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Rufus Wainwright entre jeunesse et sagesse

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Weirdsound invite dans ses pages François Thomazeau (texte), François Guéry (photo) et Christopher (illustration) qui ont eu le plaisir de rencontrer l’artiste en décembre dernier. Attention, interview exclusive!

Rufus Wainwright par François Guéry

Le touche-à-tout canadien espère séduire enfin la France en douceur, avec une tournée intimiste en attendant un album en français.

Une basket noire, barrée du slogan Not my president, et une mèche rebelle émergent du bras d’un canapé d’hôtel-spa quatre étoiles d’Aix-en-Provence. Rufus Wainwright attaque sa conquête de la France à l’eau claire. Pull jacquard, pantalon de golf, bouc cendré, l’ex-enfant terrible – de quoi d’ailleurs ? de la pop ? du rock ? de l’opéra ? – présente un visage assagi. Il a 44 ans et évoque un titre de son tour de chant, piqué à sa mère et à sa tante, Kate et Anna McGarrigle : « Entre la jeunesse et la sagesse ».

« Je me situe juste au milieu. J’ai gardé les pommettes de la jeunesse, mais j’ai la barbe grise de la sagesse »

Comme sa carrière, sa famille élargie depuis la naissance de Viva Katherine, conçue avec la fille de Leonard Cohen, Lorca, s’est apaisée. Son père, Loudon, retrouve du crédit en même temps que ses enfants – Rufus et sa sœur Martha –, ont du succès. Et depuis la mort de Kate McGarrigle en 2010, tout le monde s’est rassemblé.

« Ma mère était la femme la plus fascinante au monde, mais c’était aussi une femme en colère, mon plus grand amour et mon pire ennemi. C’est terrible de dire ça, mais sa disparition a permis à d’autres relations de s’épanouir. »

C’est donc un homme mûr qui revient régler une dernière relation conflictuelle, celle qu’il entretient avec la France et qu’il espère adoucir jusqu’à ses passages le 18 décembre aux Bouffes du Nord et le 19 à L’Onde, à Vélizy.

« Voilà des années que j’essaie de m’imposer ici, sans succès… Je pensais naïvement, parce que je parle un peu le français, que je serais immédiatement accepté et apprécié. Mais il faut y aller doucement. »

Et le voilà donc sur la route, du grand théâtre d’Aix à Rennes, Vannes, Reims, et Perpignan, un parcours de petites salles pour un spectacle minimaliste, seul au piano ou accompagné par Laurence Bekk-Day : « L’idée est de montrer mon côté intimiste. Et jouer dans de petites salles permet de s’assurer qu’elles seront à peu près pleines ! Je voudrais bâtir à partir de là. »

L’idée à terme est en effet de produire un album en français, comme l’avaient fait les sœurs McGarrigle en 1980. Son œuvre est une réécriture permanente du corpus familial. Et cette tournée est aussi un repérage pour cet album en gestation.

« J’ai déjà travaillé un peu avec Woodkid et j’ai discuté avec plusieurs artistes français pour être à l’écoute de ce qui se fait d’intéressant ici. Je continuerai à chanter Berlioz, Gainsbourg ou Arletty, mais ça me paraît important de me mettre au goût du jour et d’écrire de nouvelles chansons, d’apporter du sang neuf à cet héritage. »

L’autre bizarrerie de cette tournée est que Rufus Wainwright ne débarque pas avec un produit à vendre. Il n’y voit pas d’incongruité, convaincu que la scène est désormais la priorité des artistes de sa génération.

« L’époque est révolue où Metallica ou d’autres faisaient des procès pour récupérer leurs droits, où tout le monde se plaignait de Napster ou de Spotify. Dans ce métier, la valeur se mesure à la qualité de ton dernier concert. La vogue de la musique enregistrée, c’est un épiphénomène dans l’histoire de la musique. »

Rufus Wainwright sous l’œil de Christopher

Son dernier album « pop », Out of the Game, date de 2012. Depuis, son éclectisme viscéral nous a valu un premier opéra, Prima Donna, en 2015, et une compilation d’adaptations de sonnets de Shakespeare, Take All My Love.

« J’ai fini mon deuxième opéra, Hadrien (inspiré des Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar), et d’autres projets sont bien avancés. Mais après cette tournée, je vais me consacrer à ma carrière de chanteur pop vieillissant, reprendre le flambeau là où je l’avais laissé. »

C’est aussi qu’il y a des places à prendre après deux années qui ont vu la musique populaire perdre ses demi-dieux, certains très proches de lui, comme Leonard Cohen.

« Nous sommes au-dessus d’un précipice qui entraîne à la pelle quelques un des plus grands dieux de la musique, comme Johnny Hallyday chez vous. Je ne veux pas paraître morbide, mais un jour ou l’autre, Paul McCartney va mourir, ou Bob Dylan, tous les gens de ce calibre. Et moi qui ai grandi dans leur ombre, je me dis aussi qu’il faut changer les meubles de temps en temps. J’ai le plus grand respect pour ces icones, mais ça fait de la place. Alors adios ! »

De ce prochain album, qui pourrait voir le jour en 2018, on connaît déjà un titre,  Sword of Damocles, évocation de cette épée judiciaire qui menace à tout moment de tomber sur le râble du président des États-Unis : « C’est ma chanson anti-Trump du moment et j’espère sincèrement que d’ici à la sortie de l’album, cette épée de Damoclès sera tombée et qu’on sera en train de ramasser les morceaux. »

Ce combat contre celui qui n’est « pas son président » s’inscrit aussi dans la démarche du mouvement #metoo et de la lutte contre les violences faites aux femmes.

« Avec mon mari (l’organisateur de spectacles Jörn Weinsbrodt), nous nous sommes installés en Californie. C’est l’épicentre de toutes les horreurs qui sont révélées et en même temps le principal centre de résistance. C’est un endroit très intéressant à vivre de ce point de vue. Une lame de fond s’est levée. Mais aux Etats-Unis, il y a deux poids, deux mesures, parce que si des gens de gauche comme le sénateur Al Franken, démissionnent pour harcèlement, les gens de droite, comme Donald Trump lui-même, restent en place. Cette divergence parle d’elle-même et constitue une partie du problème. »

Avant la première d’Hadrien, en octobre à Toronto, Rufus Wainwright espère également sortir un album live d’hommage à la chanson canadienne, enregistré l’été dernier à Montréal pour le 150e anniversaire de l’indépendance du Canada. Certains de ces titres sont sur la play-list de cette tournée, comme Quand vous mourrez de nos amours, de Gilles Vigneault, Ziggy de Céline Dion, So Long Marianne de Leonard Cohen. Et bien sûr Entre la jeunesse et la sagesse.

Mr Moonlight

Entremetteur! Non, pas celui qui concocte des entremets, mais bien un passeur. C'est cela Mr Moonlight, un amoureux de la musique sous toutes ses formes : du métal le plus extrême à l'électronica la plus douce. Pour vous servir
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Un commentaire

  1. J’aime les chansons de Rufus , vu à Nantes il y a déjà plus de 15 ans et j’aimais encore plus celles de son père Loudon dont j’ai plusieurs “vieux” vinyles!

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