Bobby Patterson, Dag

Dag : forgotten funk!

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Il fut une époque bénie où la musique s’hybridait sans complexe, le funk, le punk, le rap, le métal, tout ça se mélangeait sans vergogne, donnant naissance à ce que l’on a appelé, peut-être exagérément, le rock fusion. La première collaboration historique, sorte de Prophet of Rage avant l’heure, fût peut-être celle qui eut lieu entre Anthrax et Public Ennemy, débouchant sur le tonitruant Bring The Noise. Puis, les choses ont semblé se resserrer. Le grunge explose en plein vol, le rap et le hip-hop prennent le devant de la scène et, à l’aube du XXIe siècle, les Infectious Grooves, Urban Dance Squad qui avaient porté cette musique métissée seront peu à peu oubliés, laissant les Red Hot sombrer dans la variété insipide.

Mais nous sommes encore au milieu des années 90, et l’électro n’est pas encore à la mode. Le rap a remis le funk et la soul au goût du jour. Quelques années auparavant, dans une ville de Caroline du Nord, Raleigh, un groupe de jeunes blancs décident, en 1989, de redonner ses lettres de noblesse à une musique avant tout black, le Funk. Point de récupération, mais une véritable vénération pour les artistes Atlantic, Stax et autre Motown. Également héritiers des Fine Young Cannibals ou des Australiens d’INXS, le groupe développe un son white funk qu’il va roder dans les pubs durant trois ou quatre ans avant de décrocher son premier contrat de disque.

Bobby Patterson au timbre haut et à la basse groovy, est un enfant de Raleigh. Sa tessiture particulière donne immédiatement une identité au groupe qui devient facilement reconnaissable. Kenny Soule, le batteur, est originaire du Connecticut, et cite, pêle-mêle, des influences qui vont du classic rock au funk. Il a déjà derrière lui une solide carrière, avec deux groupes ayant eu une petite notoriété : Nantucket et PKM. Brian Dennis à la guitare et enfin Doug Jervey aux claviers viennent compléter la première formation.

Le nom, Dag, vient peut-être du dieu du jour nordique, sorte d’équivalent de Râ ou d’Hélios… Impossible de le savoir avec certitude.

En 1994, après de nombreux shows et tournées, ils obtiennent un deal avec Columbia sous la houlette du producteur John Custer qui a à son actif les albums de Corrosion of Conformity qui se sont le mieux vendus. Ils s’enferment au studio Muscle Shoals, en Alabama, qui a vu passer pléthore de musiciens soul (Aretha Franklin, Sam & Dave, Stapple Singers…), southern rock (Bob Seger, Lynyrd Synyrd, et en 2009, les Black Keys qui y enregistreront leur Brothers). Dessus, on peut y entendre notamment la collaboration de Roger Hawkins, batteur de session qui accompagna les plus grands sur des classiques (Respect, When a Man Loves a Woman pour ne citer qu’eux) sur les titres Home, Candy et As. Les compositions de cet album sorti en 1994, Righteous, littéralement vertueux, placent le groupe dans la lignée des Earth Wind  and Fire et propose un son qui n’a rien à envier à Prince (You can Lick it  (if you try)). L’emprise du producteur sur le groupe est cependant très prégnante. Sur les quatorze titres de l‘album, il signe ou co-signe la totalité des compositions !  

Pourtant, Righteous est un p…ain d’album qui est resté trop longtemps ignoré et oublié. Il se dégage une sensualité douce de chaque morceau. La désinvolture nonchalante du morceau titre Righteous, ou encore le pêchu et sec You Make Me Feel sont particulièrement représentatifs de cette légèreté du son de ces années. Il s’en dégageait une certaine énergie classieuse  venue en droite ligne des années 80. Les singles, Lovely Jane et Sweet Little Lass (vous êtes sur pour ce « L » ?) feraient passer le groupe pour le pendant East Coast des Red Hot Chili Peppers qui continuaient alors à surfer sur la vague Blood Sugar Sex and Magic (1992).

One of the best funk records since 1978. DAG’s debut, Righteous, is definitely some of the most ass-grinding grooves you’ve heard since back in the day.

Un des meilleurs albums de funk depuis 1978. Le premier LP de Dag Righteous est assurément le groove le plus dansant que j’ai entendu depuis cette époque.

Vibe magazine

L’album est internationalement reconnu par la critique, mais le succès se fait attendre. Sauf en France où Righteous se vend plutôt bien. Il y aura même un passage live à Taratata. C’est dire…

Après d’harassantes tournées, Doug Jervey  part de son côté. Il sera remplacé par Kai Russell et Jen Gunderman. Et il faudra attendre quatre ans avant que Dag ne donne une suite à Righteous, Appartment #635, qui ne soulèvera pas autant d’enthousiasme. Il faut reconnaître que la musique du groupe s’est quelque peu noyée dans une soupe RnB/Acid Jazz, glissant vers une variété  un peu fade et insipide, privilégiant les nappes de synthé, oubliant les bons grooves de guitare qui firent les heures de gloire de leur premier opus.

Ceux qui n’ont pas connu les années 90 ne peuvent se rappeler comment ce disque fut un objet de vénération au sein de la sphère des amateurs de musique à l’époque. Les passages radio, les articles dans les magazines spécialisés laissaient penser que le groupe allait connaitre une juste notoriété. Malheureusement, il n’en fut rien. Après leur séparation en 1999, il ne restera que ces deux albums et une compilation sortie à la va-vite. Il est temps de redonner à Righteous la place qu’il mérite, en haut du top des albums funk/funk-rock des années 90, au côté des remuants “piments rouges”, des Jamiroquai ou encore comme glorieux prédécesseurs de leurs pâles copies que sont les Maroon 5.

Sources/Liens :

http://www.kennysoule.com/html/about.php

http://popblerd.com/2010/10/14/albums-that-time-forgot-dags-righteous/

http://www.2112online.com/nantucket/pkm.html

https://mytaratata.com/taratata/86/dag-lovely-jane-1995

https://musicbrainz.org/release/85b10809-9d8f-4805-ada5-5f46bf5ef6d7

Mr Moonlight

Entremetteur! Non, pas celui qui concocte des entremets, mais bien un passeur. C'est cela Mr Moonlight, un amoureux de la musique sous toutes ses formes : du métal le plus extrême à l'électronica la plus douce. Pour vous servir
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