Orouni - ©Matthieu Dufour -

Partitions, le 4ème album de pop originale et mélodique d’Orouni

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Crédit photo en une : Matthieu Dufour

Bon…Orouni…si vous ne connaissez pas encore, il va être urgent de vous offrir une séance de rattrapage avec la sortie de son 4ème album Partitions le 19 Avril prochain! Pour être honnête, jusqu’en début d’automne 2018, j’étais aussi passé à côté  et j’eus la chance que Rémi Antoni,  frontman compositeur et chanteur derrière lequel se cache le projet Orouni, me contacte car son groupe jouait, à Paris, en 1ère partie de The Saxophones, groupe que j’avais déjà chroniqué. La rencontre et le concert furent confiés à notre ami collaborateur parisien (voir article) et je m’intéressais davantage à la musique d’Orouni. Belle surprise en découvrant Grand Tour, le 3ème album paru en 2014, album accompagné d’un livret de très belles photos (surtout lorsque l’on achète, comme moi, le support vinyle).

“Speedball” que l’on retrouve sur l’E.P de 2017 avec Emma Broughton, ici en Live au “cargo” (2018)

L’E.P Somewhere in dreamland paru fin 2017, (sur le label indé pendant Les Disques Pavillon sur lequel on trouve aussi KorinF) reprenant 4 titres avec la voix d’Emma Broughton (qui a collaboré aussi avec Thousand, un des artistes phares du label Talitres) me confortait dans l’intérêt porté à Orouni. La découverte du 4ème album Partitions (à paraître le 19 Avril chez December Square) fut d’autant appréciée qu’elle révéla un album à la fois original et très bon!

S’il revendique clairement ses goûts et influences (comme Belle & Sebastian), on peut trouver, avec ce 4ème album, une multitude de références et d’influences se combinant pour nous donner, à l’arrivée, un album de pop, mélodique et plutôt accessible au delà d’une originalité et complexité qui en font toute sa richesse, pourvu que l’on prenne soin de vouloir se l’approprier! C’était d’ailleurs l’objectif de Rémi Antoni, très lucide et toujours enclin à nous donner un maximum de pistes de “lecture” (enfin d’écoute!) de cet album, ce qui n’empêche pas la liberté d’imagination! : “Si mon objectif est plus que jamais de produire des chansons pop, mélodiques et accessibles, j’ai tenté de m’éloigner des codes de la composition. En dissociant ligne mélodique et suite d’accords, en cassant la structure habituelle intro, couplet, refrain”. Nous entrons dans un des aspects originaux de cet opus: en cassant ces codes de la composition, un titre comme “Henriette Pivots” (voire même “No Features” , parmi mes titres préférés) me rappelle aussi Jethro Tull (dont le frontman, Ian Anderson était aussi un brillant joueur de flûte traversière…tiens , comme Emma Broughton!).

“Nora”, 5ème titre du nouvel album Partitions d’Orouni à paraître le 19 Avril

Rémi Antoni a voulu également illustrer ce concept en “dessinant un schéma chromatique pour chaque morceau”…J’ai voulu en savoir un peu plus sur cette démarche en lui posant quelques questions complémentaires pour satisfaire ma curiosité! “j’ai voulu accompagner l’album Partitions de représentations visuelles de ses 13 chansons (plus un titre bonus, ndlr). Le disque se fonde sur l’idée de dissociation (on joue sur les mots avec le titre de l’album) qui peut prendre des formes variées: inversion, décalage, confrontation, dualité, alter ego, fuite, recomposition. En termes musicaux, ce jeu de séparations entre mélodie, harmonie, structure, interprête et instrument n’est pas nécessaierement perceptible par tous”. “Or cet album ne s’adresse pas (précaution importante, ndlr!) à des oreilles d’analystes musicaux, car son but premier est d’offrir des chansons pop. Ainsi, puisqu’une représentation graphique permet parfois de mieux saisir certains phénomènes, j’ai produit des schémas chromatiques, la racine chroma pouvant désigner une couleur tout comme une mélodie” . Les diagrammes seront joints à la pochette de l’album . “Par un phénomène appelé synesthésie, continue à expliquer Rémi, je perçois des couleurs lorsque je joue des accords”. Suite à ma demande, il me donne un exemple: “à chaque fois que je joue un do majeur (aux indications de capo près, me précise t-il!), c’est la couleur du nuancier correspondant à cet accord qui apparaît dans le schéma”. Ainsi, “en dessous de chaque chanson figure(ra) une indication qui vise à relier ce qui s’y passe musicalement avec ce qui s’y passe en terme de paroles”. Dans l’idéal, Rémi Antoni “essaie aussi, dans ces quelques phrases, de mettre en lumière les processus de séparation, inversion ou décalage  qui ont lieu dans les morceaux”.  Ces schémas chromatiques sont ainsi un “véritable complément ludique et visuel” au contenu sonore de l’album.

Son of Mystery” , titre bonus du dernier album Partitions d’Orouni. (parution le 19 Avril)

Au dos de la pochette, vous trouverez d’ailleurs la phrase “Les notes ne sont pas ce que l’on pense” (The notes are not what they seem): c’est un hommage voulu par Rémi Antoni à la série “Twin Peaks” et les phrases (sous chaque diagramme chromatique) sont “un peu comme les introductions de la Log lady”.

Cela permet d’ailleurs de revenir sur la démarche de composition “involontaire” : “Sur la lancée du précédent album (Grand Tour 2014) enregistré suite à mon voyage dans 14 pays du monde, j’ai continué à me promener, mais cette fois, en France et à pied; sans préméditation, la régularité de mes pas a fourni un rythme propice à l’éclosion de mélodies dans ma tête, que je m’empressais d’enregistrer sur mon téléphone portable afin d’en garder une trace. Mais alors qu’auparavant je composais souvent à la guitare, déterminant donc très tôt l’harmonie de chaque chanson, je me retrouvais ici avec une musique sans accords…lorsque je tentais, par la suite, d’associer une mélodie solitaire, je tombais sur différentes possibilités parmi lesquelles je ne pouvais et ne souhaitais choisir”. Attention! Comme le rappelle Rémi, cela n’empêche pas des titres comme “Former Lorry Driver”, “Aloysius” ou “Special Shadow” d’avoir des refrains! Les influences/références littéraires et artistiques sont aussi nombreuses chez Orouni; Rémi Antoni les évoque bien volontiers pour nous éclairer là encore sur sa démarche et l’originalité précitée: Arthur Rimbaud et son poème “Voyelles”, où Rimbaud associe une couleur à chaque voyelle, Baudelaire , dans “Correspondances” où “les parfums, les couleurs et les sons se répondent”. Les références artistiques ne manquent pas non plus: de Paul Klee (“sa peinture, très musicale, me touche beaucoup”) à Chris Marker en passant par Christophe Chassol (“qui part du langage parlé pour en extraire des mélodies, issues des intonations de la voix humaine”)

Orouni Partitions pochette du nouvel album 2019
Orouni Partitions pochette du nouvel album 2019

Avec Partitions, Orouni nous offre, vous l’avez compris, un album d’une grande originalité mais aussi truffé de pépites pop; un album dont le titre a d’ailleurs failli être “Decomposition” (ce sera le 1er titre de l’album, chanté par Emma Broughton), Rémi Antoni aimant jouer avec les mots et rebondissant sur le titre: “c’est un album de séparation, au sens d’une décomposition des constituants sonores habituellement associés…mais “ce concept touche également les thèmes traités dans les paroles, femme quittant son foyer (dans “Nora”), dissociation entre voix et visage (“No Features”) ou divergences entre délires paranoïaques et réalité (“No news is bad news”, un autre de mes titres préférés). Cet album est un mélange de mélodies joyeuses teintées parfois d’une certaine beauté triste. Orouni revendique, outre Belle &Sebastian d’autres influences musicales, des Beach Boys à The Specials, en passant par Léonard Cohen, Elliot Smith (et son “Waltz #2″ pour le très beau titre ” Total novel” ) ou Nico (et “These Days” pour “No Features” ). Quand j’évoque, avec Rémi A., des ressemblances (ou tout au moins des réminiscences suscitées par certains titres) que je trouve parfois avec Jacco Gardner (dont j’ai beaucoup aimé le Cabinet of Curiosities) et Architecture in Helsinki, ses réponses peuvent expliquer des influences plus ou moins conscientes: “J’aime beaucoup Jacco Gardner, je suis notamment un grand fan du titre Clear the air et c’est une esthétique que j’apprécie énormément ..mais ma musique est peut-être moins baroque, psyché et rétro”! Quant à Architecture in Helsinki, Rémi me confie “j’ai eu une prériode où j’étais un grand fan”. A vous, lecteurs-auditeurs de juger!

Orouni - ©Camille Cier i
Orouni – ©Camille Cier

De gauche à droite: Antoine Kerninon, Steffen Charron, Emma Broughton, Rémi Antoni, Raphaël Thyss

Derrière cet album, il ne faut pas oublier non plus les “fidèles musiciens” et les nouveaux qui contribuent à la richesse instrumentale des titres…et Guillaume Jaoul à la réalisation! Comme dans l’album précédent il y a tout de même 10 musiciens!  Steffen Charron (basse et guitarre) et Benoît Giffard (trombone) ont ainsi déjà joué sur Grand Tour comme celles et celui qui assurent les sections cordes et batterie. Raphaël Thyss (claviers, trompette) joue avec Orouni, en concert, depuis 2014. Orouni collabore aussi avec Sofia Bolt (chanteuse) depuis 2015 ( “on a sorti un split single en 2015 avec son ancien groupe, les Water Babies ” me rappelle aussi Rémi). Emma Broughton fait partie du duo vocal de base incontournable bien sûr maintenant, et les “nouveaux” sont Nina Beziau (“c’est la 1ère fois que je fais appel à un saxo baryton”) et Nicolas Worms aux claviers ( “rencontré grâce à Guillaume Jaoul”).

             “No Features”, un de mes titres préférés de l’album Partitions d’Orouni (à paraître Avril 2019)

Orouni, dont je rappelle qu’il fut le brillant vainqueur des Inrocks Lab en 2011, passionné aussi d’architecture, de cinéma et de littérature nous livre un album passionnant à découvrir, écoute après écoute et reflétant ses talents de songwriter compositeur qui sait bien s’entourer!

Ziggy

Passionné depuis toujours par la musique et par le support vinyle! Son premier grand concert : King Crimson à Londres,il y a très longtemps! Aujourd'hui il aime de nombreux styles, pourvu que la musique soit bonne,mais ça, c'est très subjectif!!
Ziggy

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