In December, drinking horchata…

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Le 15 décembre à Valence, en Espagne, le tout récent NVCLI accueillait Tachycardie, Danse Music Rhône Alpes, Cesar Palace et Rastrejo. Quatre projets solo, quatre concerts d’enfer.

Plantons d’abord le décor. 

La huerta valenciana est une zone urbaine agricole de Valence, marécageuse, d’où s’extirpent çà et là quelques hameaux isolés. On y cultive surtout le souchet tubéreux (la chufa) ingrédient principal de la fameuse horchata, spécialité valencienne, sorte de lait d’orgeat. Délicieux. Non alcoolisé. Vampire Weekend en a même fait une chanson très gaie. Pourtant, la huerta, c’est un paysage plat, désolé, on ne peut moins rock and roll

Et c’est au beau milieu de cette zone agricole morose que s’est installé, il y a quelques mois, le NVCLI (prononcez “noucli”), une salle de concert on ne peut plus underground.

Google Maps n’est d’aucune utilité pour trouver cet endroit perdu. Après avoir tourné en rond pendant une heure, j’aperçois, au bout d’un chemin, des jeunes gens aux cheveux verts et, à y regarder de plus près, aux pupilles dilatées. Bingo. 

Le NVCLI, c’est une sorte de grange en béton. La moitié de l’édifice contient encore des matériaux de construction ; dans l’autre moitié, on a installé une scène. Les deux zones sont reliées par un bar qui semble monté la veille. 1,5€ la canette de bière. Mais nulle trace d’horchata.

 C’est donc là que joueront quatre hommes seuls aux commandes de leurs machines respectives : Rastrejo, Rhône Alpes Danse Music, Tachycardie et Cesar Palace.

Rastrejo

Rastrejo ouvre le bal. Le patron du label Mascarpone s’installe derrière son sampler, auquel il a connecté son téléphone. Il s’en sert comme d’un modulateur de sons. Déjà aux commandes de Betunizer, Jupiter Lion ou Cuello, l’élégant José Guerrero opte pour un format plus proche de la chanson. Mais Rastrejo n’est pas le Léo Ferré espagnol. Ses chansons biscornues, épicés par des percussions sud américaines et croonées en espagnol, sont aussi imaginatives que dansantes. José se déhanche langoureusement et le public en redemande. Rafraîchissant ! 

Rastrejo en concert au NVCLI.

Danse Music Rhône Alpes

Puis c’est au tour de Danse Music Rhône Alpes d’investir les lieux. Une seule boule vanille suffit pour mettre le public en transe : Loup Gangloff lance des samples, et frappe sur un txalaparta fait maison – le txalaparta étant une sorte de marimba basque. Soudain un lecteur de cassettes audio déclenche des rythmes qui s’entremêlent, se superposent et se décalent parfois, provoquant un maelström jubilatoire. Ultra dense, ultra dansant. 

Danse Music Rhône Alpes

Tachycardie

Tachycardie prend le relais. Installé dans son cabinet de curiosités (des machines, des bongos, des tomes, un bout de machine à laver, une grosse médaille, une histoire de France écrite par un certain Pierre Conard) JB Geoffroy crée en une demi-heure un monde en tout point opposé à celui de la huerta valenciana : tout y est relief, surprise. Au lieu de reproduire les excellents morceaux de son récents album, Probables, JB offre encore et toujours du neuf, de l’inouï.

Parfois frénétique, quand il frappe à la vitesse du son sur tout ce qui se trouve devant lui, parfois introspectif, quand il fait tourner un rythme pendant six minutes, il provoque la transe du public, médusé par ce qu’il entend. JB donne un coup de baguette sur une roue de métal provenant d’on ne sait où : les harmoniques se diffusent, se multiplient par la magie des machines, se transforment pendant tout le morceau, fabriquent l’espace dont le morceau suivant avait besoin. Un inégalable spectacle de magie païenne. 

JB, AKA Tachycardie.

Cesar Palace

Cesar Palace clôt les festivités, avec un set plus rock – c’est-à-dire porté par une batterie, jouée très fort. Les sonorités électros, abrasives et sombres, évoquent Burial ou Andy Stott, mais on pense surtout aux deux premiers Battles, ou plus précisément au batteur du groupe, John Stanier. Vincent Redel, celui d’Electric Electric et de la Colonie de Vacances, frappe ses fûts comme un forgeron, caché dans son opaque nuage de fumée artificielle. Le public se rapproche, touche presque l’Héphaïstos et s’abandonne à des libations extatiques. 

Cesar Palace


Johann Trümmel

Johann Trümmel a publié un roman, "la Marge Molle"(Balland), en 2008 , et coécrit "La Liste" (10/18) en 2012. Il est aussi l'auteur de chroniques musicales pour Chronicart.

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