Fat White Family revient avec Serfs Up! Un troisième album flamboyant et imprévisible!

FatherubuPosté par

Le troisième album des anglais de Fat White Family arrive enfin dans les bacs le 19 avril prochain! Notre lectorat le plus assidu connait mon attachement à ce groupe, que je qualifierai comme étant l’un des plus géniaux de cette décennie, ni plus ni moins. Souvent copiés, jamais égalés, les sympathiques voyous issus des bas fonds de Londres ont fait du chemin. Deux premiers albums, salués par la critique, des concerts d’anthologie et bien sur des excès en tout genre.

Entrainant derrière eux toute une clique de jeunes formations, Shame, Cabbage, Insecure Men (où l’on retrouve Saul Adamczewski, guitariste de FWF), Goatgirl, Dream Wife, Idles (avec ces derniers, ils ne sont pas en très bons termes…), la famille la plus déglinguée du Royaume-Uni a contribué à revitaliser une scène punk rock, dont je n’attendais plus grand chose.

champagne holocaust
l’album champagne holocaust (2013)

Ma famille adorée version destroy

Ma rencontre impromptue avec Fat White Family a eu lieu il y a maintenant quelques années, quand je suis tombé par hasard sur la pochette de Champagne Holocaust. Bon, faut dire que le dessin interpelle! Comment ça une biroute? Non c’est…oui bon, c’est peut être une biroute, OK. On y rajoute la bouteille de champagne et les instruments iconiques du pouvoir soviétique : j’ai acheté le CD direct sans même réfléchir. Je suis une cible facile pour les artworks cradingues.

Touch The Leather (2013 – paru en 45T), un bon exemple des débuts de Fat White Family : un air de Velvet Underground déglingué qui rencontre un Serge Gainsbourg des temps modernes et bien sûr des scrotum qui se baladent à l’écran.

Que dire sur cet album? J’ai pris une bonne paire de claques! Décadent, brutal, nihiliste, imaginé par des pyromanes musicaux qui crament tout sur leur passage. Une œuvre pour sociopathes qui attendent la fin du monde alors? Non. Assurément il y a de la poésie là dedans. En conteurs de notre époque, la famille nous renvoie, et sublime, ce qu’il y a de pire dans l’espèce humaine.

Un peu plus tard, ce live (dans sa version intégrale ci dessus) a fini de me convaincre. Ne vous arrêtez pas au slip de Lias, chez Fat White Family, plus que la provoc, il y a les paroles. Fellation en voiture, pédophilie, maladie mentale, défonce…tous les travers et autres déviances de notre monde y passent. On retrouve l’énergie primaire des Stooges et de Iggy, et des paroles caustiques qu’un Lou Reed ne renierait pas. Les deux frères Saoudi (Lias et Nathan, fondateurs du groupe avec Saul Adamczewski) citent souvent comme influence majeure Mark E.Smith, leader charismatique de The Fall, et on aura bien du mal à les contredire à l’écoute de leur musique.

Champagne Holocaust a été un album salvateur pour moi, et pour beaucoup d’autres!  Histoire amusante, en 2014 le groupe devait faire les premières parties de Franz Ferdinand, mais la collaboration s’arrête rapidement…le staff et les membres de Franz Ferdinand ayant de grandes difficultés à canaliser les frangins Saoudi et leur troupe!

Qu’est ce que vous faites pour la fête des mères?

A peine remis de mes émotions, voici qu’un second album se présente, Songs for our Mothers. Titre corrosif qaund on connait l’histoire personnelle des membres de FWF. Le disque a été produit en partie par Sean Lennon à New York, dans des conditions assez éprouvantes, le groupe ayant beaucoup de mal à se faire au Nouveau Monde. Certains rajouteront que les membres de FWF ont passé leur temps à draguer lourdement la conjointe du fiston de Lennon, ce qui a fini par l’énerver un tantinet!

Songs for our mothers
l’album Songs for our mothers (2016)

Ce second opus confirme, selon moi, le talent du groupe. Porté par des airs aux tendances psychédéliques, et beaucoup plus mélodique que le premier, il étonne par l’ambiance générale qui s’en dégage. Profondément nihiliste et désabusé, ce disque est une déclaration de guerre, faite au monde moderne, par des mecs qui s’avouent déjà vaincus.

Il y a une réelle évolution musicale entre ces deux premiers albums, ce qui le rend plus accessible au commun des mortels. Bien entendu, la provocation est toujours dans l’ADN même du groupe :  certains titres font directement référence aux régimes fascistes italiens (Duce) et allemands (lebensraum / Goodbye Goebbels), ce qui n’a pas manqué de leur attirer les foudres de certains, tout en leur offrant un bon coup de pub…

Le clip de Whitest Boy On The Beach, premier morceau de l’album, on notera les crânes rasés et les tenues militaires : tout pour plaire aux obsédés de la bienséance!

Il y a de véritables pépites sur ce disque : l’incontournable Whitest Boy On The Beach (ci dessus), et mon titre préféré Love Is The Crack. Là où un groupe comme Sleaford Mods évoque sans détour les questions sociales ou politiques, en se prenant très au sérieux, Fat White Family joue les clowns désabusés et nihilistes. Les outrances diverses dissimulent souvent un véritable appel à tout bruler (nous y compris), pour qui sait l’entendre.

Fat White Family en 2015
Fat White Family en 2015

Côté scène par contre, c’est la catastrophe Biblique, les gus sont ingérables. La tournée mondiale qui suivra la parution de Songs For Our Mothers laissera le groupe épuisé et au bord de l’explosion, beaucoup s’attendront alors à la fin de la formation. Minés par des problèmes d’addiction et des abus en tout genres, ils sont physiquement et mentalement complètement HS. Saul finira par décider de quitter provisoirement le groupe. Côté label, ce n’est guère mieux, PIAS hésitant à proposer un contrat pour un troisième album. Lors que Lias Saoudi revient sur cette période, il se montre extrêmement lucide :

On réagissait à la vie de les pires des manières : les problèmes de drogues étaient endémiques, on ne parlait plus à personne, il y avait les problèmes de santé, la violence entre nous…

Après la tournée, les membres du groupe s’éparpillent : Nathan part au Mexique pour se débarrasser d’une amie gênante : l’héroïne. Lias prend l’avion pour le continent asiatique afin de se ressourcer, et Saul pose ses valises à New York.

Fat White Family sur scène en 2016 - crédit photo Z.Thomas
Fat White Family sur scène en 2016 – crédit photo Z.Thomas

Lias, son frère Nathan et Saul, finissent par se réunir autour du projet de groupe de ce dernier, Insecure Men. Collaborant tous les trois, ils découvrent une méthode de travail aux antipodes des mauvaises habitudes et excès de Fat White Family. L’enregistrement se passe très bien et nos trois compères se quittent bons amis, avec de nouvelles idées en tête…

En 2017, Lias Saoudi et Saul Adamczewski ont aussi participé à la mise sur pied du génial projet The Moonlandingz, pour lequel je vous invite à relire notre interview, et pourquoi pas, soyons fous, notre chronique.

Serfs Up!  Ne vous fiez pas aux apparences, l’album est mordant!

serf up! pochette
La pochette de Serf Up! (2019)

Courant 2018, le groupe se réunit et rentre aux studio Champzone (dans les mêmes locaux que Shame, autre groupe que nous aimons bien chez weirdsound), à Sheffield. Au passage, ils ont aussi changé de label, Serfs Up! étant diffusé par Domino Record. Les compositions sont imaginées par Lias et Nathan avec le concours de Adam Harmer (guitariste de FWF) et de Alex White (qui officie au saxophone). Saul Adamczewski ne les a rejoints que quelques mois plus tard, ainsi que leur batteur Severin Black. Le fait de se couper de leur base habituelle du nord de Londres, a visiblement fait du bien à la joyeuse bande, comme l’explique Lias pour The Quietus:

Lias et Nathan se sont particulièrement investis sur ces premières sessions, créant une bibliothèque importante de sonorités et paroles pour Serfs Up!. Mais comme toujours c’est Saul qui jouera le rôle de contrôleur qualité, modifiant et rajoutant ses propres idées au projet, ce qui aura le don d’énerver Nathan! Lias, pour sa part, reconnait le travail accompli :

La cohérence musicale de cet album est liée au travail de Saul. Quand il est arrivé, ses idées étaient super bonnes et elles se mariaient bien avec ce que nous avions déjà préparé. Sa contribution a été essentielle!

Finalement, malgré quelques discussions vigoureuses entre Nathan et Saul, l’album finira par avoir dix titres, chacun revendiquant un tiers de l’album!

Ils seront malheureusement frappés par une terrible nouvelle fin septembre 2018, la mort de Dale Barclay, guitariste occasionnel du groupe sur scène. Dale n’avait que 32 ans, outre ses apparitions avec FWF, il était aussi le leader et frontman de The Amazing Sneakheads.

Ce nouvel album se nomme donc Serfs Up! , faut il y voir un clin d’œil aux Beach Boys et à leur album Surf’s up! ? Possible. Ce ne serait pas la première fois que FWF détourne le nom ou l’image d’un autre groupe!

Le morceau Feet ouvre l’album, son clip a été dévoilé en début d’année et a suscité des commentaires totalement contradictoires. Génial d’un côté, pure trahison de l’autre…ce n’est pas du rock ma pauvre dame! Où sont les sales garçons outranciers que l’on connaissait? De la pop? De l’électro? DU DISCO??? Mais de qui se moque-t -on ? se demandera l’éternel bas du front, qui pensait naïvement recevoir une copie conforme des deux précédents albums. Le bas du front nommé ci dessus a aussi du tomber de sa chaise en découvrant l’esthétique du clip, un mélodrame TRES sexuel et TRES homo.

Personnellement j’ai trouvé ce titre vraiment accrocheur, avec son refrain Feet, don’t fail me now, qui reste en tête. Le constat de la chanson est loin d’être joyeux, ça a un petit côté crépusculaire ou  extinction des dinosaures. Feet est un morceau imparable que je me plais à écouter tous les jours en ce moment. Pour l’anecdote, c’est Nathan qui est à l’origine du titre, mais la version album a été lourdement modifiée par Saul, bilan des courses? Nathan a un « réel problème » avec cette chanson : égo quand tu nous tiens…

Fat White Family - credit photo Sarah Piantadosi
Fat White Family version 2019 – credit photo Sarah Piantadosi

I Believe In Something Better : rien que le titre pourrait passer pour une blague quand on pense à la Fat White Family. Des orgues et une rythmique proche de la dub s’invitent sur cette chanson qui se termine par une partie instrumentale assez planante. Le troisième morceau de Serfs Up! se nomme Vagina Dentata. Après quelques secondes d’écoute, j’ai imaginé des scènes de sexe sales, vraiment sales. C’est décadent à souhait et le saxophone n’arrange rien à l’affaire.

Kim’s Sunset est super drôle, elle fait référence au médiatique dictateur nord coréen, et s’autorise une allégorie, assez logique quand on y pense, entre les fusées et un phallus. Si Fat White Family s’occupait des JT de 20H, je les regarderais plus souvent! Oh Sebastian! est quant  à lui une bonne blague,  menée sur un ton très romantique, à destination de Alex Sebley,  un bon copain de Lias Saoudi, les deux se retrouvant au sein du groupe Pregoblin.

Front Runner méritera aussi votre intérêt! Ce titre parle d’une escapade à New York pour y trouver de la came…vous voilà prévenus! Globalement cet album a une réelle colonne vertébrale qui rend son audition agréable, bien plus que les deux précédents opus, c’est sans doute aussi lié à un chant mieux maitrisé.

Le second clip mis en ligne avant la sortie de l’album est celui de Tastes Good With The Money, un superbe hommage aux Monty Python, où nous avons aussi le plaisir d’entendre Baxter Dury! La chanson est un petit bijou caustique comme on les aime.

Ce troisième album de Fat White Family est assurément un des meilleurs que j’ai entendus depuis le début de 2019. Et sans doute le meilleur du groupe! Lias Saoudi et sa bande arrivent là où on ne les attend pas, ça va en perturber plus d’un. Plutôt que de devenir une caricature du groupe de punk rock, ils ont pris de gros risques, quitte à déplaire. Déplaire? Les garçons s’en foutent assurément, et ça c’est vraiment l’esprit punk! Faisant preuve d’une rare intégrité et liberté artistique, les voilà rendus à nous faire de la pop avec des relents disco sur certains morceaux…

Pourtant, une fois la surprise passée, on se rend compte que nos lascars ont toujours le feu sacré! Les thèmes régaliens de la family sont présents, avec un joli parallélisme entre notre société et la société médiévale (d’où la pochette très pastorale…). Les paroles sont putassières à souhait, ça déglingue à tout va : désabusés, désenchantés, sardoniques… mais c’est diablement bon. Serfs! Révoltez vous!

J’ai envie de laisser le mot de la fin à Lias, quand on lui demande de quoi sera fait le futur :

Faire ce troisième album et partir en tournée, c’est déjà génial. J’espère que ça va nous permettre de travailler sur d’autres projets, musicaux ou pas! On ne fait pas ça pour être aimés ou pour être riches tu sais. L’idée c’est d’éviter de faire de la merde, et de continuer d’explorer toutes les formes que l’art peut prendre tout en rencontrant des personnes dignes d’intérêt!

Serfs Up! sortira le 19 avril prochain chez Domino, et Fat White Family a d’ores et déjà annoncé des dates un peu partout en France, si vous ne les avez jamais vus sur scène, c’est quelque chose à ne pas manquer. Sinon votre vie est loupée, ni plus ni moins.

31.05.19 – La Laiterie – Strasbourg
12.06.19 – Botanique Rotonde – Bruxelles
13.06.19 – Elysée Montmartre – Paris
14.06.19 – La Magnifique Society – Reims
28.07.19 – Les Nuits Secrètes – Aulnoye-Aymeries

LIENS ET SOURCES :

https://www.facebook.com/FatWhiteFamily/

https://www.dominomusic.com/artists/fat-white-family

Fatherubu

Co fondateur du site, il est doté d'une culture musicale allant de Carlos à Black Sabbath,en passant par Laurent Garnier et les Stooges.

Il fait son possible pour écrire des articles dans un français correct, tout en se prenant pour un grand photographe en devenir!
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