Le nouvel ordre selon Hooky!

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 Avant la venue de Peter Hook à Nantes, une blague a commencé à circuler au sein de l’équipe : demander une interview à Hooky! Persuadés que nous n’aurions jamais de réponse, Fatherubu a pris sa plus belle plume pour envoyer la requête au staff de Peter… Quelle ne fut pas notre surprise de recevoir une réponse, positive de surcroit! Après avoir relu dix fois le mail, nous nous sommes décidés à préparer nos questions pour Peter. Ce dernier nous a répondu avec une grande simplicité et sincérité : enjoy!

WS : Bonjour Peter, qu’est ce qui t’a donné envie de repartir en tournée pour interpréter les morceaux de tes deux groupes, Joy Division et New Order? La nostalgie ou une forme d’hommage peut être?

Peter Hook : Et bien, à l’occasion du trentième anniversaire de la mort de Ian Curtis, un festival avait été planifié à Macclesfield, la ville natale de Ian. En raison de divers facteurs, il n’a finalement pas eu lieu. J’étais personnellement très déçu par cette annulation, comme les autres membres de New Order. Les trente ans de la mort de Ian étaient une occasion unique de lui rendre hommage, à lui, ainsi qu’à la superbe musique qu’il a créée. En parallèle, je venais d’ouvrir mon club The Factory, à Manchester, j’ai donc décidé de proposer une date où avec mon groupe, The Lights, nous jouerions l’intégralité de Unknown Pleasures.

La première date a été rapidement complète, ainsi que la suivante, et puis est arrivée la proposition de monter une tournée complète ce que, honnêtement, je n’avais pas prévu! La première tournée a eu lieu en mai 2010, et petit à petit j’ai commencé à jouer des morceaux des autres albums, Closer, Still et puis ceux de New Order. J’ai réalisé que beaucoup de personnes n’avaient jamais vu Joy Division en live et elles souhaitaient entendre ces albums en vrai, sur scène… Malgré toutes les critiques que nous avons eues au début, les retours après les concerts nous ont rassurés. Le public a parfaitement compris que nous nous montrions respectueux vis à vis de la musique et de l’héritage de Joy Division.

En définitive, je pense que c’est vraiment un hommage, et The Light a réussi à faire connaitre Joy Division dans le monde entier, comme par exemple à Mexico devant 8000 personnes, où le groupe est très populaire. Plus globalement, je pense que c’est un hommage à tout ce que nous avons accompli.

WS : Une question en rapport avec la première. En mars prochain, il y aura une vente aux enchères où tu vas vendre l’ensemble de ta collection de souvenirs en rapport avec Joy Division. C’est un moyen pour ne pas rester attaché au passé? Pour aller de l’avan
t?

P.H : Honnêtement, je pense que j’en suis sorti pour de bon. Peut être que les difficultés de ces dernières années sont enfin derrière moi, et il est maintenant préférable de passer à autre chose. Comme je l’ai écrit dans l’introduction du catalogue pour la vente, je gardais ces objets parce qu’ils m’aidaient à garder la mémoire de Joy Division vivante, et peut être que d’une manière inconsciente j’espérais le retour du groupe. Cependant, j’ai réalisé que ça n’allait pas se produire, Joy Division en tant que tel ne reviendrait pas. D’une certaine manière, jouer les albums de Joy Division avec The Lights est sans doute le moyen le plus efficace, et sain, que j’ai pour me rapprocher de cette envie.

WS : Pour cette tournée 2019, tu as programmé pas mal de dates en France! Tu as un attachement particulier, ou une relation particulière avec notre pays? Des bons souvenirs peut être?

P.H : Oui, j’ai même une très très bonne relation avec la France et les Français! Quand je venais avec New Order, j’ai pu construire de super amitiés ici! Avec The Light, j’ai la chance de pouvoir tourner un peu plus et de ne pas faire que les grandes villes!

Peter Hook sur la scène du Stereolux!
Peter Hook sur la scène du Stereolux!

Je me souviens que quand j’ai commencé à tourner avec The Light, notre second concert s’est déroulé à Clermont Ferrand, la ville est jumelée avec Salford et nous étions programmés dans le cadre de l’anniversaire du jumelage : c’est comme ça que nous avons mis le pied en France! Par la suite, Mon bon ami, Yves Joliet, qui est éditeur pour Le Mot et Le Reste a décidé de traduire mon livre sur l’Hacienda et de le publier en France. Lors d’un déplacement à Paris pour rencontrer la presse, Yves m’a demandé pourquoi je ne faisais pas plus de concerts en France, ce à quoi je lui ai répondu que je n’avais pas d’agent sur place. Il nous a alors présenté à La Route Du Rock, et depuis ils gèrent de manières impeccables nos dates en France.

En plus de la musique, je suis très content que Le Mot Et Le Reste ait décidé de traduire et de publier chacun de mes trois livres en français. Je suis toujours ravi de faire quelques séances de dédicaces comme celle que nous avons faite à Nantes, ça permet de rencontrer les lecteurs et les médias à chaque fois. J’ai l’impression que les Français ont toujours un grand respect pour la culture et les arts! J’ai de la chance, j’ai trois groupes de musique, un super club, et la scène musicale de Manchester… Ça fait pas mal de sujets possibles quand on se rencontre! Les français admirent réellement la création artistique et ils la soutiennent, c’est un très bon point pour vous! En tout cas c’est quelque chose que je ressens à chaque fois que je viens ici.

WS : Aurons nous la chance de revoir la fantastique chanteuse Rowetta? Elle était impressionnante sur l’EP de 2011, Atmosphere.

P.H : Oui, je suis toujours en contact avec Rowetta et je l’apprécie beaucoup. Elle est très occupée avec les Happy Mondays et sa propre carrière solo. Difficile de se coordonner vu nos emplois du temps, et moi qui suis toujours en tournée! En tout cas, je suis d’accord avec toi, elle a un talent incroyable et une voix vraiment singulière, elle a fait un travail fantastique sur Atmosphere.

WS : Tu vas sans doute le jouer durant la tournée, pourquoi le morceau Blue Monday a demandé autant de travail, comme tu l’indiques dans ton second livre Substance?

P.H : C’était un titre difficile à enregistrer, parce qu’à l’époque la technologie ne nous permettait pas de faire ça proprement. Aujourd’hui, ça serait sûrement plus simple! Notre ingénieur Michael Johnson a fait un travail absolument extraordinaire dessus. Il mérite vraiment d’être remercié pour ça! Grâce à mes amis de Le Mot Et Le Reste, tu as toute l’histoire dans le livre, on en a vraiment sué pour cet enregistrement de Blue Monday...

WS : Question d’un collectionneur de vinyl : est ce qu’il y aura un nouvel album live pour cette tournée 2019 (comme pour les autres tournées depuis 2011). Peut être aussi un EP ou un album avec de nouvelles chansons ou des titres revisités? Comme par exemple Pictures in my mind sorti en 2011.

P.H : Il y a déjà un enregistrement pour cette tournée! On a de très bonnes relations, je devrais même parler d’amis, avec Live Here Now. Généralement, ils enregistrent une de nos premières dates au Royaume uni, je ne te cache pas que c’est un peu stressant sur le coup…

Concernant de nouveaux titres, j’aimerai bien! Mais en étant toujours en tournée, c’est vraiment difficile. C’est vrai que maintenant Pottsy est de retour au sein de The Light, on a pas mal d’idées….Mais vu que nous sommes toujours sur la route, en plus des autres obligations, trouver du temps libre : c’est vraiment ça le problème!

Peter Hook reprenant les classiques de New Order et Joy Division
Peter Hook reprenant les classiques de New Order et Joy Division


WS : On peut affirmer que tu as atteint le statut de musicien culte! New Order et Joy Division font certainement partie des groupes les plus importants du XXème siècle…La renommée n’est pas parfois trop dure à porter?

P.H : Je ne sais pas. Ça peut paraitre étrange, mais généralement je vis au jour le jour, avec ma famille et les personnes avec lesquelles je travaille. Et parfois ça te retombe dessus. Tu te promènes quelque part et tu entends une chanson qui commence, tu te demandes : « ils jouent ce morceau parce qu’ils m’ont repéré?« , alors qu’en fait ils l’auraient jouée quand même! Je me marre souvent à cause de ça! Tu sais, je me considère super chanceux, d’avoir eu l’influence et les engagements que j’ai, et ce depuis maintenant quarante ans, c’est ça qui est extraordinaire! Le reste, ça devient une forme de normalité à la longue…

WS : Avec le recul, que penses tu de l’aventure de l’Hacienda et du label Factory? Tu crois que ce genre d’épopée serait encore possible de nos jours?

P.H : Ça a été une fantastique mésaventure! On a fait tellement d’erreurs et de grandes choses…Je pense que nous vivions à une époque sans doute plus idéaliste, et les choses étaient moins dirigées par l’argent qu’aujourd’hui. Ceci étant, à l’époque on a produit et imaginés de super choses, et ça a contribué à faire connaitre Manchester dans le monde entier. En tout cas, je ne suis pas certain que de nos jours les gens soient prêts à prendre les risques que nous prenions alors

Peter Hook juste devant un bon tier de l'équipe de weirdsound!
Peter Hook juste devant un bon tiers de l’équipe de weirdsound!

WS : Qu’est ce qui t’a donné envie de collaborer avec le groupe français The Limiñanas?

P.H : On a un vieux copain en commun, qui date de l’époque de Joy Division et qui travaille avec The Limiñanas. J’aime bien le groupe et je trouve qu’ils ont un je ne sais quoi d’une nouvelle vague punk! j’étais content de leur donner un coup de main. C’était agréable pour moi de travailler avec eux et j’ai plus de facilités à trouver un peu de temps pour ce genre de collaboration. J’espère pouvoir continuer à faire ça dans le futur!

Ainsi se termine notre échange avec Peter Hook, que nous remercions encore pour nous avoir accordé un peu de son temps, malgré un emploi du temps chargé! Place à la musique maintenant! Notre collègue Mr.Moonlight avait fait le déplacement depuis Tours pour assister au concert, nous lui laissons donc la parole pour vous relater cette soirée!

Jeudi 17 janvier 2018, une queue majoritairement composée de quadras (et plus) s’étire devant le Stereolux, sous les lumières blafardes des anciens hangars des Chantiers Navals de Nantes. Quelques skaters courageux et pas frileux font résonner leurs planches sous les hautes structures de béton et d’acier. Ce soir là, pour la venue du bassiste de Joy Division/New Order/Monaco, Weirdsound a dépêché un staff important. Les grands moyens pour une figure légendaire. En fans transis, Ziggy, Ehyobro et FatherUbu ont couru la dédicace en fin d’après midi et l’un des trois ayant eu la chance d’avoir un photographe compétent pour immortaliser l’instant affiche fièrement une photo sur laquelle il pose avec son idole. Bref. Retournons sur l’île de Nantes. Il est 20:15 et il fait environ 5°c, le temps est clair.

Peu habitué aux concerts nantais, je me rends vite compte que le public est aussi timide qu’en Touraine. Et, s’il est copieusement applaudi et accueilli par des cris, lorsque le musicien entre en scène un petit quart d’heure après l’horaire, on sent le public en attente. Nous faisons connaissance avec quelques ultra-fans devant nous qui vont suivre la mini-tournée française aux quatre coins de l’hexagone. Peter Hook, qui est fâché après un procès fleuve avec les autres membres de New Order tourne désormais avec des musiciens, dont son fils qui, jusqu’à très récemment le secondait à la basse, sous le nom de Peter Hook and the Light et joue son répertoire de Warsaw à New Order en alternant les périodes selon les tournées.

Peter Hook - Stereolux le 17 janvier dernier
Peter Hook – Stereolux le 17 janvier dernier

Les premières notes de Regret s’élèvent dans la grande salle du Stereolux. Durant les trois/quatre premiers morceaux, l’audience reste enthousiaste, les titres s’enchainent, tendus, droits et directs. Sur la scène, à droite, côté cour, le guitariste—David Potts, je crois, ex-membre de Monaco—prend le micro pour chanter quelques titres. Le résultat, soit du à la sonorisation, soit aux qualités de vocaliste du musicien, est un léger flottement, du moins de ma part, et un doute : chante t’il juste ou suis-je sourd? L’ambiance redescend d’un cran. Malgré les efforts et les titres cultes que le groupe égrène, ce n’est pas la folie dans la salle. Le bassiste communique assez peu avec le public, si ce n’est quelques « merci », et le batteur semble s’ennuyer dur pendant que les « beat » sont diffusés par l’ordinateur. Et, malgré un pic sur une version de Blue Monday très conventionnelle et attendue, après que les dernières notes de True Faith se soient éteintes et les musiciens sortis de scène à l’issue d’une heure quinze de show, un sentiment de frustration me gagne. L’ensemble de ce set m’a paru poussif, artificiel et somme toute peu convaincant.

Jack le fils de Peter : la relève est assurée!
Yves Altana le seconde à la basse ce soir là

Est-ce que les morceaux de New Order ont mal vieilli? Peut-être… Est-ce qu’à force de jouer quasiment toujours la même setlist, Hooky est las? Où est-ce que c’est moi qui, déçu par l’absence des morceaux de Joy et moins addict à la période interprétée, vois les choses en noir? Les lumières ne revenant pas, je me dis qu’il y a peut-être une chance d’avoir un rappel. Il faut dire que si je m’étais donné la peine—piètre performance journalistique— de jeter un œil sur le Facebook du groupe, j’aurais vu que le show était divisé en deux parties : une première où ils jouaient essentiellement la première partie de Substance, et la seconde  dédiée à la période Joy Division!

Setlist de Peter Hook & The Light, 17 janvier 2019, Stereolux, Nantes
Setlist de Peter Hook & The Light, 17 janvier 2019, Stereolux, Nantes

C’est donc avec une sorte de jubilation que les musiciens sont accueillis lorsque retentissent les premières notes de No Love Lost lorsqu’ils remontent sur scène. La seconde partie du show est beaucoup plus enthousiaste, plus rock et rythmée que la première, et, si il n’est pas Ian Curtis, Peter Hook parvient donc plus aisément à emmener la salle sur les titres de Joy Division. Toute la—brève—carrière du groupe y passe, de Warsaw à Leader of men, première époque, à Transmission et période Closer, aux tout derniers enregistrements avec Curtis. Le point culminant étant une très bonne et jouissive version de Love Will Tear Us Appart. Si une certaine émotion faisait défaut dans l’interprétation des chansons—Atmosphere, morceau intense et chargé s’il en est, manquait singulièrement de relief à mon avis—le bonheur de les entendre en live a réussi à compenser ce ressenti.

Peter Hook en salle Maxi au Stereolux de Nantes
Peter Hook en salle Maxi au Stereolux de Nantes

Ainsi se termine notre soirée (bon OK il y aura quelques bières derrière) au Stereolux en compagnie de Peter Hook & The Light. Ils sont en tournée dans toute la France! Ne ratez pas l’occasion d’entendre en live les airs mythiques de Joy Division et New Order!

Peter Hook and the Light en tournée dans toute la France!
La tournée de Peter Hook & The Light continue!

https://www.facebook.com/peterhookandthelight/

2 comments

  1. Compte rendu très juste et j’ai le même ressenti, je pense que le guitariste chantait vraiment faux, et Hooky également, les instruments cachaient les voix! (est-ce voulu?). La deuxième partie a relevé le niveau. Donc sentiment mitigé, mais heureux de l’avoir vu sur scène ! C’est quand même Peter Hook!

  2. Il faut dire que New Order n’a jamais été considéré comme un bon groupe de scène. J’ai parcouru des papiers de l’époque lorsque j’ai rédigé l’article sur Certain General, et, lors de leur tournée anglaise avec New Order, les journalistes écrivaient quelque chose comme « au final, ce qui nous restera de la soirée sera le set magistral de Certain General et la présence pathétique de Sumner »… Il faut aimer ce groupe pour ses bons albums et pour ce qu’il a apporté à la musique actuelle. Ce qui est déjà immense. Merci Willy pour ce commentaire 😉

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