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Bis 2020 : Les artistes de demain

Bis 2020 : Les artistes de demain

Dans le cadre des BIS 2020 à Nantes, (un salon interprofessionnel du monde du spectacle), se tenait un événement très particulier. Les BIS se sont déroulés les 22 et 23 janvier dernier à la Cité des Congrès de Nantes. Durant toute la journée, vous pouvez enchaîner les rencontres avec les grandes institutions de la Culture mais également échanger avec des producteurs, des programmateurs, des agents, des étudiants, des artistes, des communicants, bref… C’est un peu la crème de la crème de l’événementiel qui se déplace pour cet événement. A la fin de cette première journée de Salon, les allées commencent à se vider alors que certains terminent leurs derniers verres d’apéritif que l’on peut apprécier sur chaque stand. Il est 20h, le salon est fermé et pourtant quelque chose se prépare au -1 de la Cité des Congrès, plus précisément dans l’auditorium 800.


Côte à Côte : Une expérience unique !

Une fois les portes du Salon fermées, les professionnels venus de chaque coin du globe ont le choix entre prolonger la soirée au bar, au restaurant, retourner à leur chambre d’hôtel, assister au BISE festival ou participer à la soirée Côte à Côte. C’est clairement ce que nous avons choisi chez weirdsound.net et nous n’avons pas hésité bien longtemps. La soirée Côte à Côte est une soirée gratuite et ouverte à tous, aux professionnels comme aux particuliers, qui a pour mission de mettre en connexion des artistes de deux pays durant plusieurs jours.


Pour cette 3e édition et à l’issue d’une résidence artistique et humaine de 4 jours dans les locaux de Trempolino, deux artistes Québécois et Canadiens, ainsi que deux artistes Français se produisent face au public des BIS, pour ce que l’on appelle dans le jargon professionnel, un concert “Vitrine”. Dans les concerts “Vitrine”, les artistes se produisent devant un parterre de professionnels. Ce peut être un réel tremplin pour ces talents émergents. 2h avant le lancement de la soirée nous avons rencontré un artiste français, Govrache, et le groupe Canadien, Clay and Friends, qui ont travaillé ensemble pour préparer cette soirée.

Weirdsound : Salut Clay and Friends, salut Govrache, j’ai face à moi un groupe canadien et un artiste français. A vous écouter Clay and Friends, vous m’avez donné l’envie de faire la fête avec vous, de partir dans un tour du monde. Vous mélangez les styles allant du folk à la soul en passant par le disco, la trap, le hip hop, le reggae… Bref comment voyez-vous votre musique ?

Clay and Friends : On la voit très populaire, sans frontière, où le genre n’existe pas, ou nous importe peu. C’est ce que l’on aime, mixer les style, faire la musique qui nous inspire selon nos humeurs et nos rencontres. On travaille avec énormément d’artiste au Canada et c’est ça qui fait notre richesse.

Weirdsound : Govrache, avec toi, j’ai envie de réinventer le Monde, de m’engager, de m’investir, de me révolter. D’où sortent ces textes si puissants ? Qu’est ce qui t’inspire ?

Govrache : Tout m’inspire ! Quand tu regardes autour de toi et que tu observes ce qui se passe, il y a énormément d’histoires à raconter. Il y a de l’inspiration partout à condition qu’on prenne le temps d’observer.

Weirdsound : (A Govrache) Ton nom et tes textes laissent penser qu’il y a une référence à Gavroche des misérables de V. Hugo et à “J’accuse” de Zola (réf à son titre “L’Homme trottoir”). Te sens-tu lanceur d’alerte ?

Govrache : Oui la référence est là, c’est exactement ça. Ce jeune garçon de la rue qui subit la société dans laquelle il vit tout en gardant un œil ouvert. Et non, je ne me considère pas comme un lanceur d’alerte. Je ne suis pas légitime pour être un lanceur d’alerte, je mets juste des mots sur ce que je vois.

Weirdsound : (A Govrache) Sur quels sujets souhaiterais-tu écrire davantage ? L’écologie, la crise migratoire, sociale, les tensions en Iran

Govrache : C’est vrai qu’il y a beaucoup de sujets sur lesquels écrire, surtout en ce moment, mais encore une fois, je ne suis pas légitime pour être un donneur de leçons. Par exemple l’écologie, je ne suis pas assez écolo pour faire la morale à quiconque. Je suis uniquement un artiste qui écrit sans forcément dire que je suis engagé. C’est un peu lâche même, je ne fais rien pour faire avancer les choses.

Weirdsound : En écrivant et en ayant des textes engagés, c’est agir non ?

Govrache : Non je ne pense pas. J’aimerais faire bouger les choses. Si par mes textes j’arrive à ouvrir les yeux à quelqu’un sur un sujet, c’est bien et ça me ferait plaisir mais je ne suis pas engagé au point de faire bouger les choses.

Weirdsound : Comment devient-on résident pour Côte à Côte ?

Govrache : Chez nous en France, c’est une sélection qui s’est faite. Tu candidates et après tu as la chance comme nous d’être sélectionné. Je ne sais pas si c’était pareil chez vous au Canada… (S’adressant à Clay and friends)

Clay and friends : Si si, on nous a parlé du programme Côte à Côte et on a également été sélectionné. Nous étions heureux de savoir que nous allions faire un tel projet en France.

Weirdsound : Depuis 4 jours vous êtes donc ensemble [Govrache et Clay and Friends] en résidence dans le cadre de Côte à Côte. Vous vous connaissiez avant ?

Clay and Friends : Non du tout. Personne ne se connaissait.

Weirdsound : Et comment fait-on pour introduire vos 2 univers en termes de production ?

Clay and Friends : On apprend à se connaître avant. Et puis… On boit beaucoup de bières.

Govrache : On essaye de cerner l’univers de chacun mais ça s’est fait très vite et spontanément.

Clay and Friends : Et là, pendant les 4 jours nous étions 3 chez nous (contre 5 d’habitude) et chez Govrache, ils sont 3 donc forcément ça a fait un bon équilibre.

Govrache : Oui enfin, 3 ou 2, on ne sait plus trop, car j’ai été malade pendant toute la résidence. (Rires de toute l’équipe)

Clay and Friend : Finalement, on arrivait à travailler tous ensemble sans forcément faire des petits groupes. Ça s’est fait naturellement, tous ensemble, dans la bonne humeur et c’était cool.

Weirdsound : Concrètement qu’est-ce qui sort de cette résidence ? Une reprise, un morceau, un clip, un set entier ?

Clay and Friends : Oulaaa non pas un set entier, c’est beaucoup de travail. On a fait un morceau ensemble.

Govrache : Oui, un morceau qui rend bien d’ailleurs. Il n’est pas mixé en revanche.

Un morceau que l’on n’entendra pas pendant la soirée. C’est une petite déception car c’est le rendu d’un travail que l’on aurait souhaité voir pendant la soirée. Il faut donc les suivre sur les réseaux pour voir prochainement, espérons-le, ce morceau en collaboration.


Avant de voir Govrache et Clay and Friends monter sur scène, ce sont deux autres artistes qui se présentent face au public. La Canadienne Lou-Adriane Cassidy est la première à se lancer. Un silence profond s’installe dans cette salle où le public reste sur ses gardes. Une batterie, un synthétiseur, puis une jeune femme se présente face au micro. Il est possible d’entendre les chuchotements du rang derrière-soi tellement l’attente est forte. Pourtant, la Québécoise ne tremble pas. Sourire aux lèvres, elle admire la salle, jette un dernier coup d’œil à ses musiciens, eux aussi ont le sourire, et c’est parti pour 30 minutes de chanson folk. Une voix douce nourrie par un accent québécois loin du cliché des français sur ce dernier.

La diction, l’accentuation et le timbre forment un excellent équilibre offrant au public des textes de qualité, riches en profondeur parlant d’un quotidien que nous sommes tous susceptibles de vivre. La rythmique emporte la salle. Non, ce n’est pas l’euphorie mais oui, il n’y a plus de jugement ou d’attente, le plaisir vient de prendre le dessus. Son morceau “Ça va ça va” nous emporte dans sa musique. Quelques accords de guitare pour débuter, sa voix douce vient se poser puis la batterie donne la rythmique. Tout doucement ça monte en puissance puis le tempo est cassé pour enfin tout donner.

Un moment très prenant qui a mis le public dans le bon bain. La jeune artiste continuera sa prestation avec divers morceaux pour compléter son set, tel que “La pluie ne tombe jamais sur toi” ou encore “La fin du monde à tous les jours”. Énergique et souriante en plus de son talent, le public le lui rend bien par ses applaudissements.


Lou-Adiane Cassidy est rejointe par Emilie Marsh, avec qui elle a effectué la résidence à Trempolino. Cette artiste française reprend avec Lou-Adriane le célèbre morceau “Voyage Voyage” de Desireless. Une bonne transition entre les deux artistes qui surprend le public, lequel s’exclame de joie. Oui, c’est inattendu et il faut avouer que la reprise est plutôt bien réussie. Voilà une salle chauffée à bloc pour un rock n’roll poétique. Emilie Marsh se retrouve seule sur scène, un pari osé faisant toute sa particularité. Un peu trop d’effets aussi bien dans sa voix que dans ses compositions nous obligeant à regretter la présence scénique des instruments à percussions. Un regret de voir l’électronique prendre trop le dessus pour une artiste si talentueuse.

Lou-Adiane Cassidy etEmilie Marsh aux BIS 2020
Lou-Adiane Cassidy et Emilie Marsh aux BIS 2020
Crédit photo : Nathan Pituna

Voilà déjà une heure que la soirée a commencé et c’est au tour de Govrache de faire face au public. Malade pendant la semaine, la voix enrouée et la fatigue présente, Govrache nous confiait quelques heures auparavant que le stress était bien présent pour cette soirée, où professionnels et public de demain sont à convaincre. Le silence s’installe à nouveau dans la salle. Sur scène, Adrien Daoud, le contrebassiste est à gauche, Antoine Delpart, au clavier et au violon est au fond de la scène légèrement décentré à droite. Govrache quant à lui, se dresse près de son micro devant une foule assise disposée à écouter un slam qui ne peut que nous toucher.

Govrache lâche ses premiers textes poignants nous rappelant les repas de famille où le temps passe et pourtant les scènes identiques se figent dans le temps. Hommage à une génération qui nous éduque, nous protège et nous voit grandir. Avec le temps, cette génération se voit forcée à vieillir et à être repoussée au bout de la table d’un repas de famille. La jeunesse prend le relai et viendra par la suite prendre cette place du bout de la table. C’est un slam avec des textes poignants, humoristiques et engagés qui résonne dans l’auditorium 800 de la Cité des Congrès. Lumières bleues en fond, un projecteur blanc met en scène Govrache qui n’a pas besoin d’occuper la scène tellement ses textes parlent à chacun. L’artiste reste debout devant son micro et slame en gesticulant avec ses bras, possédé par ses mots.

Govrache aux BIS 2020
Govrache aux BIS 2020
Crédit photo : Nathan Pitalua

En pleine crise sociale où l’on parle de bavures policières, Govrache interprète son morceau “Compagnie Républicaine de… Sécurité ?”. Accompagné d’une prod très grave et d’une rythmique un peu plus soutenue que les précédentes, le slameur ne mâche pas ses mots et appelle les forces de l’ordre à se réveiller, à poser leur matraque et à réfléchir au sens qu’ils donnent à leur engagement et au sens de ce qu’ils défendent. Un texte engagé, sincère, où chacun se fera son avis pour savoir si l’artiste appelle à la révolte ou à la paix.

Govrache poursuit son concert avec divers morceaux qu’il faut découvrir et écouter absolument. Son titre “L’Homme trottoir” nous oblige à culpabiliser d’être aussi individualistes sur cette Terre où tout le monde n’a pas la chance d’avoir un toit. Sur ce morceau, les notes sont très graves, le piano aux touches frappées nous pétrifie le corps. Oui, il y a des sans-abris dans nos rues et cela ne nous choque même plus. Pour ne pas rester dans une ambiance pessimiste, Govrache termine son passage avec un slam riche en métaphores avec son titre “Pigeon”. C’est là que l’on voit le talent d’un artiste en tant qu’auteur, interprète et homme engagé (ou homme sensible puisqu’il ne se dit pas assez engagé). Le message est passé, le public arrive à en rire mais ce qui est certain, c’est que Govrache a réussi son exercice du soir. Les applaudissements sont sincères, les cris sont mérités. Moralité de ce passage… Qu’on ait de la voix ou bien une plume, il faut s’en servir !


Clay and Friends enflamme les BIS 2020


Un rapide changement plateau et le public n’est pas prêt à voir ce qui l’attend. Adel Kazi, le beat boxer se place derrière ses machines et lance la prod. Mike Clay, le chanteur et multi-instrumentiste, arrive en courant sur scène avec Clément Langlois-Légaré, guitariste du groupe. L’énergie est débordante et l’ambiance est tout autre, comparée au reste de la soirée. C’est un mélange hip-hop et funk à l’image d’un Montréal cosmopolite et actuel. Leur morceau “OMG” les oblige à occuper tout l’espace de la scène. Le chanteur se déplace d’un bout à l’autre, jouant avec son guitariste et son beat maker. Nous voici implantés dans une musique très populaire où la musique n’a pas de frontière. Assis dans cet auditorium, ça démange plus d’une personne de ne pas se lever et de bouger. Ils jouent leur morceau “Gainsbourg” en français, titre de leur nouvel EP sorti le 31 janvier dernier, une petite avant-première.

Clay and friends aux BIS 2020
Clay and friends aux BIS 2020
Crédit photo : weirdsound.net

Clay and Friends, c’est la mixité dans la production, les inspirations, les paroles (français – anglais – portugais), les styles musicaux avec des textes plutôt légers mais qui font toute la richesse de leur travail. Non ce n’est pas péjoratif de dire cela, car ils réussissent à nous faire voyager, à nous faire nous évader et à redonner le sourire à n’importe quel dépressif de la Terre. Alors on pourrait parler de leur morceau “Roméo” où la rythmique est plus lente et posée avec des textes rappés, ou nous pourrions évoquer “Going up the coast”, un titre en anglais, dynamique et chanté dans une ambiance si chaleureuse que l’on voudrait crier avec eux. Le beat boxer fait un excellent solo au cours du set et casse son déhanché sur chaque prod qu’il lance. Mike, le chanteur, jouera de la trompette en plus de courir partout. Il ne semble pas essoufflé alors qu’il se donne à 200%. Décidément, rien de ne les arrête, et leur musique les porte et nous emporte. Un final incroyable pour cette soirée que le public salue une nouvelle et dernière fois. Ils ont assuré les Québécois! C’est difficile à comprendre pourquoi ce sont eux qui clôturent avec une telle énergie puisqu’une fois le concert terminé, on reste sur notre faim. Dommage.

Ce qui est certain, c’est que la soirée Côte à Côte a révélé des talents de demain. En coulisse, Govrache nous confiait qu’il avait déjà deux tournée prévues au Canada à partir d’août et Clay and Friends des dates en France dès le mois de mars.

Chez weirdsound.net on veut les revoir avant la fin de l’année et prendre le temps de parler de leurs projets respectifs. Vous n’êtes donc pas à l’abri d’entendre à nouveau parler d’eux.


Retrouvez Govrache et Clay and friends sur la toile:


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