The Night Flight Orchestra « Sometimes the world ain’t enough » : retour vers le futur

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-Non de Zeus, Marty ! Nous avons réussi, nous sommes revenus en 1985 ! Mais, mais… je ne vois nulle part les grands Mammouths qui parcourent les zones commerciales—ceux qui écrasent les prix, pas ceux à poil les nœuds— nulle coupe mulet, et pas de t-shirt sans manche! Arrgh, regarde l’affiche de cinéma, là-bas : ce n’est plus Rambo 2, c’est Evasion 2, et Stallone il est vieux!

-Non Doc, on s’est gouré de film ! On est dans les Gardiens de la Galaxie ! Ou alors, ou alors… Attendez, non, ce n’est pas possible. Ça serait trop foufou. Mais je crois que je sais : nous sommes dans un paradoxe spatio-temporel, une boucle rétro-active. Écoutez-bien, tendez l’oreille : ça sonne comme de la musique des années 80, ça a la saveur des années 80, le goût des années 80, mais c’est The Night Flight Orchestra. Nous sommes en 2018!

Précédée d’un crissement de pneus et d’un double mur de flammes, la De Lorean s’évanouit de nouveau dans l’espace temps, laissant planer derrière elle les notes du dernier album de The Night Flight Orchestra, Sometimes the world ain’t enough.

Oui, nous aussi nous aurions pu nous y laisser prendre, avec ces sons de synthé et ces riffs de guitare entre Foreigner, Toto, Springsteen, Kiss, Boston ou ces morceaux qui évoquent sans pudeur, oui, Madonna, Michael Jackson et où la chevelure chevaline et dantesque de Bonnie Tyler ne ferait pas tâche dans un clip. On entre en effet dans cet album comme dans un musée musical des années 80. Usant volontairement de clichés harmoniques et de figures imposées du rock FM américain de cette décennie, les membres du groupe ont décidé de rendre hommage au « classic rock » qui les a influencé. Björn Strid et David Andersson de Soilwork, lancent la formule en 2007, rejoint par le bassiste d’Arch Ennemy, Sharlee D’Angelo puis par des membres d’autres groupes de métal, Richard Larsson (Von Benzo), Jonas Källsbäck (Mean Streak) et enfin, Sebastian Forslund (Kadwatha). Ils sont appuyés par deux choristes au même titre que le furent en leur temps les Gun’s and Roses ou Mötley Crüe. Ils enregistrent, entre leur formation et 2017, deux albums chez Coroner Records, puis signent pour leurs deux derniers chez Nuclear Blast.

Ce quatrième opus se tourne définitivement vers l’ère Survivor/Bon Jovi avec gourmandise et le plaisir enfantin de faire revivre ces sonorités qui, loin du pastiche, jouent plutôt comme une madeleine de Proust auditive. Et ça fonctionne à plein ! Alors que j’avais volontairement dédaigné cette musique taxée de guimauve dans mes jeunes années, je plonge aujourd’hui dans cet univers avec un ravissement coupable, et, je l’avoue, étaler ainsi devant le monde entier ce plaisir honteux—et solitaire—est une épreuve pour moi. Un peu comme si je disais « Mmh, j’adore ce solo d’accordéon! ».

Notre mission est de fournir quelque chose qui manque ne ce moment : une façon de composer, de produire et aussi de jouer de la musique qui a été perdue depuis longtemps.

Björn Strid

Tout comme le titre de l’album évoque immanquablement un James Bond  période Pierce Brosnan, This Time, le premier morceau de l’album, nous entraine dans la B.O. d’un film d’action trépidant, entre scènes d’amour et poursuite au bout du monde. Et au fur et à mesure que se déroule cette bande son d’un improbable Teenage Movie joué par des acteurs quarantenaires sur le retour, on évolue entre des hymnes mid-tempo, des funk-rock qui projettent des images de discothèques new-yorkaises In aux plafonds constellés des boules à facettes (Paralyzed), des balades heavy-rock avec Moments of Thunder, de disco-rock à la Donna Summer sur Barcelona ou Winged and serpentine. Le summum—et peut-être ma propre limite—est tout de même atteint à la fin de l’album (hors version bonus Japan) avec The Last of the Indepedant Romantics, tellement mielleux, gavé de guimauve et de sucreries qu’on frise l’indigestion. Il n’aurait quand même pas fallu aller plus loin.

Comme chez Ghost, NFO a la mélodie facile et entêtante. À tel point, que chaque titre est un hit potentiel. Sometimes the world… qui donne son titre à l’album est de ceux là. Sur un tempo à la Deuce de Kiss, le refrain est scandé jusqu’au paroxysme final et reste dans la tête pendant très longtemps. Les journalistes de Blabbermouth sont persuadés que si les membres de NFO étaient des hipsters de Brooklyn, ils seraient numéro un dans le monde entier. Je n’en sais rien, mais là où je suis entièrement d’accord avec eux, c’est qu’ils sortent les albums de rock les plus jouissifs et fun du moment. Ce qu’apporte peut-être NFO et qui manque à la musique actuelle, c’est un enthousiasme inconditionnel, une innocente insouciance du lendemain qui caractérisaient ces années pourtant marquées par le néo-libéralisme, la montée des inégalités et tout le bling-bling qui les ont accompagnés. On en viendrait presque à regretter les pantalons à pinces, les films avec Matthew Broderick, les coupes de cheveux de Meg Ryan ou les filtres vaporeux sur les clips video, les chansons de Kim Wilde et autres Final Countdown d’Europe et même Chicago. C’est dire.

Nos chansons sont positives mais certaines ont quand même une signification profonde et d’autres sont même plutôt tristes.

Björn Strid

Aller, un dernier pour la route. Et surtout n’oubliez pas vos Ray-Ban© aux verres réfléchissants, votre moto et votre blouson de pilote pour ce voyage dans ce cocktail—eh, eh, clin d’œil— de musique pop de notre passé récent.

Sources :

http://www.auxportesdumetal.com/interviews/2017/TheNightFlightOrchestra2017-fr.html

Liens :

https://www.nuclearblast.de/en/label/music/band/about/4331569.the-night-flight-orchestra.html

https://www.facebook.com/thenightflightorchestraofficial/

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