weirdsound.net/download-festival-2018-jour-3-the-champagne-of-bands/