Philémone interview

Rencontre avec Philémone

FatherubuPosté par

Fin juin, nous avions rendez vous à Trempolino à Nantes avec Philémone!  La sortie du titre Rien (Tout ira bien) en single était l’occasion idéale pour faire connaissance et revenir sur son parcours! De surcroit, les choses semblent s’accélérer pour Philémone, en témoignent les nombreuses premières parties qu’elle assure cette année sans compter ses dates chez nos amis québécois. Après deux EP, et sans doute un troisième à l’automne, le premier album ne semble pas très loin!

Se sont d’abord ses textes qui nous ont interpellés. Drôles et corrosifs à la fois, ils sont le reflet des questionnements d’une génération qui a du mal à trouver sa place et du sens dans le monde d’aujourd’hui. Génération perdue? Assurément non, la musique et les textes de Philémone sont pleins de vie, avec ses bons et ses mauvais côtés, et leur écoute vous donnera forcément envie de bouger vos petites fesses.

Il était une fois dans la campagne Tours…

Weirdsound : A l’origine tu es de Tours ?

Philémone : Oui ! Je suis née là-bas !

WS : Donc tu connais Aucard, Le Temps Machine… On a un élément important de l’équipe qui habite vers Tours…

P : Oui bien sûr je connais, et j’ai vu passer vos articles sur Aucard

WS : Cela fera plaisir à Mr Moonlight de savoir que ses articles sont lus (rires)

P : Il y a Radio Béton aussi…

WS : Notre homme a ses entrées là-bas aussi ! Bref, tu as eu une jeunesse heureuse ?

P : En fait, j’étais dans la campagne de Tours, et j’y suis allée pour commencer mes études, c’est une ville sympa… Puis je suis partie ! (rires)

WS : Qu’est ce qui t’as poussée vers la musique? Une rencontre ? Un événement ?

P : C’est marrant que tu me demandes ça, je me suis posée la question il y a quelques temps… Je me souviens de moi enfant, je faisais de la musique dans une asso de mon village…

WS : Tu as commencé par le piano je crois ?

P : D’abord la flûte à bec !

WS : Personne n’est parfait ! (rires) Tu veux que je laisse ça dans l’interview ? (rires)

P : Oui tu peux, on va dire que c’était une période de ma vie un peu chelou (rires)

WS : Ça reviendra peut être à la mode ceci dit !

P : Plaisante pas avec ça ! On pensait sérieusement à la ramener sur scène (rires)

WS : Redevenons sérieux ! C’est donc la flûte à bec ta motivation première ? (rires)

P : Je ne sais pas, mais déjà petite je voulais chanter, faire de la musique…

WS : Dans ta famille il y a des musiciens ?

P : Oui, mes deux frères font de la musique !

WS : Ah OK, vous êtes une famille de zicos en fait…

P : Mes parents non, ils étaient justes contents de nous inscrire, de venir nous voir…

WS : Oui alors le coup des parents contents de venir, bon…(rires)

P : C’est clair, quand tu penses qu’ils se sont farcis tout ça…

WS : C’est là que tu comprends que tes parents t’aimaient bien ! (rires)

P : 1H30 de spectacle musical de maternelles c’est violent (rires).

L’Education Nationale, Nantes… et l’envie d’être soi!

WS : Tu as fait tes études en vue d’être enseignante il me semble ?

P : Oui, quand je suis arrivée sur Nantes, j’ai repris mes études, j’ai eu le concours en question et mon Master. Puis j’ai enseigné pendant deux ans et demi, j’ai arrêté en avril dernier.

WS : Tu enseignais à quelles classes ?

P : C’était le concours de prof des écoles, donc le primaire, et sur ma longue carrière (rires), j’ai fait CP, CE1, CE2, des collégiens en situation de handicap, des remplacements…

WS : C’est un métier dont tu garderas quels souvenirs ?

P : J’en ai des très bons comme des très mauvais…

WS : Tu as visiblement une nature de créative, parfois l’éducation nationale c’est un peu…contraignant ?

P : C’est paradoxal, quand tu es en charge d’une classe tu as une grande liberté au quotidien tant que tu respectes les programmes, mais tu as tellement de choses à faire que tu n’as pas vraiment le temps d’expérimenter… Tu finis par prendre des séquences toutes faites sur internet.

Quand j’étais étudiante, j’étais un peu utopiste, je pensais pouvoir révolutionner le système de l’enseignement (rires) et finalement je me suis retrouvée à faire pas mal de choses que je m’étais jurée de ne pas faire ! L’entrée dans le métier est super violente, tes priorités changent…

WS : en termes d’établissements tu as connu quoi ?

P : la première année, j’étais à Saint Marc Sur Mer auprès de Saint Nazaire, j’avais une super classe, limite la classe modèle ! L’année suivante j’étais sur Nantes  dans un contexte très différent, je me suis prise la misère sociale en frontal par le biais d’enfants de sept ans… C’était assez trash !

WS : finalement quel bilan tires-tu de tout ça ?

P : J’en rêve encore beaucoup (rires) ! Le rapport avec les enfants va vraiment me manquer, j’adorais ça et je me suis vraiment éclatée, mais à côté de ça j’étais déjà tiraillée entre l’enseignement et mes envies artistiques. En tout cas, je n’ai aucun regret, je suis contente d’avoir eu cette expérience !

WS : Cette expérience de vie sera peut-être une source d’inspiration pour toi ?

P : Oui c’est possible! Déjà dans ma chanson Rien que j’ai écrite le premier jour où je me suis retrouvée en arrêt maladie, il y a cette phrase, « j’ai un métier qui fait perdre foi en l’humain ».  C’est justement lié à un désaccord avec ma hiérarchie où je me disais que l’intérêt de l’enfant n’existait plus…

WS : C’est marrant, j’ai l’impression qu’en ce moment on croise pas mal de monde pour qui le travail n’a plus vraiment de sens ou de finalité…

P : C’est un peu le mal du siècle ! J’ai beaucoup de gens dans mon entourage qui changent complètement de profession…

WS : Tu as raison, pour notre génération c’est vraiment un phénomène très présent ! Tu t’es retrouvée à Nantes pour le boulot, tu connaissais déjà ?

P : Oui vers 19/20 ans j’étais venue pour voir une amie qui avait emménagé ici, et la ville m’avait beaucoup plu… Du coup quand je me suis séparée de mon mec à Saint Nazaire (cf la chanson), j’en ai profité pour venir ici.

WS : Nantes tu es plutôt bien tombée, niveau vie culturelle et musicale, c’est pas mal…

P : Complètement ! Je suis hyper contente de ce qui se passe ici depuis un an !

WS : C’est clair que tu n’as pas chômé…

P : Ça dépend beaucoup des gens que tu rencontres sur ta route, j’ai eu la chance de passer par Trempolino, et il s’est passé plein de choses !

Pour en revenir à ta question, c’est finalement il y a un an que je me suis vraiment décidée à me consacrer à 100% à la musique. On parlait de ma vie de prof avant, bon bah j’ai essayé ! Tu sais, le plan où tu dois penser au boulot, à l’achat de ton appart…

WS : Le schéma classique quoi…

P : Oui je n’ai pas de regret avec ça, j’ai réalisé que ce n’était pas le genre de vie que je voulais et je me suis lancée dans ce que je voulais vraiment faire ! Après on verra bien où ça me mène.

Philémone : inspirations et aspirations!

WS : L’ambiance est détendue, je vais donc la plomber, pardonne-moi… Quels artistes ou groupes aimes-tu ? Ah te marres pas hein ?(rires) Il y a plein de personnes qui sont incapables d’y répondre !

P : Ah mais c’est ultra balaise comme question ! Alors là maintenant j’écoute le dernier album de Gorillaz qui est vraiment cool, aussi j’ai découvert Muddy Monk… En français j’aime bien aussi la scène émergente, Cléa Vincent, Voyou, Flavien Berger

WS : Te concernant, tu chantes plutôt en français ? Jamais tentée par l’anglais ?

P : Petite et ado j’écoutais pas mal de chanson française, je pense que ça m’a marquée ! Par exemple, les premiers albums de Matthieu Chedid, les paroles me touchaient beaucoup et je me suis dit que j’aimerais bien réussir à faire la même chose ! Je suis super contente quand les gens me parlent d’une de mes chansons et me disent que le texte les a touchés. Le job est accompli, c’est top !

WS : Et par rapport à la nouvelle scène française, même si je n’aime pas beaucoup le terme…

P : Oui ça ne rime pas à grand-chose, Jackie Quartz sortirait aujourd’hui, ça serait quoi ? De la New Wave Pop ou je ne sais pas quoi (rires)

WS : Bonne référence ! (rires)

P : J’ai Nostalgie enregistrée dans mes stations de radio dans la voiture (rires)

 

WS : Il n’y a pas de honte à avoir, on a tous Nostalgie dans la bagnole (rires) ! Donc quand tu vois cette scène où l’on peut trouver des artistes aussi différents que Bagarre, Voyou, Jeanne Added, Therapie Taxi ou bien encore Flavien Berger, avec une musique s’apparentant à de l’electro-pop, tu te sens proche de ça ?

P : Ah bah certainement plus que sur une scène chanson française ! Ça tient aussi à mon tempérament, dans les choix que je fais, les arrangements, les textures de synthé… Je vais pas mal sur le terrain de l’électro. Cette nouvelle scène me parle donc beaucoup, mais en même temps c’est parfois compliqué de s’en distinguer…

WS : Tu te retrouves estampillée « nouvelle scène » dès que tu chantes en français et qu’il y a trois notes d’électro quoi…

P : il y a de ça, tu fais du synthé, tu portes un survêt rouge…(rires) et ça y est tu deviens la nouvelle Angèle (rires)

WS : Attends, mets-toi de profil…mais si ! (rires)

P : S’il te plait ne parle pas d’Angèle dans ton article ! (rires)

WS : Hey, je suis quelqu’un d’intègre, je fais du journalisme d’investigation ! C’est trop tard c’est enregistré (rires) donc tu disais ?

P : Non mais j’aime beaucoup ce qu’elle fait, juste il y a des personnes qui font parfois des parallèles entre sa musique et ce que je fais… Là on parle quand même d’une nana ultra canon de 23 ans, moi j’ai 30 ans et je pense qu’on a pas du tout la même approche !

WS : Elle assure grave sur scène ! Mais c’est un peu éloigné de ce que tu fais, peut-être le contenu de tes textes ? Le féminisme assumé ?

P : Ah ça dès que tu es une nana toute seule sur scène et que tu portes un message féministe, hop on nous met toutes dans le même sac !

WS : Oui c’est peut-être un peu réducteur… Pour en venir à tes chansons, tu les écris seule ? Tu as des personnes avec qui tu les construit petit à petit ?

P : Vraiment toute seule, c’est un processus intime, il me faut longtemps avant de faire écouter les premières maquettes. Je vais aller vers les personnes avec qui je collabore régulièrement et puis mon grand frère ! Je sais que je vais avoir un avis honnête.

WS : Tu parles dans tes textes de sujets super personnels, on ressent ton vécu derrière… Tu te donnes une liberté totale ou ça t’arrive de te brider ?

P : Liberté totale ! Il y a des choses que je romance ou que j’exagère mais en tout c’est un espace où je me permets tout, où je vais oser dire des choses que je ne pourrais pas exprimer au quotidien. L’écriture m’a permis d’assumer ce que je pensais, de me lâcher !

WS : Finalement, c’est un peu égoïste, tu fais des chansons pour toi en fait ! (rires)

P : Oui carrément (rires) et puis si ça fait écho chez des gens tant mieux !

WS : Concernant le morceau Rien, tout va bien, ce que tu dépeins c’est un mal être générationnel en quelque sorte…

P : Je travaillais dans l’établissement scolaire sur Nantes dont je parlais tout à l’heure, Je l’ai écrite à un moment super joyeux genre novembre ou décembre, j’étais en arrêt maladie…

WS : une période géniale quoi !

P : Oui ! (rires), j’ai fait plein de jobs étudiants où je n’ai jamais eu un jour d’arrêt, et là un matin, je ne pouvais pas me lever, je me suis fait une espèce de crise d’angoisse, j’ai terminé chez le médecin. Ça a été une prise de conscience, j’en pouvais plus ! Au même moment, mon coloc de l’époque travaillait dans le marketing et il se posait pleins de questions, d’ailleurs aujourd’hui il a complètement changé de métier… Le texte de la chanson est venu facilement, ça fait fille qui se la pète mais je te jure qu’en une demi-heure je la tenais. (rires)

WS : Il y a une exigence à être compétent et utile pour la société…

P : Oui c’est ça, tu te fous la pression. T’imagines pas le nombre de potes que j’ai qui se sont retrouvés à faire des bilans de compétences ! Finalement on passe à côté de nos meilleures années, tout ça pour un boulot qui te rend malade.

Et puis la scène bien entendu…

WS : Parlons de la scène, tu disais que tu t’es un peu cherchée, tu appréhendes comment la scène ? C’est un plaisir ? Un défi ? (rires)

P : Ce n’est jamais facile, même si je suis de plus en plus à l’aise ! Par contre c’est vraiment un plaisir ! J’ai joué un peu sur Tours avec un batteur et un bassiste, je me cachais un peu derrière cette formation, les gens me disait : “c’est chelou, ça s’appelle Philémone, c’est toi ? Ou c’est vous trois ?” Alors quand je suis arrivée sur Nantes et que j’ai relancé le truc, je suis partie toute seule en me disant que cette fois ci j’allais assumer jusqu’au bout ! Les premiers concerts ont été un peu douloureux…

WS : Ah ? Quelques mauvais souvenirs ? (rires)

P : Des petits moments de solitude où tu n’as pas encore aménagé ton live avec un morceau qui dure un peu trop longtemps… Et puis je regarde les gens dans le public et je me disais “le mec là-bas il ne sourit pas…il doit se faire chier, l’autre qui parle il doit dire que je danse trop mal… ” (rires)

WS : Aha, j’imagine la scène !

P : Du coup j’ai bossé avec une metteuse en scène, ça m’a fait énormément de bien ! J’ai aussi la chance de faire pas mal de premières parties, notamment au Stereolux, la salle est pleine c’est que du bonheur.

WS : Tu as fait du théâtre aussi je crois ? Ça t’aide maintenant que tu es compositrice et que tu fais du live ?

P : Au niveau de l’écriture oui c’est certain, sur le fait d’oser aller sur scène sans doute aussi !

WS : Sur scène tu as quoi comme matos ?

P : Là j’ai un clavier MIDI mais je vais passer sur de l’analogique ! J’ai un PAD pour faire les rythmes et un theremine, et on  va faire des petites expériences pour transformer le son, mais je n’en dirai pas plus ! (rires) Et puis bien sur quelques contrôleurs au niveau électro !

WS : Tu as appris en autodidacte le fonctionnement de tout ça ?

P : Ah oui complètement ! Je suis musicienne dans l’âme, je n’avais pas envie d’avoir des bandes sonores qui tournent derrière moi et juste chanter…

WS : Et alors? ton actualité dans les mois qui viennent ?

P : Un album j’espère ! J’ai signé avec A Gauche de la Lune récemment, on va sortir un single à l’automne, avant de partir sur un EP, c’est un format qui me convient bien. Je pense aujourd’hui savoir exactement ce que je veux pour l’identité du projet.  Je vais aussi faire des dates au Québec au mois d’aout, c’est génial ! Et en rentrant des premières parties pour des artistes français !

WS : Et puis un label peut être ?

P : Oui ça serait bien, il faut que je m’active un peu sur le sujet, il y en a plein qui donnent envie, mais après je souhaite garder une échelle humaine et je souhaite conserver ma liberté de créer. C’est vraiment une histoire de compromis à trouver ! Ça va faire cinq ans que je développe ce projet-là, je pense savoir ce que je veux et ce que je ne veux pas !

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