Download festival 2018 jour 2 : Teen Spirit, occultisme et métaux lourds

la programmation du Download 2018 la programmation du Download 2018

Deuxième jour sur la Base Aérienne 217, Le Plessis-Pâté / Brétigny-sur-Orge / Cœur d’Essonne. Une suite de localités presque aussi impressionnante que le line-up du jour, qui verra se succéder NOFX, Avatar, The Offspring et Marilyn Manson, entre autres joyeusetés. Un petit quart d’heure de marche sépare les navettes de l’entrée du festival. D’un pas désuni, les festivaliers abondent vers l’entrée à travers un chemin sinueux qui fait longer un terrain militaire. Ambiance. Au loin se fait entendre l’écho de Crossfaith, groupe japonais qui performe un metal fusion mâtiné de sons hip-hop et électro.

Un doigt de Whiskey

Nous déciderons de commencer par le concert des Whiskey Myers, groupe de rock sudiste originaire de Palestine, au Texas, qui joue sur la Warbird Stage. Avec pour légère impression d’assister à un gig de Stillwater, le groupe fictif d’Almost Famous, on prend plaisir à écouter leur country électrifiée, portée par la voix de Cody Cannon, fier héritier de Ronnie Van Zant. Le chanteur arbore un t-shirt Willie Nelson pour l’occasion, afin de bien rappeler à tout le monde la source de leur musique. Il est vrai que la formation texane dénote un peu vis-à-vis des groupes présents ce jour au Download, mais cela ne l’empêche pas d’emporter l’adhésion du public, notamment lorsque le percussionniste Tony Kent s’empare du devant de la scène pour se lancer dans un solo épique de… sonnaille. « More cowbell », dirait Christopher Walken.

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Whiskey Myers : harmonicalement votre

 

 

L’un des grands problèmes de couvrir un festival est qu’on ne peut justement pas tout couvrir, cela étant lié à des problématiques d’ubiquité et d’impératifs personnels. Nous devrons donc faire le deuil de Skinny Lister, ces Britanniques aux sonorités celtiques, version pop-punk des Pogues, qui ont ouvert la dernière tournée européenne des Dropkick Murphys.

Tous mes amis sont morts

Direction la Main Stage avec les Norvégiens de Turbonegro, les vieux baroudeurs à l’apparence de Village People en after après une soirée fortement arrosée sur le Sunset Strip de Los Angeles. Un immense drapé est étendu derrière le groupe, représentant la couverture de leur dernier album, Rock n’ Roll Machine, sorti en février 2018. Une iconographie qui rappelle les grandes années du space rock, dévoilant un crâne d’argent surmonté d’un œil de la providence inversé, duquel s’échappent des cercles concentriques et des comètes aux traînées vert fluo. Pourtant, Turbonegro n’a pas viré psychédélique, et assène son autobaptisé « death punk » (nous dirions plus sûrement glam punk, voire heavy punk, tant qu’à jouer aux associations de styles) pour le plaisir certain d’une audience partagée entre nouveaux venus et « Turbojugend » – surnoms des fans de la première heure. Le chanteur Anthony Madsen-Sylvester essaime des « hoy » façon TNT d’ACDC, s’essaie à la traduction de titres (« Tous mes amis sont morts », nous annonce-t-‘il à plusieurs reprises, avant d’entamer All My Friends Are Dead) et danse comme un soldat mécanique en surchauffe.

This machine kills fascists

On s’extrait de la fosse peu avant la fin, afin de profiter des derniers instants du set de Tagada Jones. La formation bretonne se fait l’écho d’une parole militante particulièrement salvatrice au sein d’un festival qui met principalement en avant des grosses machines internationales, rappelant ainsi que les fanatiques de guitares lourdes peuvent également se retrouver autour d’un discours critique en marge des représentations véhiculées par le spectacle de l’industrie musicale. Une pensée pas isolée, à juger par le nombre de personnes venues écouter le groupe français, qui aurait clairement pu assurer sa prestation sur l’une des plus grandes scènes. Les punks rennais rendent un hommage appuyé aux victimes du Bataclan à travers une chanson sobrement intitulée Vendredi 13, suivie par Je suis démocratie, écrite en réaction aux attentats de Charlie Hebdo. Rien de très gai sur le papier, mais les titres sont portés par l’énergie foutraque d’un public chauffé à blanc, qui se déchaîne ensuite sur un Mort aux cons dédicacé à la classe dirigeante du pays.

De la censure du ska punk en Amérique contemporaine

Politique toujours, les Angelenos de NOFX expliquent en préambule de leur performance qu’ils ont purement et simplement été interdits de concert aux États-Unis. Vérification faite, il semble que leur tournée américaine ait effectivement été annulée, après que le chanteur Fat Mike ait fait une blague malhabile en concert à propos de la fusillade perpétrée à Las Vegas en octobre dernier. Pas plus déstabilisés que ça, les NOFX multiplient les vannes devant un public venu réviser les rudiments oubliés du skate punk californien des années 1990. Un show tout en nostalgie pour les plus de trente ans, dont on appréciera les incursions ska, animées par les parties de trompettes assurées par le guitariste du groupe, Aaron Abeyta, alias « El Hefe ».

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Chemise de nuit et margarita à la paille : Fat Mike imitant Bree Van De Kamp

Ça détourne

Retour sur la Warbird Stage, pour assister à une autre déclinaison, bien française cette fois-ci, de l’esprit potache métalleux. À 19h30, nous ne connaissions presque rien d’Ultra Vomit, à part quelques informations distillées par une collègue journaliste acquise à la cause des Nantais. À 20h30, nous voulions partir en tournée à travers la France avec eux, boire des coups jusqu’à l’aube avec eux, partager une coloc’ avec eux.

Groupe de détournement, Ultra Vomit élabore des pastiches des grosses écuries du heavy métal (Rammstein, Gojira), qui ravit les amateurs du genre, mais également les novices, qui peuvent se raccrocher aux reprises aussi prenantes qu’hilarantes de tubes pop comme Face à la Mer (rebaptisée Calojira, la chanson mixe le son de Gojira et le refrain de Calogéro) ou Zombie des Cramberries. Côté esthétique, le groupe lorgne du côté de l’univers des cartoons US, reprenant à son compte l’identité visuelle des Looney Tunes. Nicolas « Fetus » Patra, le chanteur-guitariste, s’adresse au public avec une voix haute perchée et survitaminée caractéristique des dessins animés américains. Une interaction quasi constante, qui culmine par un Braveheart faisant s’affronter une fosse divisée en groupes « pipi » et « caca », avec en son centre le public indécis, renommé « fosse sceptique ». Alors certes, c’est puéril, mais c’est aussi très drôle pour qui sait prendre de la distance.

Come out and play

Parlant de distance, nous regarderons le récital des Offspring d’assez loin, sans pour autant bouder notre plaisir devant la succession des riffs célèbres de Come out and Play, Why Don’t You Get a Job, Pretty Fly… Le concert est parfaitement exécuté, sans fausses notes et avec un Dexter Holland à la voix impeccable, qui ne semble pas prendre mesure du temps qui passe. Une rage adolescente traverse la Main Stage 2 lors des premières notes de Self Esteem. On danse, on chante et l’on déconne un peu partout sur le site du festival, depuis la fosse jusqu’aux comptoirs des buvettes. On retient également l’émouvant Gone Away, portée par le piano sensible d’Holland. Un moment de grâce alors que le soleil couchant semble prévenir de l’arrivée du prince des ténèbres…

Magie noire

Certes, ce n’est plus l’Antechrist du temps d’Holy Wood, et même s’il ne semble plus faire peur à personne depuis bien longtemps, Marilyn Manson possède une force de fascination indéniable. L’excitation se fait ressentir parmi la foule alors que Brian Warner fait son entrée sur scène. Maquillage et décorum sobres, Manson a concocté un set épuré dans lequel sont mis en avant les titres les plus métal de sa discographie. Une attention élégante pour s’ajuster à un public constitué d’aficionados du son lourd.

Seront quand même joués les grands classiques, de Sweet Dreams à Disposable Teens, en passant par une version power chord de Fight Song, un brin décevante, car éludant la finesse rock’n’rollienne de la lead guitar sur le couplet. Comme lors de son récent concert à Bercy, Manson court-circuite I Don’t Like the Drugs, s’en servant comme intro pour The Dope Show, qui est, il est vrai, une bien meilleure chanson. Celui qui porte le titre de Révérend de l’Église de Satan met à contribution sa magie noire pour faire apparaître un croissant de lune, symbole luciférien détaché de la noirceur du ciel qui surplombe le site. Pointant vers l’astre, le chanteur prononce quelque chose comme « this is my kind of shit », puis lance SAY10, aux paroles de circonstances (« You say God, I say Satan »). Qu’on se le dise, le mage occulte a encore des ressources… Peu après cette invocation ésotérique, nous quittons les lieux, rejoignant d’un pas chancelant les autres âmes damnées vers l’enfer du RER.

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