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Soilwork : Verkligheten, la réalité augmentée

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Björn « Speed » Strid, chanteur/hurleur de son état, estimait dans une interview que le travail sur le chant effectué au sein de The Night Flight Orchestra (NFO) enrichissait ses performances et élargissait l’étendue de ses capacités. On pourrait ajouter à cela l’expérience Coldseed. Et, des premiers albums de Soilwork jusqu’à Verkligheten qui sort ce 11 janvier, on ne peut qu’être d’accord avec ce constat. Les passages de chant mélodiques qui émergent ça et là au sein du chaos musical de Soilwork s’en ressentent positivement, et dans la mélodie, et dans la technique vocale—la facilité avec laquelle Strid passe d’un registre à l’autre sur l’excellent The Nurturing Glance dans cet album est époustouflante de virtuosité.

Certes, des blasés du travail du groupe considèrent déjà que ce Verkligheten—réalité en suédois—est dans la moyenne des opus du combo, honnête et de bonne facture, et ne révèle rien de nouveau et ne voit pas une révolution de  leurs compos. Ok. Passé ce constat discutable, on le verra, la vrai question est : éprouve t’on du plaisir à l’écoute de cet album? La réponse est définitivement oui. Pourquoi? Parce que, en tant qu’auditeur, d’un côté nous attendons toujours que les artistes que nous apprécions innovent, nous surprennent, intègrent des influences qui nous touchent également, et, de l’autre, secrètement, nous sommes heureux et rassurés de retrouver un univers connu qui nous a déjà donné du plaisir. Et la répétition des anciennes recettes nous confortent dans ce contentement. Surtout lorsque rétrospectivement, on peut acter avec une certaine jubilation d’une évolution dans le son et la technique. Et puis lorsque que les compositions sont bonnes, on prend tout simplement son pied.

Le départ du batteur, Dirk Verbeuren, ex-ScarveSylvain Coudret (guitare) est également un exfiltré de cette formation—pour officier derrière les fûts avec Dave Mustaine chez Megadeth, laissait planer le doute sur son successeur.  Soyez rassuré, bien que peut-être moins fin technicien que son prédécesseur, le jeu de batterie de Bastian Thusgaard envoie du bois et ses blasts métronomiques et brutaux emmènent largement aussi bien que ceux du Belge qui fut aussi son prof. Il sait également se faire discret et accompagner de manière très juste les changements d’ambiance et de tempo des compositions et se mettre à leur service.

Sacrifiant à un rituel presque obligé, voir cliché pour un album de métal, Verkligheten commence par… Verkligheten un instrumental où dominent piano et guitare, calme, aérien qui prépare à la claque et au déferlement sonore du véritable premier morceau qui porte bien son nom, Arrival. D’emblée, le ton est posé : on oscille entre heavy metal—le solo n’aurait pas dérangé sur un titre de la Dame de Fer—death mélodique et, oui, un rock/hard rock plus classique. Si les parties hurlées restent bien présentes, Strid n’hésite pas à entonner des mélodies beaucoup plus matures et travaillées que sur les opus précédents, et qui ne dépareilleraient guère sur un album de NFO. Les soli DE TOUS LES TITRES sont époustouflants du début à la fin. Ils sont prenants, justes et virtuoses, avec toujours ce balancement stylistique entre rock/et heavy metal qui vient enrichir la palette du groupe et donner une bouffée d’air aux compos bien denses.

Avec Bleeder Despoiler, Soilwork ralenti le tempo et opte pour un riff binaire encore une fois très « hard rock »—de même que celui de The Nurturing Glance pourrait se trouver sur un album de Ratt, Aerosmith ou Motley Crüe. C’est peu dire que les compositions de cet album se diversifient et tentent un savant mélange des genres. Rappelons également que le guitariste, David Anderson, officie aussi comme co-compositeur chez NFO. Et, logiquement, certains riff, sont marqués par ces influences « classic rock » revendiquées par le binôme chant/guitare de Soilwork/NFO. Il suffit pour s’en persuader d’écouter celui de When The Universe Spoke ou l’intro de Full Moon Shoals. Stålfågel (oiseau de fer), est le titre peut-être le plus marqué, et qui, nonobstant la double pédale, pourrait presque figurer sur le prochain NFO. Très heavy mélodique, avec un chœur féminin doublant le chant de « Speed« , ce titre est certainement le plus commercial de l’album. Mais quel morceau! C’est aussi sur ce genre de composition que le côté plus pop de la production, si l’on veut, se fait le plus sentir.

Verkligheten est notre tentative d’essayer d’atteindre un ailleurs, d’exprimer toutes ces choses nées entre un état hypnagogique (semi-éveillé ndlr) et les frénésies de l’hyperréalisme. Verkligheten est « l’outremondification » de l’anxiété des banlieues suédoises, sur des airs de blasts et de guitares hurlantes…

Bjorn Strid

Après le dévastateur et mélodique Witan—encore une partie solo prodigieuse!—l’emballement musical marque le pas, et arrive, à mon avis, le morceau le plus faible de l’album, The Ageless Whisper. Bien qu’un moins bon titre d’un album de Soilwork soit toujours un bon morceau, celui-ci semble se chercher, sans jamais trouver soit une accroche mélodique, soit un riff définitif à la hauteur des onze autres.

Verkligheten se clôture sur deux morceaux featuring. Needles and Kin, assez death, où Tomi Joutsen d’Amorphis avec qui le groupe tourne actuellement, vient pousser la gueulante, et le moins marquant, quasi FM— »Black Metal Disco » dirait Bjorn StridYou Aquiver sur lequel c’est la voix de Dave Sheldon (Exes for Eyes, Annihilator) qui se mêle à celle de Strid.

Ce nouvel album des suédois apparait finalement bien comme une étape dans l’évolution musicale du groupe. Sans se détourner du style qu’ils ont contribué à populariser, sans se défaire de leurs recettes, ils semblent bien décomplexés et libérés. C’est qu’au bout de plus de vingt ans de carrière, Bjorn et sa troupe n’ont plus grand chose à prouver et peuvent se faire plaisir sans se soucier des critiques et du qu’en-dira-t’on.

La réalité? Verkligheten est un excellent disque et la musique de Soilwork se trouve enrichie d’album en album par les expériences de ses musiciens. Et le résultat est une musique qui devient plus « accessible » sans faire de compromis. Une fulgurance musicale violente qui reste la marque du groupe, assaisonnée de touches de lumière.

Chez Nuclear Blast le 11 janvier

Au Motocultor à Saint-Nolff du 15 au 18 aout 2019

https://media.nuclearblast.de/shoplanding/2019/Soilwork/verkligheten.html

https://www.facebook.com/soilwork

Mr Moonlight

Entremetteur! Non, pas celui qui concocte des entremets, mais bien un passeur. C'est cela Mr Moonlight, un amoureux de la musique sous toutes ses formes : du métal le plus extrême à l'électronica la plus douce. Pour vous servir
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