calling Mariam bars en trans

Interview : I Love Techno, I Love Calling Marian !

ours solairePosté par
Temps de lecture : 7 minutes

La recette d’un bon son techno ou électro, vous la connaissez ? Difficile me direz vous ou les plus sceptiques répliqueront en lâchant : « Ça ne fait que BOUM BOUM en continu ». En réalité c’est bien plus complexe que ça. Bien que nous ne rentrerons pas dans les plus profonds détails, je reste convaincu que grâce à Calling Marian, vous, et moi également, donc NOUS, ALLONS APPRENDRE ÉNORMÉMENT !

Sachez déjà que Calling Marian est une productrice reconnue dans le milieu. Elle a commencé en tant que DJ et ne cherchait pas à tout prix à être une artiste (bien que le rêve est autorisé), mais à faire vivre la musique dans un maximum de lieux pour un maximum de personnes. A l’occasion des Bars en Trans, nous avons pris rendez-vous avec Calling Marian qui, elle, a gentiment répondu à nos questions.

Weirdsound : Montpellieraine, lyonnaise puis parisienne, de DJ à productrice. Aujourd’hui tu es un symbole dans l’univers techno-électro. Mais avant de parler de tout cela, peux-tu nous définir ce qu’est l’acid techno pour toi ?

Calling Marian : La techno c’est un style musical fait avec une boite à rythme de musique électronique caractérisée par un four to the floor c’est-à-dire que le kick tape sur le la noire à 4 temps (Elle mime les bruits en faisant : “boum, boum, boum, boum”) avec un charleston à contre temps (“boum, tcha, boum, tcha“) donc ça c’est le rythme de base de la techno et même de l’électro. Ce qui caractérise la techno c’est que tu vas avoir des mixages assez profonds qui vont donner l’impression que c’est hyper fort et puissant et le côté acid c’est propre à un synthé qui est un synthé de Roland, le 303. C’est un synthé très particulier qui s’appelle la résonance. C’est un paramètre que tu peux kicker. J’adore ce genre de son très utilisé dans les raves party et les soirées techno des années 90. Il a fait un très bon retour ces 5 dernières années.

Weirdsound : Tu as commencé la musique à la guitare à l’âge de 11 ans. Pourquoi avoir délaissé cet instrument au profit d’Ableton ?

Calling Marian : Je n’ai pas lâchée ma guitare pour Ableton mais je l’ai lâché quand je suis entrée à la fac de musicologie parce que j’avais un apprentissage de la guitare très empirique et pas du tout théorique. Arrivée à l’université, je suis repartie de zéro avec le solfège en faisant du piano et du chant. A partir de ce moment-là, la guitare est devenue super obsolète par le fait que je n’étais pas à l’aise en solfège. Au final, je me suis beaucoup plus intéressée aux musiques électroniques, bien que j’ai beaucoup écouté de l’acoustique et du rock. Et je me suis épanouie dans la musique électro.

Weirdsound : Tu as étudié à Montpellier puis tu es montée sur Lyon où t’as organisé les soirées « Chattes ». A l’époque, l’univers LGBT était une évidence pour toi ou c’est juste une question de hasard ?

Calling Marian : J’ai mixé la première fois pour dépanner à cette soirée. A la base, l’idée était que je bosse sur la programmation et que je travaille sur la recherche d’artistes. Une chose en entraînant une autre, j’ai été amenée à remplir un créneau et ça a super bien marché. J’ai kiffé ce moment. C’est un peu par accident que ça se soit fait dans ce contexte là mais en même temps c’était mon réseau à ce moment-là donc ça fait sens.

Weirdsound : Tu te revendiques artiste engagée ou pas ?

Calling Marian : Je me revendique féministe et engagée dans les causes sociales en général mais je ne me considère pas artiste engagée. Je ne fais pas de chanson à texte, je ne fais pas de concert de soutien, bien que je pourrais le faire si l’occasion se présentait. Donc je suis politiquement engagée personnellement et dans ma musique, j’essaye de garder les choses séparées et j’évite d’être trop connotée artiste Queer ou soirée gay. La musique n’a pas de genre, d’orientation sexuelle donc je pense que la musique doit vivre partout.

Weirdsound : Tu as auto-produit ton premier EP, comment t’es venu l’idée de te lancer dans ce projet ?

Calling Marian : J’ai toujours fait de la prod. Après c’est des tout petits moyens, je ne suis pas allée en studio, ça reste du « bedroom producing ». Après sur les 2 EPs qui ont suivi, j’ai eu la chance d’avoir un peu de mixage et de mastering pour rendre ça diffusable en radio et que les morceaux puissent être joués par d’autres DJs. Le premier EP est vraiment 100% fait à la maison et puis, j’ai décidé de me mouiller et de me lancer. J’avais commencé à diffuser à l’époque sur MySpace. (Rire)

Weirdsound : Tu nous fais un petit tuto pour produire un gros son acid ?

Calling Marian : (Déterminée dans ses mots) Tu mets des grosses basses, tu mets de la grosse 303, tu fais du gros bruit avec de la saturation. Et on n’oublie pas le bon gros kick. La base !

J’aime bien aussi me dire que je suis là non pas parce que je suis une femme mais pour ma musique.

Weirdsound : Une fois à Paris, tu fais la rencontre de Cassie Raptor, ensemble vous vous lancez dans un projet en duo. Tu peux nous en dire un peu plus ?

Calling Marian : Le projet n’existe plus trop, il s’appelait « solide » et le concept était un live d’électro et Cassis un live de Vjing. La musique était live et pas mal improvisée et le Vjing aussi. Cassie faisait de la vidéo avec des boucles, des effets qui était de l’ordre de l’improvisation. On a fait des dates ensemble et c’était plutôt cool. Après, j’ai eu besoin de me professionnaliser et de me recentrer sur moi. On est encore pote et on se voit toujours. Ça arrive qu’elle fasse des visuels pour des soirées où je mixe. Donc le projet c’est un peu déconstruit de cette manière-là pour exister autrement. Du coup, on a fondé un autre collectif  « Conspiration », dans lequel nous sommes 7. On y milite pour un espace safe, c’est à dire une fête de qualité avec des line up féminins mettant en avant les minorités. Il faut montrer qu’il y a aussi des femmes qui produisent.

Weirdsound : Vous êtes toutes des femmes dans le collectif ?

Calling Marian : Non il y a Vikken qui fait partie du collectif. En général on genre le collectif au féminin. On est en majorité féminine, donc le féminin l’emporte. Après j’aime bien dire « toutes et tous ».

Weirdsound : Hier, tu étais au Warehouse à Nantes, tu as déjà fait le goûter électronique également, un souvenir de tes passages dans la cité des Ducs ?

Calling Marian : Je n’en ai fait que 2, il y a le goûter électronique et le Warehouse. Le goûter électro c’était la première fois où j’avais autant de public. Dans la foule il y avait 5 000 personnes je pense. Et tu sais, c’est hyper impressionnant car tu es tout en bas de l’embarcadère et tu as le public en montée. Pouahh c’était incroyable ! Le public était avide de fête, de musique, ils voulaient de la danse et de bons gros kicks. Et j’ai revécu ça hier, donc putain, Nantes, gros public de bons tuffers, c’est bien cool de venir mixer ici et j’espère revenir bientôt.

 

Weirdsound : Dans les soirées technos en général, le public est majoritairement masculin, selon toi, comment on peut démocratiser cela ?

Calling Marian: Ce n’est pas une question facile mais je pense que quand tu bookes une artiste féminine, il y a des meufs dans le public qui vont peut-être se dire : « Ah ouais, je peux le faire en fait ». Non pas qu’elles se disaient sciemment qu’elles étaient incapables de le faire et qu’elles se disaient « Ah je ne peux pas faire de techno car j’ai un vagin », ce n’est pas comme ça que ça marche mais on intériorise parfois des blocages. On ne s’autorise pas parfois, à penser que l’on pourrait être une bonne informaticienne ou mécanicienne. Mais, les femmes sont autant capables et il faut s’ouvrir l’esprit. Et en fait, la musique techno souffre un peu de cette réputation-là, c’est une musique machine, c’est une musique studio. Les ingénieurs du son sont à 99% des hommes. Il y a des femmes évidemment mais c’est des métiers qui restent masculins. Tout ça pour dire que si tu mets en avant une femme sur un plateau, ça permet de déconstruire ces idées. Mais j’aime bien aussi me dire que je suis là non pas parce que je suis une femme mais pour ma musique. Il n’y a pas de réponse facile sinon ce serait déjà résolu et j’aimerais que les clubs soient mixtes.

Weirdsound : Tu est à ton 3ème EP et je ne compte pas les playlists, tu peux nous raconter un peu la suite…2019 ou 2020 ?

Calling Marian : Là j’ai un autre EP et des morceaux qui sont prêts. J’essaye de faire mon propre label pour sortir mes prods car au final c’est déjà ce que je fais. Pour le moment les labels existants, je trouve qu’ils ne me correspondent pas, ce n’est pas très équitable. J’aimerais bien développer ma propre structure et produire d’autres artistes qui ont un peu les mêmes problèmes de visibilité que moi et que plein d’artistes électro rencontrent. T’as les petits labels et les grosses majors avec un énorme écart entre les deux et c’est compliqué.

Weirdsound : Je ne sais pas si tu l’as déjà revu, mais selon toi, que dirait Christophe de Coudenlaie, ton prof d’informatique à Montpellier ?

Calling Marian : Je ne l’ai jamais revu, c’est un prof que j’ai eu une année. Moi, il m’a donné envie, m’a appris énormément. Après, je ne suis pas sûre qu’il se souvienne de moi, car ça n’a pas duré très longtemps. Je m’inscris dans un esprit musical festif et harmonique alors que lui était dans la musique expé, dans le turfu absolu axé pop. Je ne sais pas comment il déconstruit l’électro mais je pense qu’il serait fier de savoir qu’il a inspiré ses élèves. Après de là à ce qu’il se reconnaisse dans la musique… Pas sûr.

Calling Marian
Calling Marian en live aux Bars en Trans Crédit : weirdsound.net

Le soir même Calling Marian s’est produite dans le bar La Contrescarpe à Rennes. Juste avant elle, Blanche mixait. Une fois la jeune productrice à la tâche, sa musique aux ambiances clubbing mais riche en ossature percussive où l’on retrouve les couleurs de l’acid mixé à des univers moyenâgeux ou tribales. Le bon gros kick annoncé lors de notre interview est bien présent et réveille la salle à la perfection. Le moment fut court pour nous et nous aurions aimé en voir plus. On note des tracks plutôt longues et des transitions toutes trouvées. Je ne peux m’étendre dans mes mots puisque l’interview fût longue et passionnante, mais désormais j’en appelle à toutes les programmatrices et tous les programmateurs de l’ouest de la France… Bookez Calling Marian car chez weirdsound on veut la revoir très vite pour un live encore plus explosif (Et sinon… Bin on fera la route !).

Notez que son dernier EP s’appelle “Pisces” et que vous pouvez l’écouter en cliquant ici.


 

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Prisonnier entre les kicks et les gros drops, GuittWall se dit spécialisé dans les musiques techno, electro et l'univers underground. En réalité, son ego cache son admiration envers Mireille Mathieu, sa première source d'inspiration.
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