Greta Van Fleet : Rock of ages

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C’est à Frankenmuth (oui, ça existe, ce n’est pas un nom inventé) bourgade de 5.000 habitants du Michigan que vit Gretna Van Fleet, vénérable octogénaire, joueuse de tympanon, cet instrument au croisement entre la cithare, le piano et le xylophone.

C’est aussi dans ce village entouré du Lac Michigan à l’Ouest, du Huron au Nord et de l’Érié à l’Est, qu’en 2013 Danny Wagner, 13 ans, remplace Kyle Hauck derrière les fûts au sein du quartet formé par les trois frères Kiszka, dont les jumeaux Josh (vocal) et Jake (guitare), 16 ans, constituent le noyau dur. Avec le troisième frangin, Sam, à la basse, ils viennent d’enregistrer trois titres, dont le morceau « Higway Tune ». En juin 2014, ils sortent un EP live, et, quelques semaines plus tard, le titre « Standing on » est utilisé dans une pub pour un concessionnaire local. Le début de la consécration arrive lorsqu’un show TV, « Shameless », diffuse le morceau « Higway Tune ». En octobre 2017, le magazine Loudwire leur décerne le « best new artist-2017 award ». Trouvant que le nom coule mieux sans le « n », ils choisissent de s’appeller Greta Van Fleet.

En attendant, la vieille dame du Michigan reçoit de nombreux appels d’ami.e.s, étonné.e.s de voir son nom en haut d’une affiche de concert, amputé de son « n ». Après avoir assisté à un show du jeune groupe, elle répond : « Rassurez-vous, n’ayez pas peur (je brode, là, j’emprunte un peu à Jean-Paul II©), ils ont ma bénédiction. »

 Comme chez les Young, c’est tout d’abord une histoire de famille. D’héritage aussi, et de fratrie. Chez les Kiszka, on baigne depuis tout petit dans la musique rock, folk, progressive des années 70, ce qu’on appelle du terme générique de « Classic Rock ». Mais pas seulement : on trouve de la soul, du jazz… La discothèque familiale n’a plus de secret pour les frangins. Mais ils se nourrissent aussi de cinéphilie et de littérature. Alors, lorsqu’ils prennent les instruments, il est logique que l’on retrouve ce bon vieil esprit du rock and roll. Ce blues accéléré, ce swing, la voix haut-perchée qui cherche l’accident harmonique, les textes simples qui parlent de filles, d’amitiés, de cet amour universel qui baigna le « summer of love ». Cet amour de chacun dans lequel certains esprits aigris voulurent voir une immense partouze, comme le dénonçait Arthur Lee dans « Alone again or » avec son groupe Love, justement.

Quand on leur fait remarquer que la voix de Josh rappelle immanquablement celle du jeune Plant, le groupe répond « O. K., on prend ! ». C’est sûr, ça ressemble à du Led Zeppelin. Pour un peu, on croirait entendre du Wolfmother dopé au Graveyard. Ou l’inverse.

 L’album s’ouvre d’ailleurs sur un « Safari song » que l’on imaginerait aisément tout droit sorti d’une démo oubliée du Zeppelin. Jusqu’au son de guitare et aux breaks qui laissent une large place à la voix. Un peu à la manière d’un « Black dog ». Il en va de même du « tube » « Higway tune » qui titille l’oreille et donne comme une envie de se replonger dans la discographie du quatuor londonien pour trouver le morceau dont le jeune combo s’est inspiré. Une bonne dose de « Coda » trempée dans du « I » ou « II » ? Sans oublier les ballades folks à la manière du « III », comme le très bon « Flower power ».

 Mais ce qui frappe chez Greta Van Fleet, c’est la maturité des émotions qui transpirent dans ces morceaux. Compositions comme reprises, l’interprétation est juste, le swing est là, et les mélodies accrochent. Tant et si bien qu’aucun des huit morceaux ne laisse indifférent. Josh Kiszka fait preuve d’un réel talent et utilise sa voix extraordinaire au gré de placements rythmiques judicieux. De ceux qui font éclore des sensations dans le creux de l’estomac. Juste là. Témoin, cette version de « A change is gonna come » de Sam Cooke qui dévoile un vocaliste qui n’a pas grand chose à envier à Eric Burdon question blues.

 Rien de nouveau sous le soleil de Detroit ? Oui, c’est vrai, la recette est connue et éculée. Depuis quelques années, les groupes inspirés des années 70 se multiplient : Graveyard, justement, Wolfmother, ou encore les héritiers désignés d’AC/DC, Airbourne, pour les plus connus. D’autres peinent à sortir du lot. Trop banals, trop copiés ou pas assez de talent. On en parle, puis les critiques les oublient. Il faut avoir la personnalité d’une autre paire de frangins pour surnager, comme chez The Darkness (voir le très bon article de Fatherubu à leur sujet : https://weirdsound.net/2017/12/04/the-darkness-le-retour-dans-la-lumiere/ ). Est-ce la jeunesse des Van Fleet qui fascine à ce point ? Tant de groupes ont lassé la critique en oubliant de se renouveler.

C’est ce qui risque d’arriver à la clique des frères Kiszka ? On verra. Car ils ont le temps pour eux. Ils viennent juste de naitre, ces petits gars là, et le talent, ils l’ont, c’est sur. Ils ont encore l’envie de copier leurs ainés, ça se sent. Ça se comprend. Peu importe : quelle concision, quel talent d’écriture ! Ils ont le temps de trouver leurs marques. On peut parier qu’avec l’âge et l’expérience, ils vont acquérir une plus grande originalité dans leurs compositions. En attendant, ils ont cette capacité de faire naitre cette impression de « déjà-vu » (in french in the texte) qui entraine un sentiment de douce nostalgie. On a envie de se replonger dans ses vinyls pour retrouver le morceau qui les a inspiré, ou la reprise–ici « Meet me on the ledge » de Fairport Convention et « A change is gonna come » de Sam Cooke–et vivre de nouveau ces émotions que seule cette musique sait procurer. Bouger la tête sur ce rythme de rock and roll, sentir l’amitié autour du feu de bois et décapsuler une bière bien fraiche en regardant les étincelles se mêler aux étoiles en pensant à ceux qui les ont rejointes.

Greta Van Fleet « From the fires », sorti le 10 novembre 2017

En concert aux Étoiles à Paris le 28 mars 2018

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