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Le Cabaret Aléatoire : Les nuits marseillaises 3.0

Implanté au cœur de la Friche de la Belle de Mai à Marseille depuis 2003, Le Cabaret Aléatoire est un lieu de « diffusion musicale » dédié  aux musiques électroniques. A la fois salle de concert (Peter Hook en mai) et club, le Cabaret a une volonté de travailler sur les nouvelles cultures urbaines émergentes en développant des projets qui dépassent largement le cadre de la salle de concert et de la musique. Le Cabaret Aléatoire est devenu un lieu incontournable des nuits marseillaises avec notamment son toit-terrasse de 7000m2 qui rassemble plusieurs milliers de personnes au soleil couchant, dans une ambiance à la fois décontractée et festive. Ce succès mérite bien une interview avec Aurélien Deloup, directeur adjoint et administrateur qui revient pour nous sur l’histoire du lieu et la version 3.0 du Cabaret.

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C’est juste derrière la gare Saint-Charles, dans les anciennes manufactures de tabacs de la Belle de Mai qui appartenaient à la SEITA (ah les fameuses Gauloises et Gitanes!) que s’est installée la Friche de la Belle de Mai : 80 opérateurs travaillent dans 45 000m2, tous champs culturels confondus. Dans l’espace de co-working, au premier étage de ce bâtiment, les murs racontent l’histoire du Cabaret Aléatoire à travers les affiches pendant que la petite équipe du Cabaret s’emploie à finaliser la future programmation. C’est dans ce lieu convivial que nous accueille Aurélien Deloup, co-pilote de ce navire Amiral.

Weirdsound : Aurélien, peux-tu revenir sur l’histoire du Cabaret Aléatoire ?

Aurélien Deloup : En 2003, Pierre-Alain Etchegaray (actuel directeur et co-programmateur) faisait partie de l’équipe qui gère l’ensemble du projet de la Friche (art contemporain, sculpture, art numérique, théâtre, danse…), qui est au départ un lieu de création plutôt qu’un lieu de diffusion au public, et la musique actuelle était sous représentée dans les projets défendus. En octobre 2003, il a le feu vert pour créer un lieu de diffusion de ces dernières. C’est le lancement du Cabaret Aléatoire avec une salle en friche où il y a tout à faire. La salle n’est pas faite pour la scène, mais qu’importe les poteaux, les alcôves. Il faut tout créer, tout fabriquer. On tire les câbles électriques, on monte une scène.

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WS : C’est au sein de la structure mère « La Friche » que ce projet va se développer, mais en 2008, La Friche connaît quelques problèmes d’ordres « politiques ». On ne sait pas si le lieu va être cédé à des promoteurs immobiliers, la ville tarde à donner des garanties…

AD : En effet, le Cabaret a une belle notoriété sur la scène alternative, et propose de sortir de la Friche en créant une structure autonome et en reprenant une partie des salariés de la Friche pour alléger les charges de cette dernière empêtrée dans des problèmes économiques et politiques. Ce projet a été accepté par la Friche avec un accompagnement sur 3 ans. C’est comme ça qu’est né le Cabaret Aléatoire actuel avec 80 programmations à l’année.

WS : Et là, Marseille-Provence 2013 pointe son nez…

AD : En 2011, il est question de « Marseille-Provence 2013, capitale Européenne de la Culture », à cette époque j’intègre la structure à plein temps en travaillant en binôme avec Pierre-Alain sur l’énorme projet « This Is (Not) Music ». Pour l’événement qui représente trois fois le budget annuel du Cabaret, on a créé de vraies plateaux d’exposition, le toit-terrasse, le panorama et on a réhabilité pas mal d’espaces (piste de BMX, démo de skates) pour le festival. Durant 47 jours, 85 000 personnes assistent à une soixantaine de soirées et concerts, une vingtaine d’événements sportifs et une expo sur l’ensemble du site de la Friche.

WS : Et tout ce travail depuis 10 ans est récompensé par la DRAC.

AD : En 2014, la DRAC, donc le Ministère de la Culture propose une labélisation du Cabaret Aléatoire, le label SMAC (Scène de Musiques ACtuelles). Au sein du Cabaret, il y a une vraie réflexion : un positionnement clair dans l’environnement culturel et sur le territoire, une identité artistique, une ligne directrice. C’est ce qu’on appelle entre nous : le Cabaret Aléatoire V2.

WS : Ça vous a surtout permis d’affirmer ce qu’était le Cabaret Aléatoire.

AD : On a repris l’ADN du Cabaret avec la volonté de découverte, d’émergence, de culture urbaine et électronique. Revendication d’un espace atypique, une cathédrale industrielle comme on l’entend souvent. On ne veut pas être seulement un réceptacle pour les performances, mais un incubateur en travaillant avec des artistes en exclusivité, en favorisant l’émergence des acteurs locaux. Etre un accompagnateur, un promoteur de cette scène-là avec différents outils comme des résidences, des rendez-vous réguliers, mais aussi la volonté de pousser ça encore plus loin, avec l’action sport, le street art, la musique et de montrer ces interconnexions. A l’image de Tommy Guerrero, une légende dans le monde du skate, il peut également performer dans le rock avec sa musique. On aime cette idée de transversalité et de collaboration. On aime co-construire des événements pluri-disciplinaires en croisant pas seulement le monde musical, mais aussi journalistique, sportif, visuel…

WS : Quels sont les groupes ou artistes qui symbolisent le mieux l’ADN du Cabaret Aléatoire ?

AD : En 2018, on a travaillé avec un photographe/reporter Antoine d’Agata, un baroudeur avec une forte notoriété. Ce personnage atypique travaille beaucoup sur les processus d’auto-destruction. Il avait un projet intitulé « White Noise » où il mélange des reportages vidéos sur des femmes prostituées avec qui il a partagé des moments de vies en les interviewant, en même temps qu’une nuit festive autour de la musique électronique. Il y avait donc une création sonore et des DJ sets et le public dansait face aux vidéos d’Antoine. C’était très dérangeant. En même temps, durant la soirée une douzaine d’écrivains ont rédigé une nouvelle sur le sujet et un recueil a été réalisé avec le collectif marseillais du Dernier Cri.

Il y a aussi This is (not) Music en 2013. Une vingtaine d’artistes internationaux qui a fait des productions sur place, comme la fresque de Remed sur le toit-terrasse qui a été exécutée sur un mur dont nous n’avions pas l’autorisation d’exploiter. Donc, on aurait dû repasser une couche de peinture par dessus, mais finalement, il était impossible de l’effacer. La fresque est restée et est devenue emblématique du lieu.

UR, Underground Resistance*, le label/collectif incontesté de la techno de Detroit, qui a profondément changé le paysage du clubbing et des musiques électroniques. Leur concert reste mémorable, mais ce qui nous a le plus marqués, c’est que sous la forme de clin d’œil, ils ont composé un morceau intitulé « Moment in Marseille UR-087 », en souvenir de leur passage ici.

WS : L’avenir du Cabaret Aléatoire ?

AD : L’accent est clairement mis sur les musiques électroniques. C’est une réflexion relationnelle avec nos camarades des autre salles marseillaises. Il y a énormément de créations dans ce domaine-là. L’émergence pour nous vient de cet univers qui n’est pas sur-représenté en France. Le Cabaret Aléatoire, ce n’est pas qu’un lieu qui accueille chaque année plus de 70 000 personnes, mais c’est aussi un projet qui peut se développer hors de nos murs. C’est pour ça que depuis 2013 nous programmons le toit-terrasse en été et qui suscite un véritable engouement du public noctambule.

WS : Tout en se fondant parfaitement dans le monde culturel de la Région, le Cabaret Aléatoire n’en garde pas moins une véritable identité. On vient de parler de sa programmation, mais vous avez aussi voulu vous appuyer sur un graphiste très fort.

AD : En effet, en 2014, on a voulu avoir une identité très forte qui se démarque des autres salles marseillaises et on a fait appel à Stéphane Lamalle pour ça.

WS : Stéphane Lamalle, toi qui vient de nous rejoindre lors de cette interview, explique-nous un peu ton expérience professionnelle…

SL : J’ai débuté au sein du studio Marseillais « Tous des K » durant les années 90 et pour une bonne dizaine d’année, ce qui m’a permis de toucher de très près aux domaines du graphisme culturel et musical.  J’ai ensuite monté avec 2 associés le studio a.k.a design. L’aventure a duré environ 8 huit ans pendant lesquels j’ai pu m’élargir aux domaines de l’image animée (L’école du Micro d’Argent d’IAM entre autre).

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WS : Tu as eu une totale liberté pour concevoir cette charte graphique ?

SL : Oui, mais le cahier des charge était très lourd ! En 2014, il fallait reprendre toute l’histoire du Cabaret en proposant une version 2.0 de l’aventure. Ce qui m’a surtout interpellé, c’était le fait que ce lieu vie aussi bien le jour que la nuit. Et j’ai eu l’idée du papillon… Il y a toutes les facettes du cahier des charges développables.

WS : Quelle espèce de papillon ?

SL : Il est polymorphe, comme le Cabaret…

WS : Depuis, les Marseillais ont pu voir tes créations sur les murs de la ville, toujours très puissantes On sent une forte influence anglo-saxonne qui n’est pas pour nous déplaire.

SL : Merci. J’aime travailler avec les erreurs informatiques et les exploiter à outrance. Il y a le travail de Vaughan Oliver qui a quelque peu orienté ma carrière (il est le graphiste notamment des albums des Pixies…), Neville Brody (son amorce électronique), l’inusable David Carson (et son univers très grunge), et des studios comme Non-Format (et leur univers noir et blanc)… j’ai toujours voulu impulser du rythme dans mes travaux.

Du rythme, il y en a depuis plus de 15 ans dans ce lieu atypique qui abrite une belle bande de passionnés. Lieu convivial qui sait offrir au public toujours plus nombreux des soirées à nulle autre pareille. Le Cabaret Aléatoire 3.0 n’a rien d’une aventure désordonnée. Chaque année, ils arrivent à régénérer le lieu… Alors attention à vous si vous venez découvrir ce temple de l’electro, vous risquez d’en devenir addict.

http://www.cabaret-aleatoire.com/

* Plus qu’un label, Underground Resistance, c’est un collectif mythique qui a participé à la création de la techno originelle de Detroit, mouvement musical qui a influencé depuis le début des années 90 toutes les générations d’artistes électroniques internationaux. Les productions de ce label ont fait le tour du monde et sont devenues des hymnes incontournables de la scène techno mondiale tel « Knights of the jaguar » le morceau plébiscité par des artistes comme Laurent Garnier, Jeff Mills ou Carl Cox.

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Parmi les principaux artistes ayant joué au Cabaret Aléatoire :

Electro : Derrick May, Juan Atkins, Kevin Saunderson, Jeff Mills, Robert Hood, Laurent Garnier, Sven Vath, DJ Hell, Dave Clarke, Moderat, UR present Timeline (live), Carl Craig, Seth Troxler, Adam Beyer, Monika Kruse, Josh Wink, Joey Beltram, Luke Slater, Kenny Larkin, Dj Pierre, Ben Klock, Steve Bug, Stacey Pullen, Birdy Nam Nam, Matrixxman, Roman Flügel, Fatima Yamaha, Andrew Weatherall, Justice, Michael Mayer, Major Lazer, John Talabot, Bicep,  Gui Boratto, Breakbot,  Synapson, Rone (live), Herbert, Max Cooper, Fairmont, The Magician, Para one, Surkin, Erol Alkan, Kasper Bjorke, Levon Vincent, Axel Boman, Swayzak, Mstrkrft, Acid Arab, Damian Lazarus, Jennifer Cardini, Peaches, General Elektriks, Autechre, Squarepusher, Milton Bradley, Benjamin Diamond, Chloé, Rubin Steiner, Sebastien Tellier, Dasha Rush, Funk D’Void, Pantha du Prince, Karim Sarahoui, Andreas Gehm, Vibert, Gonzales, Arnaud Rebotini, Aril Brikha, Fakear, Oscar Mulero, John Tejada, Terence Fixmer, Eduardo de la Calle, Roy Perez, Mr G, Martin Buttrich, Ryan Elliott, Black Coffee, Missill, Electric Rescue, Gabriel Ananda, Woo York, Prosumer, The Driver aka Manu le Malin, Mall Grab, Derrick Carter, Popof, Jane Fitz, Ø[phase], Move D, Virginia, Zadig, Madben, Boston 168, Rrose, Lucy, Cassius, Oxia, SNTS (live), Agents of Time (live), Anja Schneider, Matthew Dear, Paranoid London, Orlando Voorn, Vince Watson, Tadeo, Lil’Louis, Terrence Parker, Cassy, Radio Slave, Red Axes, &Me, Francesca Lombardo, Artefakt, Gerd Janson, Anna, Perc, Rebekah, Recondite, Sonja Moonear, Camion Bazar, Joe Smooth…

Hip-hop : Wu Tang Clan, KRS-One, Mos Def, Freestylers, Bobo (Cypress Hill), Bus driver, Dj Muggs, Q bert, Mr scruff,   Dj Premier , Teophilus London, Birdy Nam Nam, Speech Debelle, Set&Match, Dope D.O.D., Just Jack, Puppetmastaz, Antipop Consortium , Dj vadim , Madlib,  Cut Chemist, Beat Assailant, Soul jazz orchestra, Dj Spinna, Capone n noreaga, Raekwon, Tha Alkaholiks, Lords of the underground, The Beatnuts, Dj krush,   Dj Nu-mark, Dj Format, Sugar Hill Gang, Kurtis Blow, Quantic Soul Orchestra, Dj food, Buck 65, Rahzel, Mop, Kendrick Lamar, Dj Shadow, Orelsan,   Joeystarr, 1995, La Fine équipe, Demi Portion, Kacem Wapalek, Lomepal, The Game, Odezenne…

Soul / Funk / Afrobeat / Reggae : Gizelle Smith, Tricky, Tony Allen, Raul Midon , Marva Whitney, Aloe Blacc, Ebony Bones, Soul Jazz Orchestra, Alice Russell, Antibalas, Jose James, Charles Walker, Panda Dub, Jah Shaka, Nicole Willis, The Wailers, Brooklyn Funk Essential, Asian Dub Foundation, Gentleman, Stand High Patrol, Hindi Zahra, Blitz the Ambassador…

Rock / Pop : Peter Doherty, The Undertones, Mudhoney, !!!, Luke, The Fuzztones, Cocorosie, Nada surf, Marky Ramones,   Ten Years After, Andy Mc kee, The Brian Jonestown massacre, The John Spencer Blues Explosion, Airbourne, Fishbone, Machine head, Peter Hook, Black Joe Lewis, The Bellrays , The Fleshtones, Belleruche,   Naive New Beaters , Asaf Avidan, Girls, Blacks lips, Pony Pony Run Run, The Bishop, Herman Düne, Stereo total, Bring me the horizon, Ks choice, The Maccabees, Spiritualized, Citizens!, Martin Mey, Mount Kimbie…

Christo Christopher

Rédacteur protéiforme, basé sur Marseille. Sa passion? Le dessin! Non content d'être doué pour la BD, il a encore un peu de temps libre pour écrire des articles pour le site!
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