inercia belmont witch

Avec INERCIA, Belmont Witch nous jette un sort

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Ça débute comme un vieux Sonic Youth. Une voix féminine sensuelle et légèrement décalée, des accords presque faux. Une ambiance s’installe. Les mélodies s’insinuent doucement dans les tympans, glissant dans les trompes d’Eustache. Un je ne sais quoi vous prend aux tripes et vous emmène au travers d’une expérience musicale indépendante, low-fi et polyglotte. Sortie ce 21 décembre, le premier album de Belmont Witch, INERCIA clôture cette année musicale en beauté. Après un E.P. cassette chez Montagne Sacrée, le groupe signe avec Buddy Records, deux labels qui nous ont fait découvrir En Attendant Ana (dans le top ten 2018 de FatherUbu).

C’est Michèle, mexicaine exilée à Paris qui est à l’origine du projet. Peu expérimentée, elle fait ses armes avec ses amies de Rose Mercie—jetez donc une oreille, ça vaut le coup—expérience pop ultra low-fi et expérimentale s’il en est. Ses compositions ont été peaufinées et ont muri dans sa chambre pendant des mois, débouchant tout d’abord sur un projet solo. Elle s’entoure de deux, puis trois musiciens pour donner corps à ses morceaux. Ce sont Jérôme (guitare) et Milia (batterie) qui viennent épauler la jeune sud-américaine en premier, puis Vincent (basse)  arrive et complète ensuite l’ensemble.

La jeune chanteuse/guitariste se réclame d’Angel Olsen. Si on retrouve cet esprit d’indépendance et la voix féminine, Belmont Witch s’épanouit en développant une personnalité unique. L’ensemble est bancal, comme une construction de Kapla © et c’est ce qui le rend aussi enthousiasmant. C’est spontané et frais, sans fioriture.  Dépouillé. C’est que l’urgence et la désinvolture caractéristique de la musique de Belmont Witch réunit ces qualités propres à l’adolescence, ce je-m’en-foutisme qui permet de tout oser, cette recherche frénétique d’une identité marginale qui permet d’assumer des attitudes et des  états où d’autres, plus conformistes, moins extravertis, plus vieux, ne daigneraient pas s’aventurer. En fermant les yeux, on se retrouverait presque dans le Ghost World de Daniel Clowes.

Powerful qui ouvre l’album est une chanson révoltée, résolument féministe.

A la fois reflet de l’histoire et de l’actualité, on y entend les victimes de féminicides et de la culture machiste. C’est aussi un vent d’espoir, un horizon commun à atteindre.

Michèle, Libération, 13 décembre 2018

Enregistré en analogique sur un vieux Tascam 8 pistes, cette technique retranscrit à merveille la spontanéité des compos et le son brut qui en ressort colle parfaitement à l’esprit du groupe. Abordant des thèmes qui frappent à la porte de l’air du temps, comme la question du genre, des frontières ou des origines, les textes sont chantés en anglais et en espagnol. À écouter avec gourmandise et à suivre avec attention.

Liens :

https://belmontwitch.bandcamp.com/

https://buddyrecords.bandcamp.com/

https://montagnesacree.bandcamp.com/album/belmont-witch

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