Temples Hot Motion 2019

Hot Motion de Temples, if you want it darker

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Mon été 2014 fût bercé par les cigales et les accords de Sun Structures que l’ami Christopher diffusait non-stop, clamant que c’était l’album de l’année. Les accords aigrelets des guitares et synthés vintages s’échappaient des enceintes de la maison et se répandaient telle les effluves d’une pissaladière ou d’une bouillabaisse jusque dans les oreilles des voisins, recouvrant le chant des cigales. Une chose est certaine, après ce séjour dans le midi, les mélodies du groupe de Kettering mené par James Bagshaw ne m’ont plus quitté. En 2017, c’est au tour de mon fils de dix ans de succomber aux charmes des mélodies envoûtantes du superbe Volcano. Il y a quelques jours, ma douce m’a promis une surprise pour mon anniversaire. De mon côté, je jubilais à l’idée d’offrir Hot Motion à ma progéniture qui le méritait amplement, déjà enthousiaste à l’idée du concert du 20 novembre au Trabendo (sold out). La tête du disquaire lorsque ma femme, allant chercher nos deux commandes, s’est rendu compte qu’elle me faisait le même cadeau! Une histoire de famille et d’amitié en somme.

Formé en 2012, l’ascension et la reconnaissance de Temples fut fulgurante. Les deux premiers albums ont été encensés par la critique et les musiciens ont enchainé concerts et festivals. En 2018, le batteur Samuel Toms quitte le groupe, ou le groupe lui demande de partir, pour rejoindre Fat White Family. C’est donc un trio et non un quatuor qui figure sur fond de peinture murale sur la pochette de Hot Motion.

L’album fourmille de références 60’s/70’s pas si cachées que cela. Certes, la couleur psychédélique raffinée qui fait la marque de fabrique de leur pop est une fois encore une des caractéristiques de l’album. L’ombre des Jefferson Airplane/Starship et autres Buffalo Springfield est toujours fortement marquée sur la musique du désormais trio. Mais ici, c’est peut-être l’influence de Marc Bolan (Step Down pourrait figurer sur un album du T-Rex) qui se fait encore plus prégnante que sur les précédents albums. Le poids de ces héritages est à la fois l’un des atouts et l’un des défauts de la musique de Temples. Car retrouver ces sonorités, ces mélodies finement ciselées comme savaient en produire les Beatles, les Byrds ou autres Kinks, est peut-être une agréable madeleine de Proust, mais constitue aussi la limite de l’exercice et de l’identité du groupe. Aussi, ce troisième album n’est-il que la continuité des deux précédents. Reste que l’écoute de ces titres à l’écriture impeccable est toujours une joie pour les oreilles. D’ailleurs, leur son scintillant et jubilatoire est un excellent pansement aux déprimes automnales.

Premier single et titre de l’album

Pourtant, comme l’assurait (relire l’article de Ziggy ici) Thomas Walmsley, l’album se veut plus sombre que les deux précédents. Si les mélopées et ritournelles faciles à fredonner sont toujours là (Context, Hot Motion), force est d’admettre que la production a ce quelque chose de moins enlevé et plus oppressant que Sun Structure ou Volcano. La compression omniprésente sur la voix ou la batterie donne parfois une sensation d’étouffement (de brouillard?), comme si le groupe était enfermé dans une boite qui laisserait de temps en temps passer quelques fréquences scintillantes, pour aussitôt se refermer. Revenant à un usage plus large de la guitare et délaissant (un peu) les synthés 70’s/80’s, les compositions n’ont plus cette légèreté qui caractérisait le premier album, ni cette insouciance que l’on pouvait ressentir à l’écoute de Volcano. Un essoufflement passager ou une remise en question? Cette impression se fait particulièrement forte sur Not Quite The Same ou You’re either On Something qui fait penser à un (bon) Beatles fatigué. Les textes se font aussi plus sombres, moins légers et reflètent certainement un état d’esprit quelque peu désabusé, évoquant des moments de tension psychique, pulsion d’autodestruction (Hot Motion) peut-être le reflet des désillusions du star system… une volonté d’autodérision (The Howl). Et malgré ce passage du “côté obscur”, cette noirceur plus mise en avant dans la composition, les onze titres reflètent bien l’immense et intarissable talent d’écriture des trois musiciens qui cosignent, soit à tour de rôle, soit ensemble, les morceaux de l’album.

The words on [album closer] ‘Monuments’ are a little cryptic. It’s very much about the time we live in. I wouldn’t say it’s a political song but you can’t help but write about the things that are happening

Les textes de Monuments, qui clôture l’album, sont un peu abscons. Ils traitent pas mal des temps que nous vivons. Je ne dirais pas que c’est une chanson politique, mais tu ne peux pas t’empêcher d’écrire sur ce qui se passe autour de toi.

James Bagshaw
Deuxième single, le son se fait moins scintillant, le tempo moins enlevé et le ton plus nostalgique

La production et l’enregistrement assurés par le chanteur, dans sa maison en Angleterre, offrent une palette de textures qui se superposent et viennent parfois se mêler dans un même morceau, alternant passages noyés dans l’écho et la reverb, créant le fameux brouillard psyché évoqué plus haut, et des instants musicaux plus brillants. Les instruments aux sonorités riches développent un son ample qui vient appuyer le chant toujours aussi haut placé de Bagshaw. Ce sont finalement des petits riens qui montrent la progression du combo, le changement de ton, les thématiques moins légères, qui sont peut-être les marques d’une certaine maturité et de l’accumulation de l’expérience dans le show-business.

We’ve gone from bedroom to living room to a dedicated space. We could all set up in the same room and allow things to play out a lot more like a band. That played a huge part in the sound of the record.

Nous sommes passés de la chambre au salon à des endroits particuliers. Nous pouvions nous installer dans la même pièce et laisser libre court à la musique, être un groupe. Cela a joué un grand rôle dans le son du disque.

Thomas Walmsley
Context, titre où groupe reconnait avoir utilisé la même technique d’enregistrement que les Beatles pour le solo de guitare : enregistrer à un tempo réduit, puis accélérer au mixage

Le troisième album est un moment critique pour un groupe. Surtout à une époque où ceux-ci sont aussitôt oubliés et remplacés par la nouvelle coqueluche du moment. Hot Motion apparait donc comme un exercice d’équilibriste, phase où le groupe continue son ascension, touche un public plus large et va de l’avant, ou instant de basculement vers le délitement dont le départ du batteur serait un signe précurseur et la tonalité plus sombre, celle d’une fatigue passagère. D’ailleurs, parcourir les différentes chroniques de l’album parues dans la presse ou sur le net est très révélateur. Un exercice amusant qui montre le clivage entre ceux qui voient en cet opus un bijou pop/psyché qui va propulser ses auteurs dans des sphères stratosphériques, et ceux que le style trop limité du groupe lasse et qui ne voient dans l’album qu’une énième redite peu inspirée des deux précédents. En tout cas, Hot Motion fait couler de l’encre, fait briller des pages de texte en html, divise et clive les chroniqueurs, ne laissant personne indifférent. Et c’est à mon avis là le signe d’un album réussi.

Hot Motion, Temples, 2019
Hot Motion est sorti chez ATO/PIAS le 27 septembre

Liens :

http://www.templestheband.com/

http://atorecords.com/featured/temples-return-with-new-album-hot-motion-north-american-tour/

Mr Moonlight

Entremetteur! Non, pas celui qui concocte des entremets, mais bien un passeur. C'est cela Mr Moonlight, un amoureux de la musique sous toutes ses formes : du métal le plus extrême à l'électronica la plus douce. Pour vous servir
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Un commentaire

  1. Oui..un bel album, Mr moonlight…..dans le prolongement tout de même de Volcano…mais dont on ne va pas se plaindre! On pourrait d’ailleurs aussi les voir à Levitation…Fat White Family avec Samuel Toms viennent bien de s’y produire!

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