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This Is Not a Safe Place : Ride en terre inconnue/en terrain connu

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Il y a trente ans, sortait le premier album du groupe d’Oxford, opérant une petite révolution dans le monde de la pop anglaise. La mode était alors à l’observation de chaussures pour les musiciens qui se produisaient sur scène, et Ride entra de plein pied (ah, ah) et contre leur gré dans la mouvance “shoegaze” avec Slowdive, ou encore les plus bruitistes My Bloody Valentine, écrivant ainsi une page de l’histoire musicale britannique. Avant l’enregistrement du désormais culte Nowhere, les quatre musiciens avaient produits quelques démos et EP, dont certains étaient déjà entrés dans les charts. Influencés autant par les Beatles que par la scène pop anglaise des années 80, ils développent un style musical propre et novateur, conquérant ainsi le cœur de la critique européenne sinon mondiale. Mais la mode est souvent de courte durée, et la brit pop et le grunge made in USA déboulent alors dans les bacs et sur les ondes à peu près à la même période, rencontrant un succès d’autant plus retentissant que le terrain avait été préparé par ces pionniers britanniques. Quelques années après la séparation de Ride, en 1999, Andy Bell prendra d’ailleurs la quatre cordes au sein d’Oasis. Le split avait eu lieu en 96 après la sortie de Tarentula, album qui aurait fait passer les pires périodes des Smashing Pumpkins pour des disques de génie.

Et puis, un jour de novembre 2014, des dates de tournée sont annoncées. Ride reprend du service. En 2017, Weather Diaries signait définitivement le retour du quatuor dans les bacs. Weirdsound avait alors assisté à un concert à Nantes (ici). Ces enregistrements du nouveau millénaire étaient plus que prometteurs et on attendait la suite avec impatience. Le premier résultat musical de cette réunion, Weather Diaries, donc, se rangeait directement dans la lignée de Carnival Of Light, alternant les morceaux pop enjoués, les titres plus dépressifs (Weather Diaries), et ne boudant pas les riffs plus rock (Lannoy Point). Le disque fut salué par la critique qui y vit un effort louable pour revenir sur le devant de la scène. Pour autant, l’ensemble de la presse restait dubitative, et sur la survie à moyen terme du groupe, et sur sa capacité a dépasser ses propres limites et à se renouveler.

J’étais certain que la réunion du groupe générerait beaucoup de plaisir et ce fut bien le cas. Dès la première fois où nous nous sommes retrouvés dans cet endroit pour répéter tous ensemble en vue des grands festivals où nous allions nous produire, j’ai ressenti que cela ne pouvait que continuer. Nous composions de nouvelles chansons et pour moi c’était vraiment super !

Mark Gardener pour soundofviolence.net

Sorti le 16 août 2019 (ok, ok, sur ce coup Weirdsound a pris son temps), This Is Not A Safe Place confirme que le retour du groupe n’est pas juste une lubie passagère ou un coup médiatique, mais bien une envie de refermer les blessures et antagonismes du passé. La première chose que l’on ressent à l’écoute de celui-ci, c’est une fraicheur plus perceptible que sur le précédent. On croirait presque entendre un jeune groupe qui n’aurait pas encore subi la pression des tournées, sa promiscuité et les aléas du showbiz. Il est produit par la même équipe que Weather Diaries (DJ/producteur/remixer Erol Alkan) ce qui assure une continuité sonore entre les deux albums.

Erol is very good for us, good at helping us reach for great things musically, a fellow adventurer, and Alan [Moulder] and his brilliant team at Assault and Battery are there to bring it into a Ride shaped end result. Caesar Edmunds mixed the record with Alan and did a great job.

Erol est très efficace avec nous, efficace pour nous aider à accomplir de grandes choses musicalement, un compagnon de route, et Alan Moulder et sa brillante équipe du studio Assault and Battery sont là pour enrober tout ça à la manière de Ride. Caesar Edmunds et Alan ont mixé le disque et ont fait un excellent boulot.

Andy Bell pour hmv.com
Peu inventif (le procédé reprend celui d’un clip de No One Is Innocent Où étions nous?), le clip ne met pas en valeur la pop légère et enlevée du titre Future Love.

Avec sa main qui se tend vers la mer, la photo de la pochette fait un étrange écho à la vague de Nowhere. Elle semble désigner un endroit imaginaire, incertain. L’océan est peut-être le dernier continent inexploré de la planète, un lieu où règne l’incertitude et qui peut parfois être inhospitalier pour l’homme. Une terre inconnue. Ride n’essaie pas de refaire du Ride des débuts, de renouveler l’expérience Nowhere, mais tente bien de s’aventure dans des territoires plus incertains. Comme ce R.I.D.E. expérimental qui ouvre l’album. Trois minutes d’un instrumental bruitiste mêlant bruits blancs, chœurs et guitares crachotantes sur un rythme binaire de dancefloor 80’s qui constitue en fait, selon les membres du groupe, un titre avorté qui n’a jamais trouvé ses textes. Le deuxième morceau, et premier single, Future Love, traite de l’éclosion d’un nouvel amour. C’est un hymne pop, léger au gimmick de guitare entêtant avec ce côté House Of Love que l’on a pu prêter au groupe dans les années 90. Assurément un tube en puissance.

Ride,This is not a safe place, CD, vynil… verts
Ride,This is not a safe place, CD, vinyl… verts

Tu peux essayer d’imiter ton propre passé, mais au final ce ne sera jamais exactement comme la première fois ou comme la fois précédente.

Andy Bell pour soudofviolence.net

Clouds Of St Mary, le deuxième single, est peu ou prou dans la même lignée, quoique dégageant une plus forte impression de mélancolie. C’est que, comme le dit Andy Bell à propos des textes des chansons :

It’s pretty heavy and dark most of the time, for the most part, it deals with themes that are not happy. Betrayal, anxiety, anger, sadness, melancholy.

C’est plutôt noir et oppressant la plupart du temps, pour la plus grande part, cela traite de thèmes assez tristes : trahison, angoisse, colère, tristesse, mélancolie.

Andy Bell pour hmv.com
Pop lègère et légèrement mélancolique pour ces nuages de Sainte-Marie

Sur la pochette, on remarque trois bandes parallèles à côté du nom du groupe, comme si cet album était leur troisième. En fait, comme l’explique Bell à hmv.com, This Is Not A Safe Place est directement inspiré des œuvres de street art de Jean-Michel Basquiat qui signait les graffs qu’il peignait sous le pseudo de SAMO ( Same Old Shit) de ces trois même traits verticaux. Ce signe est en fait emprunté aux vagabonds qui les gravaient sur les murs des maisons et endroits peu sûrs, signifiant “Beware! This is not a safe place!”…

In This Room est un morceau qui est d’ailleurs inspiré par le peintre new-yorkais. Le titre de l’album vient du refrain de ce magnifique morceau lent et nostalgique qui clôt le disque sur une note à la fois sombre et triste.

This is not a safe place to be
You didn’t think it was
When you lined up to sign your name
This is not a safe place to be
And no one cares
If raving and drowning do look the same

Ce n’est pas un endroit sûr
Tu ne pensais pas que ça l’était
Quand tu t’es aligné pour signer ton nom
Ce n’est pas un endroit sûr
Et tout le monde s’en fout
Si le délire et la noyade se ressemblent


un beat très électronique 80, un son de guitare presque néo New Order (entendre époque Get Ready) et la basse synthé qui double celle de Steven Queralt pour ce Repetition

Les murs de guitares qui ont fait la renommée du genre sont là, comme ce très bon et entrainant Kill Switch ou encore l’excellent Jump jet. Il y a des sonorités qui rappellent parfois Sonic Youth, comme ce 15mn. Mais, encore une fois, Bell et Gardener revendiquent cette influence, tout comme celle des Smiths, New Order et autres Cure dont l’empreinte se fait également sentir tout au long de ces 12 titres. C’est cette liberté de ton et de composition qui montre à quel point les quatre musiciens ont assimilé leur statut de groupe culte et assument chaque note de leur nouvel opus. Ils ont certainement gagné en liberté et en tranquillité d’esprit, comme s’ils n’avaient plus rien à prouver. Ce sixième album sonne merveilleusement frais et intègre, et dégage un parfum entre mélancolie adolescente (pour les ado d’aujourd’hui et comme madeleine de Proust pour les vieux ado des nineties) et nostalgie automnale qui donne l’irrésistible envie de l’écouter en boucle.

Mr Moonlight

Entremetteur! Non, pas celui qui concocte des entremets, mais bien un passeur. C'est cela Mr Moonlight, un amoureux de la musique sous toutes ses formes : du métal le plus extrême à l'électronica la plus douce. Pour vous servir
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