La Fuzz-Psyché de Steeple Remove renait avec Vonal Axis

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Ils sont rares, les rouennais de Steeple Remove. Ils prennent leur temps, en dehors des sentiers battus musicaux et de toute logique de marketing. Et tant mieux. La maturation d’un album peut prendre jusqu’à huit ans. Heureusement pour nous, entre Position Normal et ce Vonal Axis, il aura fallu seulement (!) cinq ans. Comme à son habitude, sur ce nouvel opus, le groupe ne s’est guère précipité : improvisations, ré-enregistrements—overdubing…— avancées à un rythme en marge des flux commerciaux.

Depuis maintenant plus de deux décennies, les musiciens s’amusent à explorer des champs sonores à la fois incongrus et personnels. Jamais vraiment là où on les attend, mais jamais loin non plus de leurs premiers pas.

Et ce Vonal Axis sorti en novembre chez Fuzz Club Records en est la parfaite illustration. Toujours entre expérimentations post-punk, rock heavy psyché à la Hawkwind, réverb à la Alan Vega sur le chant et rythmes bauhaussiens, les morceaux de cet opus gardent le cap.

L’album s’ouvre sur le très psyché Oval-Strii—ne me demandez pas ce que veulent dire les titres—où guitares fuzz et voix noyée dans la réverb donnent immédiatement une sensation de confort auditif et viennent langoureusement envelopper l’auditeur dans une atmosphère cotonneuse, où les oreilles peuvent se vautrer tranquillement.

L’atmosphère qui se dégage des premiers beats de Ferris Noir ramène à la surface des réminiscences de Joy Division. En effet, le rythme et l’intro ne sont pas sans rappeler ceux de New Dawn Fades. La production, minimaliste, ainsi que l’enregistrement sur un huit pistes, sont certainement les éléments clés de cette impression. Le son et le mixage de la batterie, le traitement de la basse et de la guitare sont en effet proches de ce que l’on pouvait entendre alors sur le label Factory. L’improvisation en studio propre au groupe donne enfin à ce morceau instrumental, une dimension hypnotique que les nappes de guitares viennent doucement accentuer, appuyées par une ligne de basse répétitive et aliénante. Cette même basse qui créé l’enchainement avec Set it, morceau plus « rock », au rythme martelé façon punk 77 et à la voix torturée à l’interprétation proche d’un Peter Murphy, sous-mixée, tranchée nette par une guitare acérée. Et toujours en arrière plan, ce riff sur deux notes,  répété ad nauseum, telle une machine folle qui se serait emballée. Les nerfs à vif pour un morceau hautement jouissif. Puis, vient l’ultra-planant In Dreams qui nous emporte dans des contrées enfumées, aux couleurs mouvantes. Nous voilà envoutés et guidés vers la transe par ce tambourin qui vous martèle le cerveau, telle une bande de Krishna sauvages et sortant d’un jeûne de quinze jours lâchée dans les rues un samedi de soldes.

L’ensemble du disque est remarquablement cinématique et évocateur d’images riches en couleurs. Pour un peu, on verrait les sons s’échapper des baffles et danser sur les murs. Les notes de moog s’entremêlent et noient les mélodies de guitare sous des couches d’effets, le tout sans jamais nuire à la qualité auditive. Il y a comme un côté Temples low-fi. ou Pink Floyd période Pompeï qui aurait fait une OD au Krautrock dans ce LP. Le trip se clôture par un Pink Ferris reprenant le thème de Ferris Noir jusqu’à un coda qui prélude à un climax final et un fade qui vient clore l’album tout en douceur. Aaaaahh! C’était bon comme une bouffée d’Afghan qui se serait consumée dans un morceau de bambou rempli d’eau. On en redemande.

Rien n’est à jeter dans ce très bon disque des rouennais, et le voyage halluciné—un peu comme de regarder Barbarella sous acide, peut-être— qu’offre Vonal Axis est pour moi, auditeur bercé de métal, de Punk, New-Wave et autre Post-Punk ou rock expérimental des années 80 ainsi que de rock psyché des années 70, comme une véritable phonothèque. On évolue alors comme un poisson clown au cœur d’un champ d’anémones de mer.

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