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Miossec : Je suis devenu ce que font les années…

Miossec a choisi d’intituler son onzième album studio « Les Rescapés ». Parce que ce mot, pris dans les vents contraires, évoque à la fois la tristesse et l’optimisme. Parce que quiconque est arrivé jusque là, malgré les blessures, les obstacles, les pertes, les tourments et les désillusions, est l’un d’eux. Retour avec lui sur 25 ans de chansons, son dernier album, et son plaisir de la scène avec sincérité et beaucoup d’humour. Entretien.

« Je suis passé du « Je » à quelque chose de plus large. » Un signe de sagesse ? Non, Miossec reste Miossec. Phare de la « nouvelle scène musicale française » depuis plus de 25 ans, le Brestois nous livre un album sublime à à la tonalité douce-amer. Sur l’album « Baisier » en 1997, il chantait « La Fidélité » aujourd’hui il signe un titre comme « Les infidèles ». Plus de première personne comme à l’époque (Mais si un beau jour je m’achève,— Dans l’infidélité — Penses-tu que l’on se relève — De tous ces corps si étrangers — Ou que l’on en crève — Ça me ferait tellement marrer) mais le même constat désabusé (Les infidèles se reconnaissent entre eux — C’est une question de braise, c’est une question de feu — Les infidèles quand ils ne le sont plusDeviennent-ils fidèles car ils en ont?).

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WEIRDSOUND • Miossec 2019

Désabusé ?  Non : « On pourra dire que « Les Infidèles » aurait pu être écrit il y a 20 ans, mais aujourd’hui, j’aurais pas pu écrire « la Fidélité » (rires) ! Avec « Les infidèles », c’était drôle de la faire écouter en studio et de voir la tête des gens. Le rapport qu’ils ont avec ce sujet. C’est assez étonnant. » raconte Miossec, avec sa voix si particulière, l’œil amusé et observateur.

Miossec observe ses contemporains et s’en amuse. Il se caricature et attend la réaction comme dans « Je suis devenu », seule chanson à la première personne de l’album : « Je me suis fait tout seul et je me suis raté — J’ai dû trop souvent être seul où je n’ai pas été assez bien conseillé ». Qu’en penser au regard de sa vie, de sa carrière, de ses coups de gueules ? Mise en abime ? Epitaphe ? Miossec nous livre la réponse :

« Normalement, il y avait une suite à ces deux vers : « J’avais pas demandé un épagneul, j’avais demandé un lévrier » (rires). Mais là, ça poussait trop dans l’ironie. Je préfère m’arrêter juste avant et laisser l’auditeur choisir. Car « Je suis devenu » est une fausse chanson biographique, en fait. Je suis parti d’une déclaration de Mélenchon qui racontait son parcours, il maniait quelque chose comme « Je sais qui je suis et qui je ne suis plus ». Ça m’a fait bien rire. »

Car Miossec dépouille son écriture, comme il dépouille l’orchestration. Il réduit ses propos à sa plus simple expression, sans emphase. On se rappelle les titres de ses premiers albums (Boire, Baiser, A prendre, Brûle…) qui n’ont pas besoin de superlatifs. Miossec est comme ça : un verbe à l’infinitif qu’on décline comme on veut. On l’aime brut.

« J’écris des chansons, pas des poèmes »

« J’écris des chansons, pas des poèmes. Les poèmes sont fait pour être lus, pour être couchés. Ecrire des chansons, c’est écrire du son, quelque chose qui va se retrouver dans l’air. Je ne sais pas comment écrivent les autres chanteurs, mais moi, j’aime quand les chansons arrivent en fulgurance, qu’elles ne nécessitent pas trop de travail. C’est le meilleur signe. Quand c’est laborieux, on voit les bouts de sparadrap, il n’y a plus la fluidité. » A cela, on peut répondre que Léonard Cohen a écrit « Hallelujah » en 5 ans, il rétorque : « Gainsbourg a écrit ses textes de l’album « Aux armes et cætera » en une nuit ! (rires) Le temps d’écrire une chanson n’est pas mesurable. C’est tellement court comme format qu’on peut se promener avec dans la tête et lorsqu’elle arrive sur le papier, on ne sait plus combien de temps elle a tourné. Car le moment n’est pas définissable, c’est l’instant et l’envie d’écrire une chanson qui importe. Lorsque je bouquine, il y a une phrase qui fait tilt et j’essaie de continuer ce que j’ai lu. »

Cette continuité, Miossec la finalise sur scène avec l’accueil du public. « Avec cette tournée, je me rends compte que lors des concerts, il y a des gens qui se retrouvent pris dans des sons qu’ils n’ont pas cherchés, qu’ils n’ont pas chez eux, qui ne sont pas dans leurs goûts et voir leur réaction, c’est comme constater des glissements de terrain. »

Toujours la même sensation à la première écoute d’un album de Miossec. On glisse vers une nouvelle terre inhospitalière. « Nous sommes les rescapés — Nous sommes de ceux qui ne sont pas passés de loin à côté » écrit-il dans « Nous sommes ». Et de rescapés, nous devenons maîtres de cette terre devenue promise comme dans la chanson « Pour ». « Pour tous les territoires parcourus, pour ceux où on ne vient plus, ceux où on ne passe pas. Pour la géographie du désespoir et celle de la joie, pour la beauté, pour le geste et pour la façon dont elle se manifeste ».

Dans « Les Rescapés », Miossec a limité son air de jeu. Il a réduit le champ d’action en réunissant du matériel d’avant les programmations.

« Pour cet album, je suis allé chercher les instruments que je jouais à mes débuts – Piano, Roland SH 1000, Orgue Yamaha, Mellotron et une boite à rythme italienne, une Elka. Eviter d’ouvrir un ordinateur avec des sons et des pistes. Une sorte d’artisanat forcé (rires).» Miossec entend maîtriser de bout en bout le son. Comme une sérigraphie, raconte-t-il, « le disque s’est fait avec les mains, dans un cadre et avec un choix de couleurs sonores précis, volontairement limité ». Ici se lit la volonté de retrouver les contraintes et les principes, tenus, assumés, des débuts.

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WEIRDSOUND • Miossec 2019

Miossec a-t-il changé ? « Je ne pense pas, mais j’ai évolué Je profite beaucoup plus des tournées. Là, je suis entre deux dates et je suis sur un petit nuage. » Lui, qui disait à ses débuts que les concerts le faisaient vomir. « Maintenant, je n’ai plus ce rapport compliqué à la scène. Au début, mes concerts étaient offensifs. Il y avait une volonté d’attaquer. Aujourd’hui, il y a une envie, une obligation à avoir de beaux rappels. Savoir que tout ça n’est pas inutile. Voir que notre musique fait du bien aux gens. Pouvoir donner quelque chose fait que je suis devenu sérieux. (rires). Je commence à toucher du doigt cette utilité. Et au vu de l’époque qu’on vit, l’abstention du « Je » est là aussi pour ça. Ce n’est pas mes musiciens et moi sur scène, c’est un groupe et on est là pour donner du plaisir. On improvise beaucoup et chaque concert est différent. Chaque personne que l’on croise est chargée de chansons et on va l’émouvoir d’une façon différente. »

« Pouvoir donner quelque chose fait que je suis devenu sérieux. »

Le Brestois s’ouvre à l’autre. Accepte de se livrer pour recevoir en retour. Derrière l’absence du « Je », Miossec parle de son histoire familiale.

« La mer, quand elle mord, c’est méchant, raconte la disparition en mer Méditerranée de mon grand-père lors de la Seconde Guerre Mondiale en 1943. Canonnier dans la marine, au large de l’Egypte. J’ai mis du temps avant de sortir cette chanson, parce qu’il ne fallait pas la rater. Et là aussi, elle a une utilité. Il y a un cénotaphe avec la liste des marins disparus en mer à côté de chez moi, alors du coup, la chanson a été lu et intégrée à côté de la photo de mon grand-père en costume de marié. »

Miossec aime. Il aime les gens, à sa manière, délicatement comme sa déclaration à Juliette Gréco : « Elle était de ces femmes qui n’ont pas le regard bleu — Dont les yeux ont versé trop de larmes pour croire encore aux cieux — J’ai rien dit devant cette femme même pas  » au fait est-ce qu’il pleut ?  » — Et l’enfant que vous êtes encore Madame me met les larmes aux yeux » dans la chanson Madame tirée de l’album Brûle en 2001. « C’est marrant, parce qu’elle n’était pas au courant. C’est une personne qui m’a adoubé dans le métier. A partir du moment où j’ai travaillé pour elle, elle m’a légitimisé. J’ai toujours eu le syndrome de l’imposteur (rires). C’était très violent. Mais maintenant, je suis en paix avec ça. »

Quelle était sa réaction lorsqu’elle a su pour la chanson ? « J’en sais rien, on s’est tout de suite mis au travail et c’était bien mieux comme ça… » (rires)

Depuis, Miossec a écrit pour d’autres. De Johnny à Stephen Eicher, de Joseph d’Anvers à Axel Bauer, Jane Birkin, etc. A travers ce nouveau prisme, il accepte les changements : « C’est assez drôle de voir ce que deviennent les chansons. Quand on les reprend, quand on les réarrange, certaines ont pris une tournure toute différente et c’est agréable. »

Miossec, c’est comme le Finistère et Brest, on ne les découvre pas par hasard. « Allez à Brest, ça se mérite ! (rires) » Il faut avoir une raison pour aller au bout de la Bretagne, découvrir la ville blanche (autre nom de Brest). « La ville est blanche comme une revanche » (La Ville Blanche).

Miossec a pris sa revanche sur la vie. Lui, dont on a diagnostiqué une forme d’ataxie en 2009. Pour Miossec, cet album est le plus personnel musicalement, depuis Boire (1995). Entre temps qu’est-il arrivé ? Quels drames et quelles peaux a-t-on effleurés ? « Je suis devenu ce que font les années, tout ce qui a pu se passer, les souvenirs perdus ou complètement déformés » chante Miossec dans Je suis devenu. Rescapés de nos erreurs, de nos élans et de nos vertiges dont Miossec a souvent su écrire la bande son, nous voilà donc face à l’urgence et au frisson du présent. Organique.

Instruments : Guitare Aria pro 2 TS 600 de 1980. Ampli Selmer Zodiac des années 60.

Miossec est en concert dans toute la France.

:: 28.03 :: Le BBC – Hérouville (14)

:: 29.03 :: Le 106 – Rouen (76)

:: 30.03 :: La Cartonnerie – Reims (51)

:: 02.04 :: Festival Mythos – Rennes (35)

:: 03.04 :: Le Krakatoa – Bordeaux (33) 

:: 04.04 :: Espace Malraux – Six-Fours (83)

:: 05.04 :: Théâtre Lino Ventura – Nice (06)

:: 06.04 :: Paloma – Nimes (30)

:: 09.04 :: Le Bikini – Toulouse (31)

:: 10.04 :: Le Rockstore – Montpellier (34)

:: 11.04 :: Salle de l’étoile – Chateaurenard (13)

https://www.christophemiossec.com/

Christo Christopher

Rédacteur protéiforme, basé sur Marseille. Sa passion? Le dessin! Non content d'être doué pour la BD, il a encore un peu de temps libre pour écrire des articles pour le site!
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